‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 21 sur 589 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Suite du même sujet.

Nous avons prouvé que notre chronologie est dans un accord parfait avec toutes les données des saintes Écritures, et que nous pouvons placer le baptême de Jésus dans l’année 778. Mais l’Évangile nous fournit encore un moyen de déterminer cette époque d’une manière plus précise. Nous y lisons en effet : « Jean prêchait le bap- « têtue de la pénitence pour la rémission des péchés. Le « peuple, les publicains et les soldats venaient à lui, et « lui demandaient : Maître que faut - il faire ! Et il leur « disait de confesser leurs péchés et de se faire baptiser. » C’était l’époque solennelle de la fêle des expiations; un temps de jeûne, de pénitence et de prières, la plus sainte de toutes les fêtes mosaïques, et que Moïse avait placée au dixième jour du septième mois de Tkisri , qui répond à notre mois d'octobre. A cette époque donc Jean sort du désert, et prêche non loin de la route qui, traversant la vallée du Jourdain , conduisait de Judée en Galilée. Il prêchait aux caravanes qui allaient à la fête, et au peuple

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qui se pressait autour de lui pendant ce mois si riche en solennités. Or c’est à cette occasion aussi que Jésus reçut le baptême.

La vie publique de Jésus commença peu de temps après celle de Jean, comme nous l’apprenons des Actes des apôtres ( xm, 24). A la vérité , la tradition ecclésiastique semble placer au 6 janvier le baptême de Jésus; mais l’origine de cette tradition gît uniquement dans le mot Épiphanie. Ce mot, en effet, désignait déjà chez les païens, comme nous l’avons vu plus haut, le 6 janvier, ou la réapparition du soleil perdu, en quelque sorte, après avoir dépassé le point solsticial d’hiver. Les Grecs appelèrent de ce nom la fête de Noël, où le Christ apparut dans le monde; et les Occidentaux, au contraire, s’en servent pour désigner le jour oii il se manifesta aux païens dans la personne des trois rois mages. Mais bientôt on donna à ce mot une troisième signification, et l’on s’en servit pour exprimer la manifestation de la sainte Trinité au baptême de Jésus dans le Jourdain. Les gnostiques, qui prétendaient que rincarnation n’avait eu lieu qu’au moment du baptême, et que c’était alors que le Verbe divin était descendu sur l’homme qui s’appelait Jésus, les gnostiques avaient dès l’origine placé la fête du Baptême de Jésus au 6 janvier. Aussi Clément d’Alexandrie nous dit que les basilidiens d’Égypte célébraient, de son temps, au 6 janvier la fête du Baptême de Jésus. Mais déjà Grégoire de Nazîanze distingue de la naissance de Jésus son épiphanie, >on baptême et la fête des Lumières, et regarde ces trois dernières fêtes comme signifiant la même chose. Cependant, au rapport de saint Augustin et de Philastre, cette fêle de l’Épiphanie avait rencontré déjà quelques difficui-

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tés dans l'Église, surtout de la part des donastistes.

Nous voyons que ces fêtes tournent autour d’un seul nom ayant plusieurs sens, à savoir, la fête de l’Apparition ou de l’Épiphanie, et comment on parvint ainsi à les célébrer toutes trois dans le même jour. C’est par ce seul motif que les Grecs célébraient le 6 janvier la naissance de Jésus-Christ, et que les Latins célébraient dans le même jour la fête des Trois-Rois et du Baptême, pendant que dans le district d’Antioche, ou le rituel égyptien était en vigueur, la naissance et la fête des rois se célébraient le même jour. Mais d’après les traditions de l’Église orientale, c’était aussi le 6 janvier que le Messie s’était révélé pour la première fois par le miracle de Cana, quoiqu’il soit impossible qu’une année entière se soit écoulée entre le baptême et les noces de Cana. Bien plus, on croyait que la multiplication des pains pour les cinq mille hommes qui suivaient Jésus, avait eu lieu le même jour, quoique saint Jean nous dise que ce fait arriva lors de la fête de Pâques. Pour désigner la naissance et la fête des Rois, on se servit donc des mots Épiphanie et Christophanie , puis du mot Théophanie pour le baptême ; du mot Bethphanie pour les noces de Cana, et du mot Phagiphcmie pour la multiplication des pains, en plaçant dans ce même jour toutes ces fêtes. Et l’on pouvait à bon droit appliquer aussi le mot d'Épiphanie à la manifestation du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, comme aux fêtes de la Présentation de Jésus et même de son Incarnation. C’est ainsi que ce motd’Éprphanie , par lequel les païens désignaient la fête du Soleil , fut employé en plusieurs sens par les chrétiens, d’autant plus que César Auguste avait placé dans ce même jour la fête qui rappelait le souvenir de ses victoires sur les Parthes,

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iesMèdeset les Égyptiens, comme Durand nous l’apprend nationale , 1. 6, cap. 16).

La nécessité de célébrer dans l’espace d’une année , d’après l'ordre évangélique, les fêtes de Jésus dans leur succession naturelle, a pu contribuer aussi à conserver à la fête du Baptême de Jésus-Christ la date qui s'était en quelque sorte introduite d’elle -même dans l’Église. Il est Me de voir, au reste, que des discours en plein air, pendant l’hiver et le temps des grandes pluies, n’auraient pu attirer, même en Palestine, un grand concours de peuple, fl n’y a qu’en Russie qu’on baptise l’hiver. Mais, chez les Juifs, le baptême devait se faire dans une eau pure de source ou de rivière, et non dans une eau bourbeuse , comme celle que donnent les pluies. Les Juifs n’auraient donc jamais consenti à se faire baptiser, pendant l’hiver, dans le Jourdain, enflé et troublé par les pluies torrentielles, et outre cela d'une température extrêmement tasse; d'autant plus que le baptême se faisait toujours par immersion. 11 était interdit, même dans le mois de Nisan go d’avril, au temps de la Pâque, à cause de la neige qui commençait à fondre sur les montagnes et à enfler les g&x des rivières; et cependant on pouvait déjà à cette époque commencer à se baigner. Nous lisons, au contre, que le mois de Thisri ou d’octobre était recommandé comme la meilleure époque pour le baptême et le tain. C'est peut-être pour cela que plus tard Jean cessa de baptiser dans le Jourdain, et choisit une source voisine du côté d'Énon.

Ce mois d'octobre était le plus riche en fêtes de toute

l année. En eflet, le premier du mois était le premier

jour de l'année des Juifs, et en même temps le commen-

cernent de leur jubilé, dont Jésus-Christ était le but prophétique. Le jour des trompettes avait, pour ainsi dire, son écho dans la voix de Jean criant dans le désert ; et le Nouveau Testament commençait avec lui. Cette fête durait deux jours. Huit jours plus tard, c’est-à-dire le 1 0 du même mois, arrivait la fête des Expiations, où le grand prêtre entrait dans le Saint des saints; et le io , juste six mois après la Pâque, on célébrait la fêle des Tabernacles , qui, comme la Pâque, durait aussi huit jours pleins. Il en est encore ainsi chez les Juifs de nos jours. Depuis le commencement de l’année jusqu’à la fête des Expiations , les Juifs célébraient par le jeûne et la prière ce qu’ils appelaient le temps du pardon ou de l’indulgence : aussi ce temps s’appelait les dix jours de 'pénitence. A cette époque, d'après la croyance populaire des Juifs, devaient se tenir les grands comptes de l’humanité dans le ciel et sur la terre. Voici comment s’exprime à ce sujet le R. Cruspedoi, dans un des traités du Talmud intitule : Rosch haschœna : « Trois livres sont ouverts dans le sanhédrin céleste au « jour de la nouvelle année : l’un pour les hommes « pieux, le second pour les pécheurs, et le troisième pour « ceux qui sont seulement médiocres ou tièdes. Les pre- « miers sont inscrits aussitôt pour la vie, et les seconds « pour la mort. Quant aux derniers. Dieu les attend juste qu’au jour des expiations; et alors ils sont inscrits déli- « nitivement dans le livre de vie ou dans celui de la « mort, selon qu’ils se convertissent. »

C’est à cette époque aussi qu’avait lieu tous les sept ans le jubilé, où toutes les propriétés revenaient à leurs anciens maîtres, et où les esclaves recouvraient leur liberté. Or l’année jubilaire, l’année du pardon et de l’indul-

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gence , n’a-t-elle pas commencé pour le monde entier au moment où Jésus-Christ a manifesté aux hommes sa mission divine?

En général , le septième mois ecclésiastique avait chez les Juifs une signification très-élevée et un sens prophétique. C’est dans ce mois que le monde , d’après les traditions juives, avait été créé. La fête des Expiations avait été placée au jour où l’on croyait qu’avait eu lieu la première faute d’Adam. C’est dans ce mois que les patriarches étaient nés, et qu’ils étaient morts. C’est dans ce mois que Sara, Rachel, Anne, mère de Samuel, et Élisabeth avaient reçu du ciel la fécondité. C’est dans ce mois que Dieu avait contracté avec Abraham une alliance plus intime par la circoncision. C’est dans ce mois que Joseph était sorti de prison, et qu’avait cessé la captivité d’Égypte. C’est dans ce mois que les tables de la loi brisées par Moïse avaient été renouvelées, et que le temple de Salo-

mon avait été consacré. C’est dans ce mois enfin que, d’après les traditions du Talmud, exprimées par R. Éliéser, le Messie devait commencer sa mission. Et cette tradition sest en effet accomplie : car c’est en ce mois que le Sauveur parut au milieu des hommes, dont il était resté josque-îà éloigné, et qu’lsraëi tout entier se pressa sur les bords du Jourdain autour de Jean - Baptiste pour faire pénitence -

Les interprètes des saintes Écritures ne sont pas d’accord sur Tàge qu’avait Jésus au moment de son baptême. Les uns lui donnent un peu plus, les autres un peu moins de trente ans. Le plus grand nombre croient qu’il avait 'ingt-neuf ans et quelques mois : tels sont Clément d’Alexandrie, Origène, saint Jérôme, etc. Saint Irénée, saint

Grégoire de Nazianze, Théophvlacte et Euthymius, plaçant le baptême de Jésus au 6 janvier, lui donnent vingt- neuf ans et treize jours. Quelques-uns lui donnent seulement vingt-huit ans. Saint Ignace le Martyr, saint Cbrysostome et Baronius parmi les modernes, sont pour trente-un ans; Petau, Tirin, sont pour 32, de même que tous ceux qui, plaçant la naissance de Jésus et la quinzième année de Tibère dans l’an 749, donnent pour date à son baptême l’année 782. Noël Alexandre est pour trente-quatre ans, et Hardouin pour trente-cinq. II serait trop long d’énumérer ici les raisons sur lesquelles s’appuient les partisans de ces diverses opinions.

Nous pouvons, d’après tout ce que nous avons dit plus haut, donner comme à peu près certaine la proposition suivante : Jésus-Christ avait trente ans et un peu plus de neuf mois à l’époque de son baptême , qui doit avoir eu lieu le 10 du mois de Thisri 778. En d’autres termes, le Christ est vraiment né en 747 , et a été baptisé en 778.

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