‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 33 sur 589 · EPOQUE DE L ENSEIGNEMENT DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

EPOQUE DE L ENSEIGNEMENT DE JÉSUS-CHRIST

possible de resserrer dans l’espace de deux ans et demi environ toutes les actions de Jésus-Christ, à n’en juger même que par les récits évangéliques. Ceux - ci , pris à la lettre , suffiraient déjà pour nous convaincre que la vie publique de Jésus a duré trois ans et demi. Si Jean , qui raconte tous les voyages que Jésus fit à Jérusalem, pour y célébrer les diverses fêtes de l’année, avait voulu dans le passage en question parler d’une autre fête que de la Pâque, il l’aurait indiqué d’une manière claire, comme il le fait plus loin pour la fête des Tabernacles et pour celle de la Dédicace du temple. Mais les autres évangélistes euxmêmes, en plusieurs endroits des Évangiles, désignent la fête de Pâque par le mot Èortè, sans y ajouter l’article. On peut consulter à ce sujet saint Matthieu , xxvh ,15; saint Marc, iv, 0; saint Luc, xxm, 17. Or saint Jean ajoute encore une nouvelle force au mot dont il se sert au chapitre v, puisqu’il appelle cette fête la Fête des Juifs. Au reste, plusieurs manuscrits très -importants portent l’article.

Quant aux Pères de l’Église, plusieurs ont donné trois ans et demi de durée à la vie publique de Jésus-Christ , entre autres Eusèbe , dans sa Démonstration évangélique , liv. 8, 2. Et même au livre premier de son Histoire, il lui donne à deux fois différentes près de quatre années de dorée. C’est ce que font aussi la Chronique d’Alexandrie , saint Jérôme et Théodoret. Saint Irénée, dans son second li*re Contre les hérésies, ch. 29, est le premier qui ait entendu de la Pâque la fête dont parle saint Jean au chapitre v. Or Irénée, comme on le sait, était disciple de saint Jean. Parmi les modernes, cette opinion est soutenue, entre autres, par Jansénius, Tolet et Corneille la Pierre.

Les trois premiers évangélistes eux -mêmes indiquent quatre fêtes de Pâques, et particulièrement saint Luc, quoiqu’ils n’en fixent point proprement les époques. 11 est parlé de la première Pâque en saint Jean, chap. n; en saint Matthieu, xxi; en saint Marc, xi; en saint Luc, xix, 4 3 et 10. Il est parlé de la seconde en saint Jean, v; saint Luc, vi, ix, xvii ; en saint Matthieu, iv, vuietxii; en saint Marc, i et n. Il est parlé de la troisième en saint Jean, vi; en saint Matthieu, xiv; en saint Marc, vi; en saint Luc, ix, xm. Enfin, il est parlé de la dernière en saint Mathieu, xx; saint Marc, x, et saint Luc, xviii. Si les évangélistes, comparés entre eux, nous laissent quelque doute sur la quatrième Pâque, c’est que Jésus ne St réellement, pendant sa vie publique, que trois voyages à l’occasion de cette fête. En effet, à l’avant-dernière Pâque, il n’alla point à Jérusalem, et il fit son troisième voyage immédiatement avant sa mort.

Mais nous pouvons apprendre de la bouche même du Sauveur, en saint Jean, xv, combien de temps il est resté au milieu de ses disciples, lorsqu’il leur dit : « Je suis la « vraie vigne, et mon Père est le vigneron; il retranchera « toutes mes branches qui ne porteront pas de fruit; mais « il purifiera toutes celles qui portent du fruit, pour « qu’elles en portent davantage encore. Maintenant vous « êtes purs par la parole que je vous ai dite. » Quelle belle et touchante image tirée de la loi mosaïque ellemême! Pendant les trois premières années, on ne taillait point les arbres fruitiers, et leur fruit était à cause de cela regardé comme impur; mais dans la quatrième année, dit le Lèvitique, ch. xix, vers. 24, « tous les fruits doivent « être saints et consacrés au Seigneur; » car c’est alors

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que les arbres fruitiers étaient purifiés et les ceps de vigne taillés. Cet usage était si général et si exactement observé que, d’après la Mischna (tract. Orla , 1, iO), on ne se servait pas môme avant la quatrième année des écorces de noix ou des pommes de grenades pour teindre les étoiles ou pour faire du feu. Lors donc que notre divin Sauveur compare ses apôtres aux branches d’un cep, et les déclare purifiés, il fait évidemment allusion à cette coutume, et indique par là qu’il y a bientôt quatre ans qu’ils sont avec lui. Bien plus, il indique suffisamment par ces paroles qu’il a commencé sa carrière dans le mois de Thisri ou d’octobre. Carde même que les Juifs faisaient commencer au mois de Thisri, et les jours de la création, et leur année, et leur semaine d’années, et leur jubilé, ainsi faisaient-ils commencer à ce même mois les trois ans et demi qui s’écoulaient depuis la plantation des arbres fruitiers jusqu’à leur première récolte. Et ceci n’est point une subtilité; c’est le pur sens de l'Évangile considéré dans toute sa richesse et sa magnificence : car ici, comme en beaucoup d’autres endroits, le Seigneur parle sous la forme d’images puisées dans l’Ancien Testament. On peut, pour s’en convaincre, consulter à ce sujet Ézéchiel, ch. xv.

Nous retrouvons encore ce même symbole en saint Luc, ch. xiu, dans la parabole du figuier qui n’avait point porté de fruits pendant trois ans, mais à qui, sur la prière du jardinier, il est encore donné une quatrième année de répit. Le maître du figuier, c’est le Père céleste; le jardinier, c’est le Messie pendant sa vie terrestre (saint Jean, ch. xx, vers. 1 5) , et le figuier, c’est le peuple juif (saint Luc, ch. xxui, vers. 31). Cetle parabole est devenue une

réalité, lorsque Jésus-Christ maudit le figuier, comme nous le verrons en son lieu. La même idée est exprimée sous l'image de la moisson, qui mûrit dans le quatrième mois. Le Père céleste est le moissonneur; il lie les gerbes, les prémices d’Israël, et les ramasse dans son grenier, dans l’Église de la nouvelle alliance, pour les séparer de la paille et des herbes étrangères qui sont jetées au feu. Voyez, nous dit Jésus en saint Lue, ch. xm, vers. 33, « il « faut que je voyage encore aujourd’hui et demain et le a jour d’après; car il ne sied pas qu’un prophète meure hors de Jérusalem, » indiquant clairement par là qu’il voyagerait pendant trois ans hors de la Judée, et qu’il mourrait ensuite dans la ville de David. Ailleurs, la sainte période ou la semaine d’années du Sauveur est présentée sous l’image d’un seul jour. Le jour a 21 heures. Or Jésus, en saint Jean, ch. xi, vers, 9, nous dit qu’il a été envoyé pour travailler pendant 4 2 heures, c’est-à-dire un demi jour, c’est-à-dire encore une demi-semaine d’années, et qu’il n’est au pouvoir d’aucun homme d’abréger .cette période, jusqu’à ce que son heure soit venue. Il exprime la même idée en saint Matthieu, ch. xx, dans la parabole du père de famille qui loue des ouvriers pour sa vigne à quatre heures différentes du même jour. Les vignerons, ce sont les apôtres et les disciples du Sauveur. La première heure de la Rédemption a sonné au baptême de Jésus. Une ancienne tradition nous raconte qu'au moment où Jésus reçut le baptême, les premiers rayons de l’aurore se jouèrent dans les eaux du Jourdain, qui parut tout en feu. Et quoique celte tradition se trouve dans les livres hébreux apocryphes, elle témoigne cependant, ou de la vérité du fait, ou d’un instinct sûr et droit. L’heure de

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