‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 136 sur 589 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Parabole des vignerons.

C’est vers ce temps que Jésus dit au peuple cette belle parabole où il nous représente les ouvrière évangéliques appelés à divers intervalles pour travailler dans le royaume de Dieu, et recevant malgré cela une récompense égale. H avait sans doute en vue, dans celte parabole, la conversion de l’officier de Capharnaüm et les faits qui s’étaient

passés dans les derniers jours. Il dit donc aux siens et au peuple assemblé : « Le royaume du Ciel ressemble à un « père de famille qui sortit de très-bonne heure, afin de « louer des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec ceux- « ci de leur donner un denier par jour, et il les envoya « dans sa vigne. Il sortit encore vers la troisième heure , « et en vit d’autres qui étaient inoccupés sur la place, il « leur dit : Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai « un juste salaire. Et ils y allèrent. 11 sortit de nouveau « vers la sixième et vers la neuvième heure, et il fit la a même chose. Et comme il était sorti vers la onzième « heure, il en trouva encore quelques-uns qui étaient « sur la place, et il leur dit : Pourquoi restez-vous ici a tout le jour inoccupés? Ils lui répondirent : Parce « que personne ne nous a donné de travail. Il leur dit « donc : Allez aussi dans ma vigne, vous aurez un juste a salaire. »

« Or, lorsque ce fut au soir, le maître de la vigne dit « à son homme d’affaires : Faites venir les ouvriers et « donnez -leur leur salaire, en commençant parles deru niers, pour finir par les premiers. Ceux qui étaient « venus vers la onzième heure approchèrent donc, et « chacun reçut un denier. Lorsque ce fut le tour des « premiers, ils espéraient recevoir davantage; mais cha- « cun ne reçut aussi qu’un denier. Us le prirent, mais « en murmurant contre l’homme d’affaires, et en disant :

« Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et vous les « avez mis sur la même ligne que nous, qui avons porté u le poids et la chaleur du jour entier. 11 répondit à l’un « d’eux : Ami, je ne te fais aucun tort. N’es -tu pas contt venu avec moi d’un denier? Prends ce qui t’appartient.

PARABOLE DES VIGNERONS

« et t’en va. Je veux donner à ce dernier autant qu’à * toi. Ne m’est -il donc pas permis de faire de ce qui est « à moi l'emploi que je veux? Si je suis bon, pourquoi e le vois-tu d’un mauvais œil? Ainsi, les premiers seront « les derniers, et les derniers seront les premiers; « car, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

{ Matth ., xx, i .)

C'est ainsi que Notre -Seigneur aimait à parler en paraboles du royaume de Dieu, et excitait l’admiration du peuple, qui se trouvait saisi dans ce qu’il avait de plus vif et de plus profond. Les Juifs ont emprunté beaucoup de choses à l’Évangile et aux paraboles de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils ne se sont pas contentés d’en prendre le plan et le dessein, mais ils en ont copié souvent jusqu’aux paroles. Ne pouvant rejeter comme des mythes les discours et les actes de Notre-Seigneur, ils cherchaient du

moins à en atténuer la valeur aux veux des chrétiens en

appliquant à leurs docteurs un grand nombre des choses

qui lui étaient attribuées. Voulant se faire de leur Talmud une arme et un bouclier contre le christianisme, ils ont été forcés d’v admettre une foule d’idées chrétiennes, comme Tertullien le reprochait aux païens pour leurs livres.

Pouvaient -ils rendre à Notre-Seigneur plus de gloire el mieux le reconnaître qu’en admettant dans leurs livres sacrés ses sublimes doctrines? Et lorsque, étudiant ces livres, nous mettons de côté ce qui appartient en propre aux docteurs Juifs, nous sommes saisis d’un profond étonnement en considérant jusqu’à quel point le peuple choisi de Dieu était descendu dans la connaissance des choses divines; et nous nous demandons involonfai-

rement ce qui serait advenu de la sagesse du monde et du bon sens humain sans Jésus -Christ. Nous retrouvons donc dans le Talmud cette demaude faite à Notre -Seigneur : « Quel est l'abrégé de la loi? » Avec celle différence que la réponse est attribuée au R. Hilleî. Nous y retrouvons mot à mot l’histoire de l’officier de Capharnaüm, la parabole de la brebis perdue, avec cette différence encore que dans celle du Talmud il s'agit d’un âne; la parabole du festin royal, de l’homme qui entre sans avoir la robe nuptiale, et des serviteurs vigilants. Nous y retrouvons la copie fidèle de la parabole des vierges sages et des vierges folles, de celle des cinq talents ou des dix livres; nous y retrouvons, et l’homme d'affaires de l’Évangile rendant compte à son maître de son administration , et le pauvre Lazare et le mauvais riche , et enfin les vignerons infidèles. Mais nous y retrouvons en particulier la pensée fondamentale de la parabole des vignerons, que nous avons rapportée au commencement de ce chapitre.

Elle se trouve dans le Talmud de Jérusalem, et principalement dans le livre du R. Tanchuma. Dans cette parabole, empruntée à l’Évangile, et qu’ils attribuent à Salomon lui -même, le maître du parc appelle à divers intervalles les ouvriers qu’il y a envoyés. L'auteur veut désigner par là ceux qui, appelés de bonne heure hors de cette vie, n'ont pu étudier et pratiquer la loi que peu de temps, et qui, néanmoins, recevront dans la béatitude une récompense égale à ceux qui auront travaillé davantage, de même que Samuel a reçu une récompense égale à celle de Moïse. En effet, ceux qui sont morts plus jeunes ressemblent à un ouvrier que son maître con-

PARABOLE DES VIGNERONS

gédie plus lot que les autres, et qui n‘a pu travailler qu’une couple d’heures, ou planter qu’un seul arbre. Cette parabole, le même auteur la retourne encore dans un autre sens, pour lui faire signifier l’inégalité des récompenses, après un travail égal, du moins quant à l’extérieur. Dans le jardin du Seigneur, de même que dans la science, il y a un grand nombre d’arbres, dont chacun demande à être cultivé, quoique tous ne paient pas également la peine que coûte leur culture.

Le royaume du ciel est donc semblable à un roi qui loue des ouvriers pour travailler à son jardin. Mais, le moment de régler les comptes étant venu , le roi dit à l’un : Sous quel arbre as -tu travaillé? Sous un poirier, répond celui-ci. — Bien, il t’est dû pour cela un florin d’or. — Passant à un autre, il lui dit : Et loi, sous quel arbre as -tu travaillé? Sous un câprier. — 11 t’est dû un demi-tlorin. — Il demande à un troisième : Et toi, où as -tu bêché la terre? Celui-ci montre un arbre, c’était un figuier dont la culture rapporte à l’ouvrier deux cents Les ouvriers vinrent donc trouver le roi, et Ini dirent : N’auriez-vous pas pu nous avertir sous quel arbre il y avait plus à gagner? Mais le roi leur répondit : Comment aurais-je pu planter et faire croître dans mon jardin des arbustes de toute sorte, si j’avais fait ce que vous me dites? Car beaucoup sont appelés, et peu sont élus. La même parabole est encore employée par le même auteur pour exprimer l’emploi fidèle et énergique des dons accordés par le Seigneur dans un degré différent, mais récompensés également par lui.

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