‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 373 sur 589 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Le Christ devant le grand conseil.

« Dès le matin, quand il fit jour, les grands prêtres se « réunirent avec les docteurs de la loi et les anciens du « peuple de tout le sanhédrin , et tinrent conseil sur <( Jésus et sur les moyens de le faire mourir. » L’assemblée qui s’était tenue vers minuit dans la maison de Caïphe n’etait composée que du collège des prêtres , c’est-à-dire du conseil des vingt-trois. Mais maintenant le grand conseil des soixante et onze, composé des trois états en Israël, se réunit chez Caiphe, afin de juger le Fils de Dieu. « Un des « anciens néanmoins, Joseph, d'Arimathie en Judée, « homme juste et irréprochable, qui attendait aussi le « royaume de Dieu, ne consentait point à leurs délibéra- « tions ni à leur conduite. Ils firent donc comparaître Je-

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« sus devant leur assemblée, et lui dirent: Si vous êtes « le Fils de Dieu , ditcs-le-nous. Il répondit : Si je vous « le dis, vous ne me croyez pas; et si je vous interroge, « vous ne pouvez me répondre, et vous ne me relâcherez « point. Dorénavant le Fils de l’homme sera assis à la « droite de la vertu de Dieu. Tous dirent alors : Vous êtes « donc le Fils de Dieu ? 11 répondit : Oui, comme vous le « dites, je le suis. Là-dessus ils crièrent tous ensemble : « Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Nous avons « le témoignage de sa propre bouche. » On pourrait croire, d’après ces paroles, que les docteurs juifs avaient déjà, relativement au Fils de Dieu , des idées aussi claires que les nôtres. Il n’en est rien cependant. Fils de Dieu , Fils de l'homme, c'étaient là quelques-unes des expressions dont ils se servaient pour désigner le Messie, qu'ils appelaient même quelquefois Jéhovah, le Logos ou le Verbe de Dieu, la lumière, le premier, le Fils unique, ou la droite du Seigneur.

Quand le sanhédrin condamnait un homme à mort, les conseillers devaient être à jeun , et ne pouvaient rien manger pendant tout le jour. Mais Jésus n’avait rien pris non plus depuis la veille au soir, où il avait fait la cène avec ses apôtres, et il ne prit rien jusqu'à son crucifiement; de sorte que nous ne pouvons comprendre comment, au milieu des souffrances de toute sorte qui accablèrent et son corps et son âme , il ne mourut pas avant de monter sur la croix , ou pendant qu’on le crucifiait.

Ainsi le grand conseil, poussé par des prêtres fanatiques, avait confirmé la sentence portée pendant la nuit. Cependant ce n’était pas encore une sentence de mort proprement dite ; car il fallait pour cela que l’assemblée se tînt

dans la chambre nommée gazith , et que le gouverneur du pays y donnât son assentiment. Ils se hâtèrent donc de le livrer aux Romains , afin de pouvoir l’exécuter avant que leur indigne conduite eût été connue du peuple, dont ils craignaient les dispositions favorables à son égard. C’est pour cela qu’ils se réunirent dès la première aube du jour, quoique ce fût contre la coutume. En effet, dans toute autre circonstance, chaque vrai pharisien n’aurait pas manqué de réciter ses phylactères depuis l’aurore jusqu’à la troisième heure; et le sanhédrin ne se serait assemblé qu'après le sacrifice du matin , vers huit ou neuf heures, pour se séparer ensuite après le sacrifice de l’aprèsmidi, vers trois heures. Iis auraient bien pu, usant d'un droit que leur avaient laissé les Romains, leurs maîtres, faire donner au Sauveur trente -neuf coups de verges; mais ils ne voulaient pas prévenir le jugement du préteur, dans la crainte de le mécontenter.

Les trois états de la nation, les prêtres, les docteurs de la loi et les anciens, concourent également à ce jugement inique. Les prêtres attendaient un Messie qui remettrait en honneur le eulte et le sacerdoce mosaïque, et foulerait aux pieds tous leurs ennemis; un Messie sous la conduite duquel ils parcourraient L univers en vainqueurs, détruiraient tous les temples païens , anéantiraient tous les prêtres des idoles , et lèveraient ensuite la dime sur tous les peuples du monde. Au lieu de ce Messie , ils avaient devant eux un homme qui donnait publiquement aux Samaritains la préférence sur eux; qui leur était la considération dont ils jouissaient; qui rejetait les prescriptions qu’ils avaient inventées et qu’ils mettaient au-dessus meme de la loi de Moïse ; qui voulait abolir une partie des dîmes

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