‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 151 sur 589 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

L’Aveugle de Betbsaïdn.

« Ils vinrent à Bethsaida. » C’était la patrie de trois des disciples de Jésus. Elle était située à l’est sur le rivage

de la mer, près de l’embouchure du Jourdain , comme

on peut le conclure du chapitre ix, vers. 10, de saint Luc, en comparant celui-ci avec saint Jean, chapitre vi, vers. 1 . On dispute encore sur la position de cette ville. Mais Pline et Josèphe surtout (Antiq. xvui, 2, 1 ) disent expressément qu’elle était située au delà de la mer. Philippe, nous dit ce dernier, aussitôt qu’il fut devenu tétrarque, agrandit Bethsaïda, qui n’était auparavant qu’un lieu de peu d’ importance, l’embellit par des constructions magnifiques, y amena de nouveaux habitants, en fit une ville comme il avait fait déjà pour Panéas, et lui donna le nom de Julie, en l’honneur de la fille d’Auguste. Mais pourquoi ne trouvons-nous point ce nom dans les Évangiles? La raison en est bien simple : c’est que déjà, du vivant de Notre-Seigneur, le nom de Julie était devenu un nom ignominieux, et que l’empereur, ayant été obligé de bannir sa fille, désirait, au rapport de Suétone, que le monde oubliât qu’il était son père. Ce ne fut qu’après la mort de l’empereur Tibère, époux de cette malheureuse prin-

LAVEUGLE DE BETHSA1DA.

cesse, que ce nom reparut ; et nous le trouvons en effet chez Pline, dans le catalogue des villes juives. Bethsaïda

signifie maison où l'on sue, ou bien, selon l'interprétation de saint Jérôme, maison des fruits , ou bien encore mai son des chasseurs. C'est à Bethsaïda que, sept ans après cette eicursiou de Notre - Seigneur , mourut sans enfants le tétrarque Philippe, qui gouvernait ce pays. Son corps fut déposé dans un tombeau qu’il s’était fait construire pendant qu'il vivait encore.

a Jésus étant entré dans une maison, on lui amena « un aveugle, en le priant de le toucher. Jésus lui « demande: Crois -tu que je puisse te guérir? — Oui,

« Seigneur, répondit l'aveugle. Là-dessus Jésus lui dit :

« Qu’il te soit donc fait selon ta foi. Puis il prit l’aveugle « par la main, le mena dehors sur la place, lui cracha « sur les yeux , lui imposa les mains et lui demanda s’il « voyait quelque chose. Celui-ci regarda, et dit : Je vois a les hommes marcher comme les arbres. Jésus lui mit a une seconde fois la main sur les yeux , et lui dit de « regarder de nouveau. Dès lors il fut guéri et voyait * distinctement les objets. »

Les anciens croyaient que l’on pouvait en crachant dissiper les mauvais enchantements; et nous trouvons un témoignage de cette croyance dans la langue meme d un grand nombre de peuples qui expriment par le même mot l’action de cracher et l'idée d’enchantement. Il est remarquable que Tacite {llist., îv , 81), Suétone (\esjm., vu) et Dion Cassius (lxvi, 8) racontent de l'empereur Yespasien, comme un fait très -certain , qu’il guérit une fois un aveugle rien qu’en lui crachant sur les veux, et qu’une autre fois il guérit de la même manière

un homme estropié de la main. C’est un fait aussi que les rois de France, jusqu’à Louis XVI, et les rois d'Angleterre, jusqu’à Élisabeth, guérissaient sympathiquement, à certains jours de l’année, les scrofules par le simple attouchement. Si Notre -Seigneur cracha sur l’aveugle pour le guérir, c’était et pour éprouver la foi de celui-ci et pour échapper aussi à l’admiration du peuple en donnant au miracle qu’il voulait opérer l’apparence d'un événement naturel.

Au reste, dans les climats chauds, où le soleil est plus ardent, comme en Palestine, en Égypte et dans le voisinage des déserts, les maux d’yeux sont bien plus fréquents que chez nous. Ainsi il y a présentement au Caire 4000 aveugles. Dans la capitale de l’Égypte les aveugles sont si nombreux qu’ils y forment une confrérie particulière avec une école. Il y a même certaines fonctions qui leur sont exclusivement confiées, comme par exempte celle des muezzins et des fakires. Les premiers appellent à la prière, et ceux-ci conduisent les morts à leur dernière demeure. Bien plus, dans les émeutes populaires, les aveugles sont très- redoutables comme chefs de parti. Plusieurs causes contribuent à répandre cette infirmité, comme, par exemple, le contraste des ardeurs du sable lin et délié de ces contrées avec l’air pénétrant des côtes de la mer, et les rosées froides de la nuit auxquelles les habitants s’exposent en dormant sous le ciel ou sur les toits plats de leur maison.

L’aveugle que guérit Notre -Seigneur ne l’était pas de naissance, car il avait déjà vu des arbres, puisqu’il leur comparait les hommes qu’il voyait. Les fièvres, la lèpre, les maladies d'yeux, la jaunisse et la phthisie, les ulcères,

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