CHAPITRE VIII
Mission des soixante -dix disciples.
Après que les rangs de ses disciples se furent ainsi éclaircis , il réunit autour de lui ceux qui lui étaient restés fidèles, au nombre de soixante-dix, d’après le nombre des peuples et des langues, tels que les comptent la Genèse et l’antiquité tout entière , d’après le nombre aussi des familles du peuple d’Israël, et des chefs du grand conseil. C’était l’image et le prélude des soixante-dix cardinaux de l’Église qu’il allait bientôt fonder. De même que Moïse, figure de Jésus-Christ, choisit d’abord douze chefs des tribus d’Israël, puis soixante-dix anciens des diverses familles du peuple, ainsi Jésus -Christ, après avoir choisi douze apôtres, appela soixante-dix autres disciples autour de sa personne. La ville de David , au temps de Jésus , avait douze portes. Ainsi, les apôtres se tiennent, pour ainsi dire, aux douze portes de la céleste Jérusalem, lis sont comme les douze colonnes , les douze portes du temple de Dieu, dont le Christ est la pierre angulaire; et les soixante-dix disciples sont comme les gonds (cardines) de ces portes sacrées.
« Après cela, le Seigneur choisit encore soixante -dix « autres disciples, et les envoya par couples devant lui « dans les villes et les lieux où il voulait aller. Et il leur « dit: La vigne est grande, mais il y a peu d’ouvriers, a Priez le maître de la vigne qu’il envoie des ouvriers « pour la vendange. » 11 leur prescrivit au reste les mêmes choses qu’à ses apôtres, les mêmes choses que Jean-Bap-
tiste avait recommandées à ses disciples ; comme , par exemple, de n’avoir ni poche, ni bourse, ni souliers, et de n’avoir qu’un vêtement. Ce vêtement était celui que portaient les religieux ou ascètes , et les prêtres chez les Juifs, et qu’ils appelaient chiton . C’était un vêtement trèsléger qu’ils portaient toute l’année, l’hiver comme l’été; ce qui, joint à l’obligation de marcher nu-pieds, produisait souvent des maladies d’entrailles, et causait même quelquefois la mort chez ceux qui ne savaient pas assez modérer leur zèle. Le chiton chez les prêtres, de même que chez les disciples et les apôtres , était blanc ; et c’est pour cela que ces derniers s’appellent encore chez les Arabes havarjona ou les hommes blancs.
« Ne saluez personne dans le chemin , » continua le Sauveur. C’était encore une règle des religieux juifs. Ils devaient aussi secouer la poussière de leurs pieds et de leur vêtement dans les villes où ils ne trouvaient aucun accueil, pour montrer qu’ils en considéraient les habitants comme des païens ; car la poussière des pays où régnait le paganisme passait pour impure. De ces soixante-dix , ou, d’après la Vulgate, de ces soixante-douze disciples, il en est peu dont les noms nous soient connus. 11 y avait parmi eux Mathias, qui fut apôtre plus tard, et Joseph Barsabas, surnommé le Juste, et qui était probablement cousin de Notre -Seigneur. Il y avait encore Cléophas ou Cléopâtre , avec qui le Seigneur alla plus tard à Emmaüs, et Ananie , qui, trois ans après la mort de Jésus, instruisit l’apôtre saint Paul, et lui apprit tant de choses sur la vie du Sauveur. Aristion et Jean, qui fut plus tard prêtre à Éphèse , étaient aussi du nombre , d’après le témoignage formel de Papias, qui vécut quelque temps avec eux. On