‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 211 sur 589 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Sermon sur le lac. — Les sept paraboles du royaume des cieux.

« En ces jours, Jésus sortit de la maison et s’assit au « bord de la mer. Et il s’assembla autour de lui une grande « fouie de peuple qui était venue de toutes les villes, de « sorte qu’il monta dans une barque, ou il s’assit sur le « lac, et tout le peuple resta sur le rivage. 11 leur ensei- « gna beaucoup de choses en paraboles, et leur dit: « Écoutez : Un semeur sortit un jour pour semer, et « pendant qu’il semait une partie de la semence tomba « sur le chemin. Les oiseaux du ciel étant venus la man- « gèrent. Une partie tomba sur un sol pierreux où il « n’y avait pas beaucoup de terre. Elle leva aussitôt, « parce quelle n’était pas très-avant dans la terre; mais

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« le soleil s’étant levé, elle fut brûlée par la chaleur et se « dessécha , parce qu'elle n’avait ni racine ni sève. Une « autre tomba parmi des épines, et les épines croissant « l'étouffèrent; de sorte qu’elle ne donna point de fruits. « Une autre enfin tomba dans une bonne terre : elle « leva, se développa et porta du fruit, rendant ici trente « pour un, là soixante, et ailleurs cent. »

11 leur proposa encore une autre parabole, et leur dit : u Le royaume du ciel est semblable à un homme qui avait « semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant que « ses gens dormaient, son ennemi vint : il sema de l'ivraie « parmi le blé, et s'en alla. La semence ayant levé et « étant montée en épis, l’ivraie commença aussi à pa- « raître. Les serviteurs du père de famille vinrent alors « le trouver et lui dirent : Maître, n’avez -vous pas « semé de bon grain dans votre champ? d’où vient qu’il « y a de l'ivraie? Il leur répondit: C'est l’œuvre d’un u homme qui est mon ennemi. Les serviteurs lui dirent « alors : Voulez -vous que nous allions l’arracher ? « Non, leur répondit- il; car vous pourriez, en cueil- « lant l’ivraie, arracher en même temps le blé. Lais-

« sez croître l’un et l'autre jusqu’à la moisson; et au « temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : u Cueillez d’abord l’ivraie, liez -la en bottes pour la « brûler; mais amassez le blé dans mon grenier. »

Il leur proposa encore une autre parabole en leur disant : « A quoi comparerons - nous le royaume de u Dieu? sous quelle image le représenterons- nous? Le « royaume du ciel est semblable à un grain de sénevé « qu’un homme prend et sème dans son jardin. C’est, il « est vrai, la plus petite de toutes les semences; mais

SERMON SUR LE LAC

« lorsqu’elle a été semée la plante croît et devient plus « grande que tous les autres légumes du jardin ; elle de- « vient un arbre ; de sorte que les oiseaux du ciel vien- « nent faire leur nid sur ses branches, et demeurer sous « son ombre. »

« 11 leur dit encore : A quoi comparerai -je le royaume « de Dieu? Le royaume du ciel est semblable au levain « qu’une femme prend et pétrit avec trois mesures de « farine, jusqu’à ce que le tout soit levé. De plus, le « rovaume du ciel ressemble à un trésor caché dans un

« champ. Si quelqu’un le trouve, il le cache de nouveau; a et , plein de joie , il s’en va vendre tout ce qu’il a et « achète ce champ. Le royaume du ciel est semblable « encore à un marchand qui cherche de bonnes perles.

« Quand il a trouvé une perle précieuse , il vend tout son . a bien pour l’acheter. Enfin, il en est du royaume du « ciel comme d’un filet jeté dans la mer, avec lequel on a prend des poissons de toutes sortes. Quand il est plein,

« on le tire à terre, on s’assied, on ramasse les bons « poissons dans des vaisseaux, et l’on jette ceux qui ne « valent rien. Il en sera ainsi à la fin du monde; les v anges viendront, ils sépareront les bons des méchants, u et les jetteront dans la fournaise, où il y aura des « pleurs et des grincements de dents. Après avoir dit ces « choses, il s’écria : Entende celui qui a des oreilles pour u entendre.

« Jésus parlait ainsi toujours au peuple en paraboles,

« et il ne lui parlait jamais autrement qu’en paraboles,

« afin que celte parole du prophète fut accomplie : J’ou- « vrirai ma bouche pour proposer des paraboles, et j’an- * noncerai ce qui était caché depuis la fondation du

« monde. Jésus congédia ensuite le peuple et se rendit à « la maison. Et lorsqu’il fut seul de nouveau, les douze « qui demeuraient avec lui vinrent le trouver et lui de- « mandèrent : Pourquoi parlez-vous avec eux en paraît boles? Il leur répondit , et dit, tourné vers ses disciples : « 11 vous a été donué à vous de connaître les mystères du « royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont dehors, ils « n’ont pas reçu la même faveur, et c’est pour cela qu’on « ne leur propose que des paraboles. C’est pourquoi je « leur parle en figures, parce qu’ils ne voient point les « yeux ouverts , et n’entendent point les oreilles ouvertes, « de manière à se convertir et à obtenir le pardon de « leurs péchés. Et ainsi s’accomplit en eux la prophétie « du prophète Isaïe quand il dit : Vous entendrez avec les « oreilles, et ne comprendrez point. Vous regarderez avec « les yeux, et ne verrez point; car le cœur de ce peuple « est endurci, et leurs oreilles entendent difficilement, u Ils se sont fermés les yeux afin de ne point voir avec les « yeux, de ne point entendre avec leurs oreilles, de ne « point comprendre avec leur cœur , dans la crainte de « se convertir, et de peur que je ne les guérisse. Faites « donc bien attention comment vous prenez ceci ; car on « donne à celui qui a, pour qu’il ait en abondance; « mais à celui qui n’a pas, on lui ôte encore ce qu’il « croit avoir. Heureux sont les yeux qui voient ce que vous a voyez, et les oreilles qui entendent ce que vous enten- « dez; car vraiment, je vous le dis, beaucoup de pro- « phètes , de rois et de justes ont souhaité de voir ce que i( vous voyez, et ne l’on point vu, et d’entendre ce que u vous entendez, et ne l’on point entendu.

« Or, lorsqu’il eut quitté le peuple et fut entré dans la

SERMON SUR LE LAC

« maison, ses disciples lui demandèrent l’explication de « cette parabole ; mais il leur répondit : Si vous ne com- « prenez pas déjà cette parabole, comment comprendrez- « vous toutes les autres? Écoutez donc la parabole du « semeur; voici comme il faut l’entendre : le grain de « blé, c’est la parole de Dieu, et le semeur celui qui « sème la parole. La semence qui est tombée sur le che- « min signifie ceux qui écoutent la parole du royaume, « mais qui ne la gardent point avec attention. Le malin « vient aussitôt, enlève la parole qui était seméedans leur « cœur ; de sorte qu’ils ne croient point et ne sont point « sauvés. Celle qui a été semée sur la pierre ou sur un sol « pierreux, ce sont ceux qui, quand ils entendent la « parole, la reçoivent aussitôt avec joie. Mais comme ils « n’ont aucune racine en soi , ils ne persévèrent que peu « de temps dans la foi ; et s’il s’élève ensuite des troubles et « des persécutions à cause de la parole, ils se scandalisent « aussitôt, et tombent au moment delà tentation. L’autre, « qui a été semée parmi les épines, représente ceux qui « écoutent la parole, mais qui, après l’avoir écoutée, « s’en vont; et les sollicitudes du monde, l’illusion des « richesses, les aises de cette vie et le désir des autres « choses se glissent en leur cœur, et y étouffent la « parole, de sorte qu’elle reste sans fruit. Celle enfin qui « est tombée sur la bonne terre signifie ceux qui écoutent « la parole, la reçoivent, la comprennent, la gardent « dans un cœur pur et bon , et portent des fruits dans la « patience, les uns trente pour un, les autres soixante, « les autres cent.

« Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme « d’un homme qui jette la semence sur la terre. 11 dort

« chaque nuit, et se lève chaque jour; et la semence « germe et lève sans qu’il le sache lui -même; car la « terre produit d'elle-même le fruit, la tige d’abord, « puis Fépi, et enfin les grains plein l'épi; et aussitôt que « le fruit est mur, il y met la faux, car la récolte est « prête. Ses disciples, s'adressant à lui , lui dirent : Expli- « quez-nous aussi la parabole de l’ivraie dans le champ. « Il répondit et leur dit : Celui qui sème le bon grain , « c’est le Fils de l’homme; le champ, c’est le monde; le « bon grain , ce sont les enfants du royaume; et l’ivraie , « ce sont les enfants du mal. L’ennemi qui l’a semée, « c’est le démon; la moisson, c*cst la fin du monde; les « moissonneurs enfin, ce sont les anges. De même qu’à « la moisson on cueille l’ivraie pour la jeter au feu , ainsi « en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme « enverra ses anges, et ils retireront tous les scandales et « tous les malfaiteurs, et jetteront ceux-ci dans la four- « naise, où il y aura des hurlements et des grincements « de dents. Puis les justes resplendiront dans le royaume « de leur Père comme le soleil. Que celui-là entende qui « a des oreilles pour entendre. »

Le sénevé, qui chez nous ne s’élève guère au delà de deux pieds, atteint réellement en Orient la hauteur d’un petit arbre. Il n’est pas étonnant du reste que le Sauveur nous représente les oiseaux du ciel bâtissant leur nid sur ses branches; car nous trouvons dans les écrits des rabbins des récits hyperboliques au sujet de cet arbuste, à cause de son excessive élévation, tandis qu’ils mettent en regard l'immensité de l’univers avec l’extrême petitesse d’un grain de sénevé. « Jésus leur dit ensuite : Avez- vous « compris tout cela? Ils lui répondirent: Oui, maître.

SERMON SUR LE LAC

« Mais il leur dit : Tout docteur dans l'Écriture qui est « bien instruit du royaume du ciel ressemble à un père « de famille qui tire de son trésor du vieux et du nouveau. « C'est avec ces paraboles qu’il leur parlait, selon qu’ils « le pouvaient comprendre ; et il ne leur pariait point « autrement qu'en paraboles; mais il expliquait tout spé- « cialement à ses disciples. » Tel est le sermon sur le lac , que Jésus prêcha la seconde année de sa vie publique, comme il a^ ait prêché la première année le sermon sur la montagne. Il termine ses deux discours par une comparaison semblable sur la docilité à suivre ses paroles. Mais ce sermon n’était- il que pour ses apôtres? Et la foule qui était rassemblée autour de lui ne comprenait- elle rien au sens profond de ces paraboles? Non, sans doute. Celles-ci s’adressaient au peuple, à ceux du moins dont la volonté était bien disposée, et elles ne pouvaient manquer leur but, quoiqu'ils fussent incapables de rendre compte d’une manière rationnelle aux autres de leurs impressions. Tous les événements, tous les détails de la vie en rappelaient le véritable sens à leur esprit; et si l’on avait essayé de les leur expliquer dans un sens contraire, ils auraient assurément rejeté cette interprétation. 11 y a des hommes qui savent écrire et parler, et qui pourtant au fond ne savent rien, parce que tout ce qu’ils ont est sur leur langue, et que la semence de la parole n’a jamais pris racine en leur cœur. 11 y en a d’autres, au contraire, qui ne savent ni parler ni écrire, mais qui gardent humblement dans leur âme les germes précieux qu’on y a déposés. Ceux qui ont le sens dialectique et didactique peuvent saisir et comprendre parfaitement les choses, et pénétrer dans les profondeurs de sa sagesse divine ; ils peuvent ainsi acquérir

des connaissances surabondantes. Mais s’ils se laissent aveugler par l’orgueil scientifique, et s’ils veulent éplucher la parole de Dieu, et la mesurer à leur petite mesure , ils sont bientôt punis de leur présomption : iis tombent dans une étrange confusion d’idées; ils perdent le sens commun et la rectitude de l’esprit, comme nous pouvons le voir, hélas î de nos propres yeux par le triste et douloureux exemple que nous offrent en ce moment les théologiens protestants. C’est pour cela que Notre -Seigneur dit : « Faites attention comment vous prenez ces choses; « car celui qui a l’esprit droit, on lui donnera jusqu’au « comble; mais à celui qui ne l’a pas, on lui prendra a encore ce qu’il croit avoir. »

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