‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 294 sur 589 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Parabole du Fils du roi et des dix livre*.

« Le lendemain matin il sortit de Jéricho pour monter a à Jérusalem. » On découvre encore près de Jéricho les traces de l'ancienne voie romaine que parcourut en ce jour le Sauveur. Après avoir traversé un pays triste et désolé , il passa près de la ville d’Adommim, puis il trouva une hôtellerie dont il est parlé dans la parabole du Don Samaritain. Elle s’appelait Bachurim. C’était là que David, fuyant devant Absalon , s’était reposé. C’était là que Semei lui avait jeté des pierres. C’était là encore qu’Achimas et Jonathas, ses fidèles serviteurs, s’étaient cachés dans un puits. 11 existe encore aujourd’hui un caravansérail qui s’appelle le Kan du Samaritain : il est à deux lieues environ de Jérusalem.

¥ Comme iis approchaient de Jérusalem , et que plu- « sieurs s’imaginaient que le règne de Dieu devait part raltre bientôt, Jésus leur proposa cette parabole: Un « homme de grande naissance , s'en allant dans un pays ¥ fort éloigné pour y prendre possession d*un royaume, « et s’en revenir ensuite, appela dix de ses serviteurs, ¥ leur donna dix livres d’argent, et leur dit : Négociez u cet argent jusqu'à ce que je revienne. Mais comme

« ses sujets le haïssaient, ils lui envoyèrent une ambasu sade, et lui firent dire : Nous ne voulons point que a celui-ci règne sur nous. Étant donc revenu, après avoir u pris possession de son royaume, il fil appeler ses service tours auxquels il avait donné son argent, pour savoir u combien chacun avait gagné en le négociant. Le pre- (t mier, étant venu, lui dit : Seigneur, votre livre en a « produit dix autres. 11 lui dit : C’cst bien, bon serviteur; « puisque tu as été fidèle en peu de choses , tu coraman* « deras sur dix villes. Le second, étant venu, lui dit: a Seigneur, votre livre en a rapporté cinq autres. Son maître « lui dit : Tu seras préposé sur cinq villes. 11 en vint un u troisième, qui lui dit : Seigneur, voici votre livre, que « j’ai gardée dans mon mouchoir, car je vous craignais , « sachant que vous êtes un homme sévère, quiredeman- « dez ce que vous n’avez point donné , et voulez recueil- « lir où vous n’avez point semé. Son maître lui répondit : u Méchant serviteur, je te condamne par ta propre bouche, u Puisque tu savais que je suis un homme dur, que je « redemande ce que je n’ai point donné , et que je veux « recueillir où je n’ai point semé, pourquoi n’as-tu donc « pas placé mon argent dans une banque, afin qu’à mon « retour je pusse le retirer avec les intérêts ? Il dit alors u à ceux qui étaient présents : Otez -lui sa livre, et don- « nez-la à celui qui en a dix. Seigneur, lui dirent-ils, il « en a déjà dix. Il leur répondit : Je vous déclare qu’on u donnera à celui qui a déjà, pour qu’il ait en abon- « dance ; mais celui qui n’a rien , on lui ôtera encore ce a qu’il a. Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu a m’avoir pour roi , qu'on me les amène ici , et qu'on u les tue en ma présence. »

PARADOUE DU FILS DU RfM ,

Un prince part pour prendre possession de son royaume, et ses sujets envoient après lui pour lui déclarer qu’ils ne veulent point de lui pour roi. N’est* ce pas lit une parabole tout à fuit invraisemblable , et qui donne beau jeu aux rationalistes ! La chose leur avait paru telle jusqu'ici ; mais il est temps do confondre leur fausse sagesse. Origène recommande à ceux qui étudient les saintes Écritures d’accepter comme littéralement vrai tout ce qui est écrit du Sauveur. Ce conseil trouve surtout son application dans cette parabole, qui, comme beaucoup d’autres, n’est que le reflet de l’histoire de celte époque. Le prince dont il est ici question, c’est Archélaüs, fils d’Hérode l’Ancien. H était ailé à Rome pour y obtenir de l’empereur l’héritage du royaume de son père, et pour revenir ensuite en prendre possession. Il avait confié, pendant son absence, ses terres, ses biens mobiliers et les trésors de son père à quelques amis et serviteurs fidèles , parmi lesquels l’historien Josèphe nomme un certain Philippe, qui, pendant le voyage de son maître, défendit courageusement les sommes qui lui avaient été remises contre la rapacité de Sabinus, gouverneur de Syrie. Mais une députation de cinquante Juifs avait suivi Archélaüs à Rome, et huit mille autres Juifs se joignirent à eux dans celte ville. Us se présentèrent à l’empereur Auguste dans le sanctuaire d’Apol* Ion, en présence des patriciens qui y étaient assemblés, et le prièrent de les délivrer deslduméens, de leur permettre de vivre d’après les lois de leurs pères , et de réunir la Judée à la province de Syrie. Cependant Archélaüs obtint, grâce à l’appui du courtisan Nicolas de Damas, le litre de roi, qu’il convoitait, et revint dans son héritage, afin de récompenser ses partisans en leur confiant

r administration des villes de son royaume, et de se venger de ceux qui s’étaient opposés à ses desseins. Ce rapport est encore plus frappant, si nous prenons la sentence du Sauveur qui termine la parabole telle qu’Origène la rapporte d’après la tradition : « Tu as été fidèle, » aurait dit Notre «Seigneur Jésus-Christ, « dans une petite ville; va u donc dans une grande. » Au reste, les Juifs citaient volontiers les exemples de Moïse et de David, qui, parce qu’ils avaient été fidèles en des choses de peu d’importance, en gardant leurs troupeaux de la gueule des bêtes féroces, avaient mérité d’être choisis de Dieu comme pasteurs de son peuple.

C'est ici qu’il faut placer cette parole deNotre-Seigneur à ses disciples que nous trouvons consignée, d’après une tradition authentique, dans les Constitutions apostoliques , ii, 36, et qui est rapportée par un grand nombre de Pères de l’Église, tels qu’Origène, Clément d’Alexandrie, etc., à savoir : a Soyez de bons banquiers. » Mais cette parabole trouvait encore son application dans la personne du Sauveur lui-même. Lui aussi allait à Jérusalem pour fonder son royaume ; mais les Juifs, au lieu de l’accueillir, allaient se déclarer ouvertement contre lui. Cette parabole, rapportée par saint Luc, se rattache ici à une autre dont saint Matthieu nous a conservé quelques fragments : a Un roi avait un fils qu’il envoya dans son royaume pour « y gouverner à sa place; mais ses sujets le prirent, le « maltraitèrent et le tuèrent. Le roi , l’ayant appris, entra t< dans une grande colère, envoya ses troupes, lit périr a les assassins et incendier leur ville. » L’explication de cette parabole est facile. Le roi est le Père céleste; son fils est Notre -Seigneur Jésus-Christ. Celui-ci voulut établir

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