LE SERMON SUR LA MONTAGNE
ment vide . Ce mot, employé comme injure, voulait dire tête vide , sans cervelle , sans intelligence . C’était donc un terme de mépris. L’autre mot, celui de fou, va plus loin encore , et passe du mépris à l’injure.
« Vous avez entendu qu’il a été dit à vos pères : Tu ne « commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis :
* Quiconque regarde une femme avec passion a déjà e commis l’adultère avec elle en son cœur. On vous a « dit que celui qui renvoie sa femme lui donne une « cédule de séparation. Mais moi , je vous dis : Quiconque « se sépare de sa femme hors le cas d’adultère la rend « adultère; et celui qui épouse une femme séparée de <* son mari est adultère lui- meme. Vous savez de plus « qu’il a été dit à vos pères : Tu ne te parjureras point, « mais tu tiendras au Seigneur les serments que tu as « faits. Mais moi , je vous dis : Ne jurez pas du tout , ni « par la terre, car elle est le marchepied du Seigneur, « ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand roi. Tu « ne jureras point non plus par ta propre tête, car tu ne « peux y rendre un seul cheveu blanc ou noir. Mais « contentez-vous de dire oui, oui; non, non. Ce qui va « au delà vient du mal. » C’était une malédiction usitée à cette époque de dire : Que je devienne blanc comme de la glace, si telle ou telle chose n’arrive pas. Lorsque Notre-Seigneur défend de jurer par sa propre tête , il fait allusion à l’état moral et à la coutume du peuple qui l’écoutait.
a Vous savez qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour « dent. Moi, je vous dis: Ne résistez point au méchant ; « mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite , présente- * lui la joue gauche. Et si quelqu’un veut te faire un
u procès et te prendre ta tunique, abandonne -lui même « ton manteau. Si quelqu’un te force à marcher l'espace u d'un mille avec lui, marche deux milles. Donne à « qui te demande, et ne te détourne point de celui « qui veut emprunter de toi. Si quelqu’un te prend « ce qui est à toi, ne le lui redemande pas. Vous savez u qu’il a été dit : Tu dois aimer ton prochain , et tu u peux haïr ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez «< vos ennemis; bénissez ceux qui vous maudissent, u Faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez « pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, « afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste, « qui fait lever son soleil sur les bons et sur les mén chants, et qui fait tomber la pluie sur les injustes « comme sur les justes. Car si vous n'aimez que ceux qui « vous aiment , et si vous ne faites de bien qu'à ceux qui « vous en font, que sera votre récompense? Les mé- « chants ne font -ils pas la même chose? Et si vous ne a prêtez qu’à ceux qui peuvent vous rendre, quelle ré- « compense en aurez-vous? Les publicains n’en fout-ils a pas autant? Les pécheurs prêtent bien aussi aux pc- « cheurs, à la condition qu’ils leur rendront ce qu'ils « leur ont prêté. Et si vous ne saluez que vos frères, que « faites-vous là de particulier? Les païens ne font-ils pas « la même chose?
« Aimez plutôt vos ennemis; faites du bien et prêtez « sans en rien espérer; c’est ainsi que votre récompense « sera grande, et que vous deviendrez les enfants du a Très -Haut; car lui aussi est bon pour ceux qui sont « injustes et méchants. Soyez miséricordieux comme votre « Père est miséricordieux, et soyez parfaits comme votre