CHAPITRE X L V
Barabbas.
« Pilate , appelant plus près de lui les grands prêtres et a les anciens du peuple, leur dit : Vous m’avez amené et cet homme sous prétexte qu’il soulève le peuple ; mais a je l’ai interrogé en votre présence, et je ne l’ai point « trouvé coupable de ce dont vous l’accusez. Hérode a etc « comme moi; car je vous ai renvoyés à lui; il n’v a u en lui aucun fait pour lequel il mérite la mort. La
MARAUDAS.
« coutume est que je vous délivre un criminel le jour de « Pâques, celui que vous désirez. Je le ferai donc châtier a d’abord, et puis je vous délivrerai votre roi. » Le 44 du mois de nisan , Israël avait été délivré du joug des Égyptiens : c’est en ce jour aussi qu’il espérait être délivré par le Messie. En souvenir de cette première délivrance, et comme Ggure de celle qu’ils atlendaient, on avait coutume de mettre en liberté en ce saint temps une partie des prisonniers. Quant aux grands criminels, on les amenait de toutes les parties de la Judée , et on les exécutait en présence de tout le peuple assemblé pour la fête, afin d’effrayer les autres par leur exemple. C’est pour ce dernier motif qu’on avait voulu faire mourir Psotre -Seigneur h la fêle de la Dédicace du temple, et que plus tard l’apôtre saint Jacques fut exécuté à la fête de Pâques. Ces criminels, dont une partie était relâchée, tandis que l’autre donnait son sang , étaient à la fête de Pâques ce qu’étaient à la fête des Expiations les deux boucs émissaires.
Mais à cette ancienne coutume s’était ajouté dans les derniers temps un privilège particulier du peuple, dont il est fait mention dans le Talmud aussi bien que dans les Évangiles. En effet, depuis que les pères du grand conseil, en partie par un ménagement mal entendu pour les malfaiteurs , en partie à cause du nombre toujours croissant des criminels, en partie aussi par suite du pouvoir exorbitant des gouverneurs romains, avaient perdu le droit de juger les procès criminels, en cessant de tenir leurs séances dans la salle nommée Gazith , ce qui arriva 40 ans environ après la ruine de Jérusalem, ils avaient obtenu du gouverneur la faculté de délivrer à la fête de
Pâques l’un des malfaiteurs condamnés à mort. Ils obtinrent d’autant plus facilement ce privilège que les Romains eux -mômes, dès les temps les plus anciens, dans leurs bacchanales et dans certaines autres fêtes, délivraient les malfaiteurs, ouvraient les prisons, suspendaient ou arrêtaient les procès commencés , en souvenir de ce que les dieux étaient autrefois descendus parmi les hommes, les avaient délivrés de la barbarie, et avaient institué ces fêles joyeuses. Cet usage existait aussi chez les Grecs et chez les Égyptiens à la fête d’Amun, chez les Tyriens à celle d’ Hercule Melcarlhe, chez les Italiotes à la fête de Saturne, au mois de décembre. Pour rappeler cette indulgence, prophétique et typique à la fois, qui existait chez les Juifs à la fêle de Pâques , les empereurs Valentinien , Théodose et Arcade avaient coutume d’accorder le premier jour de la fête une amnistie générale pour tous ceux qui avaient commis quelque délit peu considérable. Et vraiment ce serait un beau spectacle si quelque prince chrétien avait la sainte pensée de délivrer chaque année , le vendredi saint ou le jour de Pâques, un criminel repentant, en souvenir de ce que l’Homme-Dieu a délivré en ce même jour du péché et de l’enfer le genre humain tout entier.
« Or le peuple, étant monté, commença à demander « ce qu’il leur accordait toujours. Il y avait alors en « prison, avec d’autres séditieux, un insigne voleur, « nommé Barabbas, qui avait commis un meurtre dans « une émeute qu’il avait excitée dans la ville. Pilate cria « donc à ceux qui étaient assemblés, et leur dit : Qui « voulez -vous que je vous délivre? Barabbas, ou Jésus « appelé Christ?» Du temps d’Origène, on lisait dans plusieurs plus anciens manuscrits, dont quelques-uns