L'OFFICIER DE CAFHAR.NAL’M
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que les pèlerins qui allaient à Jérusalem, ou en revenaient, passaient ordinairement par Capharnaüm, Cana, Naîm, Sichem et la Judée.
« il le pria donc de descendre chez lui et de guérir « son fils, car il était près de la mort. Maître, venez, « dit- il, avant que mon fils meure. Jésus lui répondit :
* Si vous ne voyez des signes et des miracles, vous ne < croyez point; j’irai donc et le guérirai. 11 parlait ainsi «i pour mettre sa foi à l’épreuve. Mais le capitaine répona dit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez « sous mon toit; je ne me suis pas même cru digne de « paraiire en votre présence; mais dites seulement un « mot, et mon fils sera guéri. Car, moi aussi , je suis
* soumis à une puissance plus élevée, et j’ai, d’un autre « côté, des soldats sous mon commandement. Et il me « suffit de dire à l’un : Va, et il y va; et à l’autre : Viens, a et il vient; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. »
C’était un officier de la garnison de Capharnaüm, et il parle en effet à la manière des officiers, car ces mots, i*a, viens , étaient probablement des commandements militaires usités chez les Romains, comme chez nous, en avant, marche. En sa qualité d’officier, il avait aussi un fourrier à son service, et c’est de lui qu’il parle ici. De là la comparaison singulière qu’il fait entre son pouvoir et celui de Jésus-Christ, auquel les démons et les maladies obéissaient comme des militaires à leur chef. 11 était païen d’origine, et, se croyant indigne de parler directement à Jésus -Christ, il s’élait fuit accompagner de plusieurs prêtres ou chefs de la synagogue.
* Or les anciens des Juifs priaient Jésus instamment
* et lui disaient : 11 mérite bien que vous lui rendiez ce
« service , car il aime notre peuple , et nous a bâti une
« synagogue. Jésus, entendant ces choses, s'étonna et
« dit à la foule qui l'entourait : En vérité, je vous le dis ,
« je n’ai point trouvé, même en Israël, une telle foi.
« Mais je vous l’assure, beaucoup viendront de l'Orient
« et de l’Occident, et s’assiéront à la table du royaume
« céleste avec Abraham, Isaac et Jacob. Mais les enfants
« du royaume seront précipités dans les ténèbres exté-
« ricures, où il y aura des hurlements et des grince-
« ments de dents. Voici que les premiers seront les der-
« niers, et beaucoup d’entre les derniers seront les
« premiers. »
11 s'agit ici des Juifs et des païens. Les Juifs, comme encore aujourd’hui les Chinois, étaient persuadés que le inonde avait été créé pour eux , et que c'était pour eux que Dieu le conservait, qu’eux seuls étaient appelés à la béatitude, et que le principal caractère de l’époque du Messie, ce serait la défaite et la conquête des Gentils. Noire-Seigneur contredit ici ces préjugés. 11 les avait déjà combattus en présence de ses disciples, dans son voyage à Jérusleui. Pour eux aussi , le monde païen était le royaume des ténèbre> extérieures. Pour la première fois Jésus- Christ annonçait ouvertement au peuple de Dieu qu’il avait perdu ses privilèges, que les païens auraient désormais le pas sur eux, et qu’eux seraient précipités dans les ténèbres extérieures, pour habiter dispersés parmi les Gentils, comme les Gentils étaient disséminés encore alors dans le rovaume lumineux d’Israël. Dans ces paroles, Notre -Seigneur prophétisait la dispersion des Juifs parmi tous les peuples de la terre.
a 11 dit à l'officier: Va; Ion fils vit: qu’il t'arrive
fliaiii.aililw
l'officier de capharnaum. 419
« comme tu as cru. Et l’officier, plein de confiance en « la parole que Jésus lui disait, s’en alla, et au même « instant son fils était guéri. Et comme il était en che-
• miu pour s’en retourner, ses serviteurs vinrent à sa « rencontre, et lui dirent: Votre fils est vivant. 11 s’in- « forma de l’heure où il s’était trouvé mieux. Et ils lui
• dirent : La fièvre l’a quitté hier vers la septième heure « (une heure après midi). Le père remarqua que c'était « précisément l’heure où Jésus lui avait dit : Votre fils est « vivant. Or ceux qui étaient venus, étant rentrés à la mai- « son, trouvèrent en effet que le fils était guéri. Jésus se « rendit lui -même chez l’officier; mais, comme il était « près de la maison , celui-ci lui envoya ses amis, et lui « fit dire : Maître, ne vous donnez pas la peine de
• tenir plus loin. » Car ils lui apportaient l’heureuse nouvelle de la guérison du malade, et leurs remerciments pour le miracle qu’il avait fait en sa faveur. « Et l’officier « crut avec toute sa famille. Ceci fut un autre miracle « nouveau que Jésus fit à Cana, pendant qu’il retournait
• de Judée en Galilée. » (Évang. saint Jean, iv, 43. — WA., vin, 5. — Luc , vu, 1.)
Les rabbins racontent l’histoire de celte guérison dans le Talmud à peu près comme elle est dans l’Évangile, avec cette seule différence qu’ils l’appliquent au fils de Gaina* M. Voici le récit qu’en fait le livre intitulé Baracoth (fol. xxxiv, 2): « Un jour que le fils de R. Gamaliel était malade, il envoya deux hommes zélés à R. Chanina ben Ùo$a,afin qu’il priât Dieu*pour lui. Celui-ci, les ayant vus, monta dans sa chambre et pria pour le malade. Et lorsqu’il fut descendu, il leur dit: Allez, la fièvre l’a quitté. Us lui repondirent : Êtes-vous prophète? 11 repartit : Je ne
LA VIE DE N. -S. JÉSLS-CHHIST.
suis ni prophète ni fils de prophète, mais je sais seulement que je suis exaucé lorsque je puis réciter mes prières avec ferveur; autrement elles sont inutiles. Ils marquèrent et écrivirent l'heure où il leur parlait; et, lorsqu’ils furent arrivés près de Gamaliel, il leur dit : Vous vous êtes parfaitement acquittés de votre ministère, car la fièvre a quitté mon fils à telle heure, et il a demandé de l’eau pour boire. »
Le récit de ce miracle se conserva dans la bouche du peuple, et y subit quelques variantes. Or comme le mot de fils, dans la langue que parlait alors le peuple, signifiait également serviteur, saint Luc (vu, 2) a choisi ce dernier sens, tandis que Tévangile de saint Matthieu a conservé le premier, de même que l’évangéliste saint Jean, sous les yeux de qui le fait s’était passé. Mais plusieurs interprètes ont conclu , de ce verset de saint Luc, qu’il y avait eu deux guérisons de ce genre, l’une opérée dans la personne d’un serviteur, et l’autre sur un fils de l’officier de Capharnaüm , tandis qu’il ne s’agit évidemment que d’un seul fait. Nous pouvons conclure du récit des évangélistes que l’officier de Capharnaüm n’était point Juif d’origine, mais Gentil prosélyte. D’autres documents nous portent à croire qu’il était d’une ancienne famille iduinéenne, comme Hérode. Venu d’Idumée, il avait fait sa fortune sous ce prince, avait obtenu le grade de centurion, et était enfin devenu capitaine ou commandant de place dans la ville. Notre -Seigneur, pendant le temps qu’il y demeura, après avoir été renvoyé de Nazareth, put trouver en lui un protecteur puissant, et annoncer ainsi avec sécurité l'Évangile aux habitants de la ville et des environs.
PARABOLE DES VIGNERONS
Le nom de cet officier, si nous pouvons nous en rapporter à certaines indications, était Chusa. C'était un nom iduméen provenant d'une divinité adorée par les anciens Cananéens sous le nom de Cbusch , et que les Iduméens avaient adoptée. 11 nous est heureusement resté un ancien registre de famille iduméen, où nous trouvons ce même nom de Chusa à côté de celui d'Hérode, et qui semble indiquer que ce Chusa, capitaine à Capharnaüm, descendait d'Aman , le même qui , semblable à Ésaü , souche de sa race, avait voulu perdre tous les enfants d’Israël, de sorte que, d’après les lois qui rendent solidaires les membres d’une même famille, Chusa réparait dans la personne du Sauveur le mal que son ancêtre Aman avait voulu faire au peuple de Dieu , et acquittait ainsi la dette qo'il lui avait laissée. A partir de ce moment, nous voyons sa femme, Jeanne Chusa, marcher comme une fidèle compagne à la suite de Jésus. Ainsi, Jésus revint de Jérusalem à Capharnaüm, et y prêcha dans la synagogue.