LA TEMPÊTE SI1 K LE LAC
a craies et sur la montagne, poussant des cris et se frap-
« pant avec des pierres; et il était si furieux que personne
« n’osait passer par ce chemin. Dès qu’il vit Jésus de loin ,
« il courut sur lui , se prosterna à ses pieds en criant a
« haute voix : Jésus, Fils du Très-Haut, nous vous conju-
« rons par Dieu ; êtes-vous venu pour nous tourmenter
« avant qu'il soit temps? Nous n’avons point affaire à
« vous. Jésus lui demanda alors : Comment t'appelles-tu?
« Et il obtint pour réponse : Légion est mon nom, car
« nous sommes plusieurs. Cet homme était possédé d’un
« grand nombre de démons. Les démons prièrent instam-
« ment Jésus de ne pas les chasser du pays, et de ne pas
« leur commander de retourner dans l’abîme. Or il v
« avait près de là un grand troupeau de porcs qui paissait « sur la montagne. Les esprits le prièrent donc, s’il vou- « lait les bannir, de les laisser passer dans ces porcs. Et a il leur ordonna sur-le-champ , en disant : Esprit impur, « sors de cet homme. Aussitôt les esprits impurs passèrent « de cet homme dans les porcs, et tout le troupeau, comci posé de près de deux mille porcs, se précipita furieux « de la monlagne dans la mer, et se noya dans les flots. » Nous ne devons pas nous étonner de rencontrer si souvent dans la vie de Jésus les esprits de l’enfer. Leur action n'a jamais cessé de se produire jusqu’à nos jours. Au reste, les démons, toutes les fois qu’ils ont eu affaire au Fils de Dieu pendant sa vie mortelle, n’ont fait que manifester contre leur gré la divinité qui habitait en lui; car, ne pouvant se retenir en sa présence, ni se cacher, ni défendre leurs droits , ils se sentaient poussés par une force irrésistible à tomber à ses pieds, quoique leur premier mouvement fut de se jeter sur lui, comme nous le voyons
dans cetle dernière histoire. Il est même remarquable que, pendant toute la vie de l’Homme-Dieu sur la terre, depuis qu’il eut triomphé du démon dans le désert, chaque péché qu’il rencontra se produisit devant lui dans sa forme la plus hideuse, avec ses propriétés sataniques, et dans cet état où, parvenu , pour ainsi dire, à son apogée, il devient une véritable possession.
Si Notre-Seigneur permit aux démons d’entrer dans les corps de ces animaux immondes, c’est parce que nulle part la nature animale ne parait plus dégradée. C’était aussi pour punir les possesseurs de ces troupeaux. Les porcs, en effet, étaient déclarés impurs dans la loi de Moïse, et ils étaient interdits aux Juifs. Au reste, les Égyptiens, les Éthiopiens, les Phéniciens, les Arabes et même, selon quelques-uns, les Indiens partageaient l’horreur des Juifs à l’égard de ces animaux. Les Juifs, cependant, entraînés par l’amour du gain , qui fut toujours leur côté faible, nourrissaient des troupeaux entiers de porcs, qu’ils faisaient garder par des serviteurs païens, et qu’ils vendaient ensuite aux Romains. La chose même alla si loin, que, dans les villes habitées en partie par les païens, ils faisaient sans scrupule la cuisine avec de la viande de porc, qu’ils vendaient par petites portions, et à des prix très-médiocres. C’est cet abus que Notre-Seigneur voulut punir ici. De plus, à cette époque de fausse civilisation, les hérodiens, comme les rabbins l’avouent eux-mêmes, avaient mis en circulation parmi le peuple une multitude de petits livres où l’on annonçait que Dieu allait permettre aux enfants d’Israël de manger et de vendre de la chair de porc. C’est pour cela que le Talmud renouvelle souvent la défense de sc nourrir de ces animaux. Quelquefois aussi