LA PIÈCE DE MONISME
fin du mois d’août. Mais ce n’est point de cet impôt qu’il est ici question : c’est de l’impôt du temple, que tout Israélite âgé de vingt ans, même celui qui demeurait à l’étranger, devait payer chaque année pour l’entretien de la maison du Seigneur. Le sicle sacré représentait à peu près 3 fr. 60 de notre monnaie. Le sicle ordinaire pesait moitié moins. Un seul sicle suffisait pour Notre- Seigneur et pour Pierre. C’est un poisson qui fournit miraculeusement cette pièce de monnaie au Fils de l’homme. Nous voyons donc encore reparaître ici cet animal mystérieux, qui joue un si grand rôle comme symbole dans toute l'histoire de la Rédemption. Après la ruine de Jérusalem, l’empereur Vespasien exigea que tous les Juifs payassent au temple de Jupiter Capitolin, à Rome, l’impôt qu’ils avaient payé jusqu’alors au temple de Jérusalem.
Notre-Seigneur Jésus-Christ dit : « Les rois de la terre « imposent les étrangers, mais non leurs enfants. » Il était le Fils du Roi du ciel et de la terre, et on exigeait de lui l’impôt qui devait servir à l’entretien du temple et des sacrifices qu’on lui offrait à lui-même en les offrant à son Père céleste. Dans ces paroles, il veut faire remarquer sans doute à ses apôtres cette particularité.
Cherchons maintenant à quelle époque environ dut se passer cet événement. Le premier jour du mois d’adar, qui était le dernier mois de l’année juive, on annonçait publiquement que chacun eût à se tenir prêt à payer l’impôt du temple. Car personne n’en était exempt, pas même les plus pauvres, qui, pour acquitter cette dette sacrée, étaient obligés, s’il le fallait, d’aller mendier aux portes, ou même de vendre leur dernière tunique. Le 15 du
même mois, vingt jours avant la Pâque, la perception de riinpôt commençait dans les villes. Les collecteurs ou banquiers avaient deux caisses; l’une pour le tribut qui était dû de l’année précédente, et l’autre pour celui de l’année courante. Cependant on ne forçait encore personne à payer. Le 25 du mois la collecte commençait dans le temple de Jérusalem. A partir de ce moment jusqu’à la Pâque, le tribut était rigoureusement exigé; on employait même la saisie et les autres formes judiciaires, et l’on allait jusqu’à ôter sa chemise à celui qui n’avait pas de quoi payer. 11 n’y avait point cette année-là de treizième mois, par conséquent point de mois de veadar. C’est donc probablement vers le 25 adar que l’on demanda à Notre -Seigneur le tribut du temple, c’est-à-dire le 25 mars de l’an 27 de notre ère; car la Pâque ou le 15 nisan de cette année 780 coïncidait avec le 13 avril, elle moisd’adar n’avait que 29 jours.
« Nous n’avons point d’argent, » disait l’apôtre en guérissant le boiteux à la porte du temple. Notre -Seigneur aussi était tellement pauvre qu’il dut cette fois avoir recours à un miracle pour payer le tribut annuel du temple. C’était la treizième fois qu’il le payait depuis l’an 758, oit il avait atteint sa vingtième année. Il vivait médiocrement à la table de ses apôtres, et des aumônes de quelques femmes dévouées. Ce n’était pas là sans doute le Messie qu’attendaient les Juifs, ce Messie qui devait leur distribuer toutes les richesses du monde, depuis les trésors de Pharaon jusqu’à l’or, l’argent, les perles et les pierres précieuses que la mer tient enfouis dans ses abîmes, et qu’elle devait apporter aux pieds du Messie près deJoppé, forcée par ses évocations.