‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 199 sur 589 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le sourd-muet* — Le Christ et Bcelzcbul.

« On lui amena un sourd-muet qui était possédé, et « on le pria de lui imposer les mains. Et il le prit à part, « en le tirant de la foule, lui mit les doigts dans les « oreilles, toucha sa langue avec de la salive, leva les « yeux vers le ciel, soupira et lui dit: Ephphata, c’est- « dire ouvre-toi. Et ses oreilles s'ouvrirent aussitôt; sa « langue fut déliée, et il parla distinctement. Ceux qui « étaient présents étaient dans la stupeur, et toute la foule « du peuple était dans l'étonnement que le diable eût été « chassé de cet homme, et ils disaient : N’est-ce pas là le « fils de David (c’est-à-dire le Messie)? On n’a encore « rien vu de tel en Israël. Il leur défendit, il est vrai, de « le dire à personne : mais plus il le leur défendait, plus « ils le divulguaient. Et ils étaient dans une grande admi- « ration , et disaient : 11 a bien fait toutes choses : il a fait « entendre les sourds et parler les muets. » Bientôt aussi, ceux dont l’oreille n’avait jamais encore entendu la loi de Dieu, dont la bouche n’avait jamais annoncé vraiment ses louanges, devaient voir tomber leurs liens. Bientôt ils allaient entendre la parole de l’Évangile ; leur langue allait parler et l’esprit malin allait les quitter.

« Les pharisiens et les docteurs de la loi qui étaient « venus de Jérusalem, témoins de cette jubilation du « peuple, disaient : Il a Beelzebuî, et il chasse les démons « par le prince des démons. Mais Jésus, qui savait leurs « pensées, les appela, et leur dit en parabole : Comment

« un démon peut-il en chasser un autre? Tout royaume « divisé en soi-mème est détruit ; et toute maison divisée « contre elle-même ne peut subsister, mais s’écroule. Si « donc un démon en chasse un autre, il n’est plusd’ae- « cord avec soi-même; il est divisé par la sédition, et « par conséquent c’en est fait de lui ; car comment son « royaume pourrait- il subsister? Et pourtant vous dites « que je chasse les démons par Beelzebul. Mais si je chasse « les démons par Beelzebul, par qui vos disciples les « chassent -ils donc? » Le mot grec employé par les évangélistes saint Matthieu et saint Luc signifie également enfant et disciple . « Ceux-ci seront donc vos juges. Mais « si je chasse les démons par l’esprit de Dieu, le royaume « de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous. »

Notre-Seigneur veut nous faire comprendre par ces paroles que le démon n'est pas assez maladroit pour se méprendre sur ses véritables intérêts jusqu’au point de travailler contre soi-même. C’était là un argument sans réplique : mais les pharisiens s’inquiétaient peu de sc mettre en contradiction avec eux-mêmes, pourvu qu’ils pussent affaiblir la confiance que le peuple avait en Jésus- Christ. Notre-Seigneur, dans les paroles qui suivent, expose admirablement la nature du pouvoir qu’il exerce, lui et ses disciples, sur les puissances infernales, et les effets qui en résultent.

u Lorsqu’un homme fort et armé garde sa maison, ce « qu’il a est en sûreté. Or comment quelqu’un peut-il « entrer dans la maison d’un homme fort, et lui prendre « son mobilier, s’il ne le lie auparavant? Ce n’est qu’après « cela qu’il peut pilier sa maison. Mais s’il en vient un « autre plus fort que lui, qui remporte sur lui la victoire.

LE CHKIST ET bEELZEBLE.

« ce dernier lui prend toutes ses armes, où il mettait sa « confiance, et distribue ses dépouilles. Lorsque l'esprit « impur est sorti d'un homme, il s’en va par des lieux « arides, et cherche le repos. Ne le trouvant point, il « dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. « Il y vient donc, et, la trouvant nettoyée et ornée, il u s’en va prendre sept autres esprits plus méchants que « lui; et entrant chez lui , ils y établissent leur demeure. « Et le dernier état de cet homme devient pire que le « premier. Il en sera ainsi de cette race mauvaise. »

Le Fils de Dieu était descendu du ciel pour renverser de son trône le prince de ce monde. Il l’avait vaincu dans le désert, et nous avait ainsi tirés des sombres abîmes de l’enfer. Mais lorsque l’ennemi chasse de nouveau l’esprit de Dieu de l'ame régénérée , et l’entraîne dans les voies de la perdition , les liens par lesquels l’enfer la tient enchaînée deviennent sept fois plus étroits, et le salut lui est par là même plus difficile. 11 en avait été ainsi de Madeleine. Après être revenue de ses égarements, elle était retombée dans le péché. En punition de son ingratitude, elle avait été possédée par sept esprits mauvais, jusqu'à ce que le Seigneur, par une grâce toute spéciale, la retira de nouveau de ses égarements.

L’apôtre des Gentils , dans son Épître aux Hébreux ( vi, i; x, 26), nous fournit un commentaire terrible, mais , hélas ! trop vrai , de ces paroles de Notre-Seigneur quand il dit : « 11 est impossible que ceux qui ont été une « fois éclairés, qui ont goûté la grâce céleste et sont de- « venus participants du Saint-Esprit, qui de plus ont <t ressenti la douceur de la parole de Dieu et la vertu du « monde futur, et qui après cela sont tombés, se ré-

« veillent en passant à d’autres sentiments, parce qu'ils « crucifient de nouveau et tournent en dérision le Fils de « Dieu. Car si nous péchons volontai remeut après avoir « reçu la connaissance de la vérité , il n’y a plus déserte mais d’hostie pour les péchés; mais un jugement ter- « rible nous attend , et l’ardeur du feu qui doit dévorer « les contradicteurs. » Mais lorsque ces hommes, non contents de courir à leur perte, veulent encore entraîner avec eux les autres, oh ! alors, au lieu d’un seul démon qu’ils prétendaient chasser, ils tombent au pouvoir de sept autres, et les désordres d’une telle réforme sont pires que ceux auxquels elle voulait remédier. Luther luimême confirme et développe cette pensée quand il dit , dans son second sermon du premier dimanche de l’Avent: « Les hommes sont aujourd'hui possédés de sept diables, « tandis qu’auparavant ils n’en avaient qu’un seul. Le « diable entre maintenant chez eux par troupes; de sorte « que, au milieu de la claire lumière de l’Évangile, ils « sont plus avares, plus perfides, plus dures, plus impute diques, plus violents, plus audacieux et plus méchants « qu’ils n’étaient auparavant sous le papisme. ( Iena , 1565.)

La Judée elle-même était à cette époque comme possédée de l’esprit malin ; car le peuple juif avait forcé Dieu de s’éloigner de lui. Jésus, il est vrai , avait chassé Satan dans le désert; mais les Juifs ne voulurent point de la rédemption que l’Homme-Dieu leur apportait. A peine le rideau du temple se déchira-t-il après sa mort que sept démons plus mauvais encore s’emparèrent du peuple déicide. L’obsession devint une véritable possession. Dès lors le monde païen fut lâché contre lui : un plus fort que lui le vainquit , lui prit ses armes en qui il mettait sa

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