VOTRE-SEIGNEUR MANGE LA CAQUE AVEC SES DISCIPLES
« Lorsque le soir fut venu, Jésus vint avec les siens, et « lorsqu’il fut temps (c’est-à-dire lorsque les étoiles pa- « rurent) il se mit à table et les douze apôtres avec lui. »
11 devait y avoir au moins dix personnes pour manger un agneau pascal. Il y en avait treize ici : Jean, le disciple bien -aimé, était assis à la droite du Sauveur, et Pierre à sa gauche. Ou plutôt, d’après l’expression orientale, Jean était couché près de la poitrine de Jésus, comme il le rapporte lui- meme dans son Évangile, et Pierre à sa tôte. Les anciens, en effet, dans leurs repas, n’étaient point assis sur des chaises, mais étendus sur des lits très-bas, avec le bras gauche appuyé sur un coussin, tandis que les pieds posaient par derrière sur le sol. Pierre et Jean étaient donc également près du Sauveur. Le premier toutefois avait la place d’honneur, comme toujours. Car en ce cas la première place chez les Hébreux était à gauche, c’cst-à-dire à la tête de l’hôte qui occupait le milieu de la table. Jean toutefois était mieux placé pour parler avec IS'otre- Seigneur. Mais les peintres ont abusé de cette expression de l’apôtre saint Jean quand il dit qu’il reposait sur la poitrine de Jésus; car ils placent le disciple de l’amour sur le sein de Notre-Seigneur; de sorte que celui-ci n’aurait pu ni respirer ni se remuer, tandis qu’il est certain que le Christ et ses apôtres étaient tous couchés de la même manière, et que la main droite restait toujours libre.
Jésus était donc couché près de la poitrine de Pierre. A la tête de Pierre était André; puis, en descendant à gauche, Philippe, Barthélemy, Thomas, et Matthieu Lévi.- A droite, était près de la poitrine de Jean son frère Jacques, puis Jacques le Mineur, Simon, Jude, Thadée, et au bout,
vis-à-vis de Matthieu, Judas Iscariote. Chacun occupait le rang que lui donnaient et son ancienneté dans l'apostolat et ses rapports plus ou moins intimes avec Notre-Seigneur. C'est pour cela que nous trouvons au milieu , et tout près de Jésus, le groupe sacerdotal des quatre pécheurs. Ils furent en effet choisis les premiers comme apôtres, et sont comme les premiers-nés dans la maison du nouvel Israël. Parmi eux, Pierre, semblable à Juda, est l’homme sur qui repose la promesse. Israël, s’adressant à Juda, et dans sa personne à tous ses descendants, le bénit d’une bénédiction toute spéciale en lui disant : « Tes frères le
« loueront; ta main sera sur le cou de tes ennemis ; et les
« enfants de ton père s’inclineront devant toi. » Ainsi Jésus s’adressant à Pierre lui dit : « J’ai prié pour toi afin « que ta foi ne chancelle point; mais toi, lorsque tu seras « converti, confirme tes frères. » De même qu’ Israël promet à Juda que le sceptre ne lui sera point enlevé, et qu’il donnera des chefs à son peuple jusqu’à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, ainsi le Christ promet à Pierre que le bâton pastoral avec lequel il doit paître les brebis et les agneaux dans l’Église ne lui sera point enlevé, et que les portes de l’enfer n’ébranleront point le siège sur lequel il est assis, jusqu’à ce que vienne Celui qui est l’attente des nations, afin de juger les vivants et les morts. C’est pour cela aussi que le lion, symbole de la domination et delà dignité royale, a passé de Juda à Pierre, et à son disciple saint Marc. Ces quatre premiers apôtres représentent aussi d’une manière sensible les quatre tempéraments ou caractères de l’homme, comme l’a si bien compris un célèbre peintre allemand. Ainsi nous trouvons dans l’apôtre saint Jean le tempérament sanguin; dam
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Jacques, son frère, le tempérament mélancolique; dans Pierre, le bilieux, et le flegmatique dans André.
Les douze apôtres étaient ainsi rangés en demi -cercle autour du Christ. L’autre côté de la table, ou l’hémicycle, restait libre peur ceux qui servaient. Il y avait ordinairement à l’un des bouts un anneau pour tirer la table quand le repas était fini. C’était du moins le cas dans les tables oblongues, où la place d’honneur était en haut , et dont les deux côtés étaient occupés. La partie inférieure était seule vide, pour qu’on pût desservir et y placer les plats qu’on ôtait. Chacun avai t son sofa ou son coussin particulier; quelquefois cependant les divans pouvaient tenir deux, trois ou quatre personnes. Cette coutume de se coucher pour manger n'était pas particlière aux Juifs; mais, d’après Casaubon,
on la retrouve dès la plus haute antiquité chez les Assv-
riens et les Chaldéens, les Mèdes et les Perses, les Indiens et les Celtes, les Grecs, les Étrusques et les Romains, Les femmes seules, au témoignage de Varron, s’asseyaient par modestie, de même que les esclaves. Lors donc que saint Luc nous dit de Marie de Béthanie qu’elle s’assit aux pieds de Jésus, on doit l’entendre en ce sens; et nous trouvons souvent représentée sur les tombeaux romains une femme assise aux pieds de son mari couché devant la table. Il arrivait cependant quelquefois chez les Juifs qu’on s’asseyait pour manger; et dans ce cas chacun faisait à part la prière du repas, tandis que lorsqu’on était couché, le père de famille seul , ou le maître de la maison récitait la prière. Mais on devait être couché pour manger la pàque, parce que ce repas rappelait la délivrance du peuple d’Israël, et que se coucher pour manger était la coutume des rois et des grands.