‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 218 sur 589 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Jean dans sa prison. — 11 envoie vers Jésus deux de ses disciples.

e* Les disciples de Jean lui rendirent compte de tout et cela. » Jean était en prison depuis le temps où Jésus était revenu de Judée en Galilée après la dernière fête de Pâques : car c< Hérode l’avait fait prendre, lier et jeter en « prison à cause d’Hérodiade, femme de son demi-frère « Philippe, parce que Jean lui avait dit : Il ne vous est pas « permis de l’avoir pour femme du vivant de votre frère.» L’évangéliste raconte ici deux faits en même temps. D’après le récit de l’historien Josèphe, qui nous donne plus de détails à ce sujet, Hérodiade était femme d’Hérode, fils d’Hérode l’ancien, qui l’avait eu de Marianne, fille ellemême de Simon, simple bourgeois de la Judée. Sa fille Salomé, la danseuse, épousa ensuite Philippe, dont elle n’eut point d’enfants; puis elle se maria avec Aristobule ,

fils d’ Hérode, le frère d’ Agrippa, et en eut trois fils. Antipas, en effet, laissant sa légitime épouse, la fille d’Aretas, roi des Arabes, avait connu pour la première fois Hérodiade, sa nièce, fille d’Aristobule, chez Hérode. 11 en était devenu épris, l’avait enlevée à son frère, et l’avait prise pour femme.

La fille du roi des Arabes, sa légitime épouse, irritée de ce procédé, s’était enfuie chez son père. De là était survenue une guerre ; et Hérode Antipas , marchant contre le roi des Arabes , se trouvait alors avec son armée sur la pointe méridionale de la Pérée. Poussé par sa femme et furieux des justes reproches de Jean -Baptiste, inquiet outre cela du mécontentement du peuple, qu’avaient irrité et cette union adultère et la guerre injuste qui s’en était suivie, ce malheureux prince ne put se contenir plus longtemps. Attribuant au précurseur les troubles et les murmures du peuple, au lieu de s’eu prendre à lui-même, il avait tenté un coup violent; et se faisant livrer par Pilate le prédicateur courageux , il l’avait enfermé dans la forteresse de Machère, située sur l’extrême limite de ses États. Les rabbins la nommaient Fort-Noir ou encore Fournaise , à cause de la terre noire d’asphalte et des sources chaudes qui se trouvaient en cette contrée. Elle était située au delà de la mer Morte, dans le voisinage du mont Nebo. C’était le lieu le mieux fortifié après Jérusalem. Le roi Hérode l’avait fait bâtir pour en faire une place d’armes contre les Arabes. Ceuxci s'en étaient emparés plus tard, mais elle avait été probablement reconquise dans la guerre actuelle. La nature l’avait munie de fossés profonds de cent coudées; à scs pieds était bâtie la ville basse, mais elle étalait en haut scs

JEAN DANS SA PRISON

rochers avançant en saillies au-dessus de l’abîme et entoures de murs. Aux angles étaient placées des tours hautes de soixante coudées ; et c’est dans l’une de ces tours que Jean-Baptiste était enfermé. Sur la place, au milieu de la citadelle, s’élevait un magnifique château : c’est là que le tétrarque se tenait avec son état-major pendant que la guerre le forçait à rester dans ces contrées. Dans ce palais était une vieille tige de rue d’une telle hauteur que Josèphe a cru devoir en faire mention. Au fond du vallon croissait une racine magique nommée Baaras, dont on racontait des effets merveilleux. Telle était cette forteresse de Machère, qui s’élevait elle -meme comme un donjon de l’enfer dans cette vallée, longue de soixante stades, et d’où l’on apercevait la mer Morte à une distance de trois lieues et demie. Cependant Jean- Baptiste, du fond de son cachot, entendit encore parler des actions merveilleuses de Notre -Seigneur Jésus- Christ.

« Alors Jean fit venir deux de ses disciples, les envoya « à Jésus pour lui dire : Êtes- vous celui qui doit venir, « ou devons- nous en attendre un autre? Ces envoyés « arrivèrent au moment oii Jésus guérissait beaucoup * de maladies et d’infirmités; et il leur dit : Allez annon- « ccr à Jean : Les aveugles voient, les boiteux marchent, « les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts « ressuscitent, et l’Évangile est annoncé aux pauvres; « et heureux est celui qui ne se scandalise point de moi.» Jean en avait appelé à Isaïe lorsqu’il avait répondu aux envoyés du grand conseil : « Je suis la voix de celui qui « cric dans le désert : Préparez la voix du Seigneur. » (xxxi, 3.) Il en avait appelé au môme prophète (lui) lorsqu’il avait appelé Jésus l’agneau de Dieu qui porte les péchés

du monde. Aujourd’hui le Sauveur à son lour le renvoie à Isaïe disant (xxxv, 5) : « Alors s’ouvriront les yeux « des aveugles et les oreilles des sourds; la langue des « muets se déliera, etc. » Et au chapitre xlu : « Voici « comment vous reconnaîtrez mon bien -aimé en qui « j’ai mis ma complaisance. Je lui ai donné mon es- « prit, non pour qu’il suscite des troubles, mais pour « qu’il guérisse les aveugles, et les mène dans le droit « chemin, qu’ils ne connaissaient pas auparavant, et qu’il « tire de leur prison ceux qui sont assis dans l’ombre de c( la mort. » Notre -Seigneur fait par là comprendre à Jean qu’en lui s’étaient accomplies toutes ces choses. U voulait aussi lui donner à entendre qu’il était venu pour délivrer les pécheurs des liens du péché, mais non tirer de leur prison ceux qui souffraient pour la justice , et que lui -même, du fond de son cachot, pouvait lire sa destinée dans les oracles des prophètes. Toutefois , ces paroles de Notre-Seigneur étaient moins encore un reproche pour Jean-Baptiste qu’une reconnaissance honorable de sa haute mission et un encouragement à ne pas se laisser abattre par l’adversité. Elles étaient en effet pour lui un témoignage qu’il n’avait pas travaillé en vain en préparant les voies à Jésus-Christ, dont la mission produisait de tels fruits.

« Comme les envoyés de Jean s’en allaient , Jésus dit « au peuple : En vérité, je vous le dis, entre tous ceux « qui sont nés d’une femme, il ne s’est encore montré « personne plus grand que Jean-Baptiste; et cependant le « plus petit dans le royaume du ciel est encore plus grand « que lui. Mais depuis les jours de Jean -Baptiste jusqu’à « ceux-ci le royaume de Dieu souffre violence, et les vio- « lents seuls le ravissent. » Si Notre-Seigneur Jésus-Christ,

JEAN DANS SA PRISON

pendant sa vie mortelle, avait été une pierre d’achoppement pour tous ceux qui vivaient avec lui , même pour ses disciples, ses apôtres et ses frères, pouvons-nous nous étonner que Jean, à qui avait été confiée la plus haute mission que jamais ait remplie un mortel , celle de servir de précurseur au Très- Haut, que Jean ait été aussi, lui, sur le point de se scandaliser au sujet de Jésus , quoique la fermeté de son caractère le rendît inaccessible au doute. Jean était un prophète puissant ; et malgré cela il avait de la peine à défendre son esprit contre les idées que les Juifs se faisaient généralement alors de la personne du Messie et du royaume qu’il venait fonder, il avait consacré généreusement sa vie à préparer ce règne glorieux. Et maintenant, au moment où il pouvait espérer de le voir paraître , il se voyait plongé dans un cachot, et exposé à perdre à chaque instant la vie. C’est pour cela qu’il envoyait encore une fois un message à Jésus. Si vous êtes le Messie, semble-t-il lui faire dire, pourquoi ne paraissez-vous pas publiquement en cette qualité? Pourquoi ne venez-vous pas me tirer de ma prison? Mais Jésus lui répond : « Heureux qui ne se scandalise pas de moi. a Le plus petit dans le ciel est plus grand que Jean sur la « terre. » Jusqu’à présent les interprètes ont pensé généralement que le Précurseur, en envoyant du fond de sa prison ce message à Notre - Seigneur, avait voulu seulement, sur la fin de sa carrière, engager ses disciples à s’attacher à Jésus -Christ; et que la question qui semble mettre en doute la mission divine du Sauveur ne venait point de Jean lui -même, mais des deux députés qu’il avait envoyés. Mais cette interprétation semble contredire l'ensemble du texte évangélique.

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