‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 288 sur 589 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Excommunication et manifeste contre le Christ.

« Beaucoup de Juifs qui étaient venus trouver Marie et * Marthe, et avaient été témoins du miracle de Jésus, cru-

T. il. 7

IX VIE t)L 5.-5. JÈStS CHRIST.

« relit désormais en lui. Quelques-uns d’entre eux allèrent « trbuver les pharisiens, et leur dirent ce que Jésus avait « fait. Les princes des prêtres et les pharisiens réunirent « le grand cdhseil, et dirent : Que faire? Cet homme fait « beaucoup de miracles. Si nous le laissons continuer, « nous Unirons par croire tous en lui , et alors les Ro- « mains Viendront, et prendront le pays et ses habitants, » Quelle leçon dans ces paroles de l’Évangile! Les membres du grand conseil eux- mêmes commencent à soupçonner que Jésus est le Messie. Ils ne peu\ent contester la vérité do ses miracles. Mais, au lieu de se rendre à l’évidence que ces miracles devaient porter dans leur àme , iis résistent h là vérité, et semblent craindre que de nouveaux prodiges ne les fassent croire enfin comme les autres à cet homme, qui n’a d’autre puissance que celle de sa parole, ci qui dédaigne la force extérieure. Car c’est là un trait caractéristique de la lâcheté de la nature humaine et de sâ servitude depuis le péché , qu elle ne puisse , en quelque sorie, supporter une obéissance volontaire ni se soumettre librement à une puissance morale, mais qu elle n'obéisse qu’à la force matérielle. Il faut le fouet à la bête dans rhomme, parce qu’il a perdu l’art de se dominer soimême. C’est pour cela que les Juifs , pendant qu’ils étaient gouvernés par des juges et des prophètes, demandaient des rois. C'est pour cela qu’ils n'eurent de repos que lorsqu’ils furent tombés sous le joug des Romains. C’est aussi pour cela que les hérétiques et les schismatiques ont mieux aioié de tout temps souffrir le joug de fer d’un pape césar que de se soumettre volontairement à une loi supériebre sous le sceptre d’un pasteur spirituel. Les Juifs fie pouvaient concevoir YtUé d’un Messie n’ayfcnt de pouvoir

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que sur les Ames. Ils ne voulaient point d’un tel Messie ; et ils auraient mieux aimé s’en passer que de se soumettre à lui. En effet, nous lisons dans les livres des rabbins ces paroles vraiment élonnanles, qu’lsraël n’a pas besoin d’un Messie, puisque celui-ci ne doit venir que pour secourir les païens. (Bcreschith rabba, fol. ÜO.) Et c’est là ce qui rendit le peuple juif si coupable, que Dieu, pour punir son crime, sembla oublier pour un instant sa miséricorde, et, n’écoutant que sa justice, enveloppa toute la nation dans une ruine commune. Ce qui donne à l’histoire du peuple d’Israël un intérêt si tragique, c’est que, placé par la Providence pour représenter et propager l’idée la plus haute et la plus sainte, et attendant le Messie comme le terme et le but de son développement historique, il périt après avoir fait mourir ce meme Messie, qu’il avait espéré si longtemps.

« L’un d’eux, nommé Cuïphe, qui était grand prêtre « cette année, leur dit donc : Vous n’y entendez rien, « vous ne savez donc pas qu’il vaut mieux pour nous « qu’un homme meure pour le peuple plutôt que tout « le peuple soit perdu. Or il ne disait pas cela de luia même; mais, comme il était grand prêtre cette année- « là* il prophétisa que Jésus mourrait pour le peuple* « non - seulement pour le peuple, mais aussi aün de « réunir les enfants dispersés du Seigneur. Et, à partir

« de ce jour, ils résolurent de le faire moürir. » En d’au-

très termes, ils l’cxcomriiunièrent. L’Évangéliste remarque que Caïphe était grand prêtre l’année de la mort du Christ. C'est que le souverain pontificat n’était plus donné à tic,

comme autrefois, et que plusieurs possédaient en même

temps cette dignité , quoiqu'il n’y en eût qu'un seul à en

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exercer les fondions. Une tradition des rabbins, consignée dans le Talmud, rapporte que le Christ a etc excommunié avec quatre cents trompettes, c’est-à-dire par quatre cents prêtres, et qu’il a été dénoncé publiquement quarante jours avant sa mort; qu'il a été condamné à mort comme magicien et séducteur du peuple. Or nous savons, par le témoignage de Josèpbe , qu’il y avait alors dans le royaume de Judu vingt mille prêtres et trente mille lévites. Mais, outre le temple, ils avaient encore à Jérusalem de ï 60 à 480 synagogues ou églises nationales pour les Juifs qui affluaient chaque année dans cette ville de toutes les contrées de la terre. Les prêtres publiaient toujours au son des trompettes l'excommunication à tous ses degrés. Ainsi, le Fils de Dieu fut excommunié et dénoncé comme tel au peuple par le clergé tout entier de Jérusalem, qui représentait tout le peuple juif.

L’Église judaïque avait trois sortes de censures ; l’exclusion ou l’excommunication mineure. Ceux qu elle frappait étaient interdits pour trente jours, pendant lesquels ils ne pouvaient approcher ni de leurs femmes ni de leurs enfants moins de quatre coudées de distance, et ne pouvaient prendre part au service divin que couchés vers la terre. La seconde censure était la malédiction ou l’expulsion de la synagogue et de toute société humaine. La troisième était l’anéantissement. Celui qui l’avait encourue était exclu à jamais de la synagogue, maudit éternellement devant Dieu et les hommes, et son ame était livrée à Satan. D’autres, néanmoins, regardent cette troisième censure comme identique avec la seconde. C’est de cette excommunication majeure que Notre -Seigneur fut frappé, et ceci arriva .précisément le jour où les Juifs

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