‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 374 sur 589 · LE CHRIST DEVANT LE GRAND CONSEIL · texte numérisé non relu

LE CHRIST DEVANT LE GRAND CONSEIL

dont ils s’enrichissaient; qui avait parlé de renverser le temple, et qui profanait continuellement le sabbat. C’était bien plus qu'il n’en fallait pour le rendre à leurs yeux coupable et digne de mort.

Les docteurs de la loi, esclaves de la lettre, attendaient un Messie qui déciderait en leur faveur les subtilités de rdcole, comme un autre Salomon, et expliquerait tous les mystères de la nature; un Messie à l’aide duquel ils formeraient une academie savante qui verrait accourir à elle tous les rois de la terre, comme autrefois Salomon fut visité par la reine de Saba. Mais , au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme dont les disciples étaient pour la plupart de pauvres artisans, qui ne savaient pas même écrire , et qui ne comprenaient ni le Talmud ni les autres sciences. La doctrine qu’il enseignait était si simple, si peu savante, qu’elle ne paraissait bonne que pour le peuple; aussi prononcèrent- ils sans hésiter contre lui la peine de mort.

Les anciens d’Israël, qui formaient la noblesse et la magistrature du peuple juif, attendaient un Messie politique, qui mettrait en ordre leurs généalogies; un Messie conquérant, dont ils seraient les généraux, et avec lequel ils se vengeraient des peuples ennemis de la nation juive; un Messie qui entrerait triomphant à Jérusalem, traîuant derrière son char les rois païens vaincus et humiliés ; qui, de la montagne de Sion , dicterait avec eux des lois à la superbe Rome. Mais, au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme pauvre, qui n’attachait aucune importance à sa généalogie, qui jamais ne parlait de son origine royale, qui recommandait de payer l’impôt à César; un homme, en un mot, qui semblait mépriser tout ce

qu’ils estimaient le plus. 11 leur parut donc aussi digne de mort. Mais les Romains s’étaient réservé le droit de décerner cette peine, et n’avaient laissé à la municipalité que la faculté de prendre les malfaiteurs, de les interroger et de les garder. Pour ces maîtres du monde , les jugements prononcés par des étrangers n'avaient aucune valeur, et le gouverneur de la province pouvait. appeler la cause à son tribunal. C’est ainsi que l’officier romain Claudius Lvsias, qui commandait le fort Antonia, après avoir fait comparaître devant le grand conseil l’apôtre saint Paul, accusé par les Juifs de prêcher une foi nouvelle, l’envoya sous escorte au gouverneur romain, pour qu’il revît le procès et portât une sentence définitive. Il en fut de même ici à l’égard de Jésus.

Le gouverneur de la Palestine avait sa résidence ordinaire à Césarée, à deux journées de marche de Jérusalem. Les membres du grand conseil lui auraient volontiers envoyé Jésus dans cette ville, pour le soustraire ainsi aux yeux du peuple, qui lui était favorable. Mais, malheureusement pour eux, le préteur, à l’époque des fêtes, venait presque toujours à Jérusalem avec un renfort de troupes, et dressait son tribunal dans le palais au pied de la forteresse. Le tétrarque Hérode y venait aussi ordinairement de Galilée. Et même plus tard, l’an 799, il y vint accompagné de Vitellius, gouverneur de Syrie et qui fut ensuite empereur. Ce même Vitellius se rendit encore à Jérusalem pour la fête de Pâques quatre ans après la mort du Christ, et ce fut alors qu’il déposa Caïphe. Au reste , beaucoup de personnages considérables se rendaient dans cette ville pour les fêtes , et particulièrement pour celles de la Pâque. Nous citerons entre autres Sentius Saturninus, Quinctilius

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