‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 251 sur 589 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Massacre des Galilécns. — De la tour de Siloê.

u En ce temps-là, quelques-uns vinrent dire à Jésus ce « qui s’était passé touchant les Gaiiléens, dont Pilate avait u mêlé le sang avec celui des victimes immolées* Jésus « leur dit : Pensez-vous, parce que ces Gaiiléens ont été « traités ainsi, qu’ils fussent plus grands pécheurs que les « autres habitants de la Galilée? Croyez -vous aussi que « ces dix- huit hommes que la tour de Siloé a écrasés en « tombant sur eux, fussent plus redevables à la justice « divine que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, « je vous le dis, mais, si vous ne faites pénitence, vous « périrez tous de la même manière. »

Les habitants du pays, revenant de la fête, rapportèrent à Jésus que Pilate avait fait massacrer leurs compatriotes, probablement pendant les sacrifices qu’ils offraient au premier jour de la Pâque, de même que le tétrarque Archélaûs, trente et un ans auparavant, pendant que le Sauveur revenait d’Égypte, avait fait périr dans le même jour trois mille Juifs, au moment où ils offraient leurs sacrifices. Nous voyons par là quels dangers le Sauveur aurait courus s’il était allé cette fois à Jérusalem. Au reste, il semble indiquer ici un fait antérieur et ayant un rap-

MASSACRE DES GALILEENS.

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port historique avec celui dont on venait de l’entretenir. Nous avons vu plus haut que Pilate, devenu gouverneur de la Judée, conduisit son armée à Jérusalem, et bravant la loi mosaïque, qui défendait comme une idolâtrie toute image et toute apothéose, planta au dedans des murs de la ville sainte les étendards des légions avec les images de l’empereur. Les citoyens de Jérusalem ayant enfin obtenu de lui qu’il Ht enlever ces enseignes, il vint lui- même à Jérusalem, et, voulant faire payer aux Juifs la faveur qu’il leur avait accordée, il annonça le projet de faire construire avec l’argent du temple un aqueduc de trois cents stades. Le peuple, à cette nouvelle, se souleva , et chercha par ses cris tumultueux à détourner les Romains de cette entreprise sacrilège. Pilate, irrité, fit habiller en bourgeois ses soldats, qui, portant sous leurs vêtements des massues, se mêlèrent au peuple, et assommèrent les séditieux, dont un grand nombre périrent ou furent blessés. Puis, profitant des bonnes dispositions d’Hérode, dont il s’était gagné l’amitié en lui livrant Jean -Baptiste , il lui demanda des architectes, des ouvriers pour conduire l’aqueduc au dedans de la ville sur la gorge creusée entre le montSion et le mont Moria, et où s’amasse l’eau de Siloé. Mais les architectes, d’après les conseils du perfide Hérode, construisirent l’aqueduc de manière qu’il ne pût résister longtemps. Et en effet les arcades s’affaissèrent bientôt, et

le château d’eau de Siloé s’abîma, et ensevelit sous ses

ruines dix- huit pauvres ouvriers des faubourgs de Jérusalem; et c’est d’eux que veut parler ici Notre-Seigneur. Le Sauveur avait probablement en vue ces constructions et l’accident qui en fut la suite, lorsqu'au chapitre XIV de saint Luc il dit: « Qui d’entre vous, voulant bâtir une

lüf> L.V VIE DE N. -S. JÉSUS- CHRIST.

« tour, ne s’assied pas d’abord pour calculer les frais né- « eessaires, et voir s’il a de quoi exécuter l’entreprise,

« afin de ne pas être obligé de la laisser là après avoir « mis les fondements, et qu’on ne se moque pas de lui a en disant : Voyez -vous cet homme qui a commencé à et bâtir, et qui n’a pas pu achever. »

Pilate, courroucé de la perfidie d’Hérode, cherchait le moyen de se venger ; et c’est pour cela que cette année même il fit attaquer et massacrer les Galiléens au moment où ils offraient leurs sacrifices à Dieu , comme on vint le raconter au Sauveur, qui n’avait pas assisté à la fête. Après ces violences et d’autres semblables de Pilate, une émeute éclata enfin dans la ville de Jérusalem. Déjà, du temps d’Hérode, toute la Palestine était pleine de mécontents : et c’est là ce qui explique la tradition qui raconte que Joseph , fuyant en Égypte avec le Sauveur, fut arrêté par des brigands. Les choses en étaient au point qu’on ne pouvait voyager en sûreté sur la grande route qui conduisait de Jérusalem à Jéricho, comme on le voit par la parabole du bon Samaritain; et que, d’après le témoignage de l’historien Josèphe , les esséniens eux -mêmes portaient des armes pour se défendre des brigands. Bien plus, les Galiléens allaient armés à Jérusalem pour les fêtes. Aussi voyons- nous Pierre tirer deux épées à la fois. C’était une ancienne tradition parmi le peuple, que le Messie viendrait quand il n’v aurait plus de probité parmi les hommes, quand tous les appuis manqueraient, et que le pays serait plein de brigands et de voleurs. Ceux-ci se joignaient aux autres mécontents. Mais ce ne fut, à proprement parler, que sous Pilate que se prépara le grand incendie qui embrasa plus tard Jérusalem.

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