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Pour bien apprécier les paroles de Notre -Seigneur à Pierre , nous devons nous rappeler les idées qu'avaient les rabbins du temps de Notre -Seigneur Jésus-Christ. Malheureusement, la ruine et la destruction de Jérusalem oe nous ont laissé que quelques fragments de leurs ou- >rages; mais ceux-ci suffisent encore pour nous faire apprécier jusqu’à un certain point leurs croyances , leurs opinions et leurs usages à cette époque. Quiconque chez les Juifs était revêtu de la dignité de rabbin recevait comme symbole de ses nouvelles fonctions une clef que Notre-Seigneur appelle la clef de la connaissance, et qui est appelée par Isaïe et par saint Jean dans l’Apocalypse, la clef de la maison de David. Car ainsi parle le Seigneur des armées par la bouche du prophète de l'ancienne alliance : « J’appellerai Éliacim, le ûls d’Helcias, et le ferai « chef du temple. Je lui donnerai la tunique , et le cein- « drai de ta ceinture. Je mettrai la puissance en sa main ,
• afin qu’il soit un père pour les habitants de Jérusalem
• et pour la maison de Juda. Je mettrai sur ses épaufes
• la clef de la maison de David, pour qu'il ouvre, et « qu’après lui personne ne ferme ce qu’il aura ouvert ; « pour qu'il ferme , et que personne après lui n’ouvre ce « qu’il aura fermé. »
11 s'agit ici des clefs de la maison de Dieu à Jérusalem ,
qui doivent passer en d’autres mains. Mais les Juifs, qui
se représentaient une Jérusalem céleste avec son temple ,
crovaient v trouver aussi uue école ou un sanhédrin cé- • •
leste , correspondant au sanhédrin de la Jérusalem terrestre; et ils étaient persuadés que bien souvent les paroles et les sentences prononcées ici -bas par les rabbins les plus célèbres étaient accueillies avec faveur et applaudies
dans l'academie de la Jérusalem supérieure. C’est poui cela que lorsqu'un rabbin mourait sans enfants, on méfiait ses clefs de rabbin dans son tombeau, comme en certains pays on dépose les armoiries des ancêtres dans le tombeau du dernier membre de la famille. Les Juifs pensaient qu’avec ces clefs il pouvait , même là- haut dans le ciel, ouvrir et fermer, lier ou délier, et qu’aucune sentence ici- bas ne pouvait rien contre lui.
« Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre « elle. » Au temps des patriarches, les jugements étaient prononcés sous les portes de la ville, afin que la justice fût rendue publiquement. Il en était ainsi chez les peuples scythes et turaniens; et c’est de cet usage que la cour du pacha a pris le nom de Sublime- Porte. C’est sous les portes de la ville de Sodome que Lolh reçut les trois messagers de Dieu. C’est sous les portes du temple que s’assemblait encore, au temps de Notre -Seigneur, le grand conseil. Le sanhédrin des grands prêtres se tenait sous l/ porte de Nicanor, et le collège des docteurs de la loi sous la porte de Suza. Ce mot porte est donc chez les anciens l’expression symbolique de l’idée de jugement. Lorsqu’il n’v avait encore ni serrures ni verrous, ou bien encore chez des peuples qui habitaient sous des tentes, le chef de famille avait seul le droit de lier et de délier, c’est-à-dire d’attacher la corde qui fermait la porte, ou de la détacher pour laisser passer ceux qu’il voulait admettre ; car il était le juge suprême dans la maison. Or, le tribunal de l’enfer ne peut, d’après les promesses de Jésus-Christ , affaiblir l’autorité des sentences de Pierre. Mais, de même que, d’après les légendes des Juifs, Klie