AVERTISSEMENT DE TRADUCTEUR
poque où vivait Notre- Seigneur. La synopse des évangélistes, telle qu’il l’a adoptée, diffère en beaucoup de points de celle qu’ont admise ses devanciers; et jious ne prétendons point qu’elle soit toujours la meilleure. Nous laissons la décision de ce point à ceux à qui une étude approfondie de la matière permet de porter un jugement fondé sur ce point. Mais nous croyons qu’il est peu d’hommes aujourd’hui qui possèdent autant que le docteur Sepp tous les éléments nécessaires pour prononcer en ce genre avec une parfaite connaissance de cause. Cet ouvrage a eu en Allemagne un succès prodigieux. Il a été pour l’école panthéiste et pour tous les ennemis de la religion un coup terrible dont ils n’ont pas même essayé de dissimuler la force. Et ceux qui avaient encore gardé un reste de bonne foi, vaincus par des preuves aussi nombreuses et aussi puissantes , ont été contraints d’avouer qu’il n’était plus permis désormais de mettre en doute le fait de l’existence de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Quoique les doctrines déplorables des panthéistes modernes n’aient pas fait en France les mêmes ravages qu’en Allemagne, cet ouvrage contribuera, je l’espère, à ramener bien des esprits égarés et à prévenir bien des défections.
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Lorsque la réforme parut, elle prit pour prétexte la nécessité de dégager le christianisme de tous les élésients étrangers que l'esprit humain y avait ajoutés, disait-on. On se livra donc à des recherches et à une critique minutieuses , et Ton sépara de la pure parole de lÉvangile toute la partie historique ou traditionnelle lu christianisme, pour ne garder que l’écriture. Mais oxnxne l’authenticité des livres saints repose sur le témoignage de la tradition , et que les évangiles ne sont a partie que des traditions écrites, puisque plusieurs de ceux qui les ont rédigés n’ont pas été témoins oculaires des faits qu’ils racontent; et comme d’un autre cMè le texte sacré a dû subir, et par l’effet du temps, & par la faute des copistes, de nombreuses altérations, h critique devait par une conséquence nécessaire f attaquer aux livres saints eux-mêmes, sous prétexte A) dégager l’élément divin de cet alliage impur. On <en prit d'abord à quelques versets en particulier, prn a des chapitres , puis enfin à des livres entiers,
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rejetant celui-ci; et le reprenant ensuite, gardant celui-là, et le rejetant plus tard comme apocryphe, si bien qu’à la fin il ne resta plus rien de ces mêmes évangiles qu’on avait pris d’abord pour unique point de départ.
On faisait ainsi pour la théologie ce que les légistes romains avaient fait pour le droit en Allemagne. Ces derniers avaient aussi soumis à la critique les bases historiques du droit; et, fermant à dessein les sources de la coutume et de la tradition, ils avaient réduit tous les rapports qui lient les hommes entre eux à je ne sais quel code abstrait, connu sous le nom de Corpus juris. Ils avaient voulu régler d’après une lettre morte la vie de l’homme et de la société, et avaient réussi à remplacer par des constitutions arbitraires les droits que la nature même des choses, l’histoire et la coutume avaient enracinés parmi les différents peuples , et qui étaient devenus comme une partie intégrante de leur nationalité.
La médecine a suivi jusqu’à nos jours la même voie et le même procédé. Rejetant aussi toutes les traditions, et la science pratique qu’elles lui avaient léguées , elle s’attache uniquement au corpus delicti, et croit trouver dans la mort un moyen d’analyser la vie
et de rendre la santé à l’organisme malade. Mais la *
même opposition qui s’est produite , là entre le droit et la loi écrite, ici entre la santé et la science de la médecine, s’est manifestée aussi entre la vérité et la théologie détachée de la vie et de l’histoire. La Bible a perdu par cette abstraction sa base et son appui. L’idée intérieure et vivifiante a été sacrifiée à des no-
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lions froides et abstraites, et dans Tart lui -même la poésie créatrice des temps chrétiens a été étouffée par la forme inanimée de l’antiquité.
Tels devaient être les effets de cet égoïsme étroit qui, rompant avec le passé, voulait comme refaire à neuf, et d’après uri plan arbitraire, l’histoire de l’Église et •lu monde. Tels devaient être les résultats de cette science qui depuis plus d’un siècle croit pouvoir terminer toutes les questions par des raisonnements à priori, sans avoir égard aux résultats de la science des temps passés, et qui à cause de cela ne peut jamais embrasser l'ensemble des choses. Tels devaient être les effets d’une philosophie qui , après avoir séparé la raison de la révélation, et être devenue négative à 1 egard de tout ce qui est positif, ne peut plus se retrouver dans l’obscurité où elle s’est égarée, et ne saisit que des hypothèses sans consistance. L’abîme était creusé : la raison, abjurant le christianisme, * était devenue païenne. Que pouvaient être pour elle les écrits qui contenaient la révélation divine? Quelle valeur pouvait avoir ce livre des livres , séparé de la vie et traité avec si peu de respect? Les auteurs de ces écrits étaient-ils des imposteurs, ou ont-ils été trompés? Dans l’une et l’autre hypothèse nous serions trompés nous-mêmes? Ou bien les ont-ils écrits sous Finspiration d’en haut? Telles sont les questions que ces livres ont suscitées parmi les théologiens protestants, jusqu’à ce qu’enfin ils en soient venus à regarder le contenu de ces livres comme une fable sans réalité. Tout ce qu’il y a de merveilleux dans la Bible, ce que le genre humain a cru depuis dix-huit siècles sur la
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personne du Sauveur, tout cela n’est à leurs yeux qu’une illusion dont l’humanité est à la fois le sujet et l’objet, où elle contemple les événements de sa propre vie, et adore le produit de ses terreurs.
La Bible n’est plus que l’abrégé des lieux communs de l’entendement humain, comme une sorte de rituel maçonnique, bon pour les esprits médiocres et incapables de s’élever plus haut. Mais pour les initiés, qui sont montés au grade supérieur, elle contient des mystères plus hauts et d’ineffables paroles. En un mot, l’Écriture ne contient que des mystères , tirés, soit du cours ordinaire de la nature, soit du cercle de la mythologie, soit enfin de l’histoire de l’humanité.
Strauss a dans ces derniers temps appliqué ce procédé et cette critique à toutes les idées du christianisme. Il a considéré les évangiles en dehors de cette vie intérieure qui les anime, et, après les avoir ainsi isolés, il les a soumis à ce genre d’analyse inventé par la science moderne. Ces livres, interrogés de cette manière sur leur contenu, ont fait ce que fit tant de fois devant ses juges celui dont ils nous parlent : ils se sont tus ; et comme lui aussi ils ont été condamnés à cause de leur silence. La science légère et superficielle de notre époque s’est applaudie de son triomphe. Mais comme tout doit tourner au bien de l’Église, tout, même les recherches et les victoires de ses ennemis , nous ne devons point rejeter d’une manière absolue le résultat des investigations de la philosophie moderne. Nous devons plutôt écouter avec attention la sentence qu’elle a portée, en poursuivant le principe qui l’a dictée jusque dans ses dernières conséquences.
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Nous trouverons alors que les évangiles sont des mythes , il est vrai , mais dans un sens bien plus élevé que ne le soupçonnent nos adversaires. Ils sont my - j
thiques comme doit l’être toute idée élevée, toute révélation divine et centrale. Mais ils sont en même temps, et à cause de cela, historiques dans le sens le plus rigoureux de ce mot; car les faits qu’ils racontent sont vrais non -seulement dans le moment où ils se sont passés , mais encore dans le cours entier de Fhistoire, et ils trouvent leur application dans tous les domaines de la vie , à savoir dans ceux du corps , de Famé et de l’esprit.
Si le christianisme est la religion universelle et centrale que Dieu a préparée dès le commencement du monde et que son Fils lui-même a fondée, elle doit trouver son application dans tous les cercles de la vie.
Si les idées qu’elle renferme sont vraiment comme une semence divine, si elles sont la révélation faite primitivement par Dieu lui-même à l’humanité, elles doivent trouver partout leur explication : tous les temps et tous les lieux doivent constater et justifier son unité. Aussi les recherches et les attaques des hérétiques ont l’avantage de nous rappeler continuellement que la religion de Jésus -Christ, telle qu’elle existe dans l’Église catholique, ne doit pas être considérée ni traitée comme une affaire de secte ou d’école.
Les philosophes du siècle dernier avaient déjà essayé d’appliquer à Notre-Seigneur Jésus-Christ et au christianisme les mythes sous lesquels l’antiquité s’était représenté le soleil et tout le système dont il est le centre; et ils avaient voulu expliquer ainsi par des symboles
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naturels tous les faits historiques rapportés par les évangiles. D’après cette manière de considérer les choses, le Sauveur n’est que la figure allégorique du soleil , dont le nom Haris ou Chris , c’est-à-dire celui qui veille, n’est qu’un des noms du Vischnu indien, d’où s’est formé le nom de Chrishna et de Christ : comme aussi Yes , racine du nom de Jésus, désigne le nombre 608, qui constitue une période importante du soleil.
Les douze signes du zodiaque, ou les génies des douze mois de l’année, sont comme les douze apôtres de ce Dieu de la lumière et du jour. Pierre, leur chef, avec sa tète chauve et ses clefs à la main , c’est Janus, Januarius ou Janvier, le portier qui ouvre en quelque sorte les portes de la nouvelle année, et ferme celles de l’année qui vient de s’écouler. Les degrés du zodiaque sont représentés parles soixante-douze disciples ou les soixante-douze génies protecteurs qu’invoquaient les Perses, ou bien encore par les neuf fois huit vassavas ou cycles des dieux honorés par les Indiens, et qui, dans la théologie de ces derniers, président aux destinées des mortels ou des soixante - douze peuples. Ce sont encore les soixante-douze saints des J a inas, dont on a trouvé les statues colossales à Balligota, près de Seringapatnam. Les quatre signes célestes qui indiquent la carrière du soleil, avec ses points annulaires et solsticiaux, ou les quatre contrées du monde, sont représentés par les quatre évangélistes, symbolisés eux-mêmes sous les images du taureau, du lion , de l’aigle et de l’homme. Et ici encore nous trouvons un reflet des signes du zodiaque. En effet, le soleil, en entrant dans le signe du taureau,
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réchauffe et féconde de nouveau la terre , et ouvre en quelque sorte avec ses cornes l’année, comme le dit Ovide ; et c’est de là que le mois d’avril ( aprilis , racine aperio) a reçu son nom. Le lion, symbole de saint Marc, désigne le solstice d’été. Il en est de même d’Héraclès, reposant sur une peau de lion , ou d’Horus, dont le trône est un lion. Les prêtres du soleil portent la tonsure sur la tête, comme image du disque du soleil ; et l’on retrouve ce signe chez les Buddhistes et chez les prêtres du Dalaï Lama. L’étole désigne le zodiaque, et le rosaire indique l’innombrable armée des étoiles et des planètes. Aussi Brahma est-il représenté sur les monuments de Java tenant une sorte de rosaire comme symbole de la puissance créatrice et de Féternité; et les adorateurs de Vishnu récitent les noms innombrables de leur Dieu , le Seigneur des armées, en roulant un anneau ou les grains d’un rosaire. Au reste, on retrouve déjà chez les anciens Babyloniens cet instrument pieux, et l’on sait qu’encore aujourd’hui les mahométans ont leur sebchah; les Péruviens dans le nouveau monde leurs quippos, qui leur servent pour le même usage.
Les mariages des dix patriarches dont parle la Genèse et les dix rishis des Indiens désignent l’entrée du soleil dans un nouveau signe. L’échelle de Jacob ressemble à celle de la grotte de Mithra avec ses sept branches, symbole des sept planètes, où les âmes montent et descendent. Les sept églises de l’Asie Mineure, telles que nous les décrit saint Jean dans l’Apocalypse, représentent aussi les sept planètes. Éphèse, la ville de Diane, représente la lune. Vénus est repré-
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sentée par Thyatire, à laquelle l’apôtre reproche ses prostitutious; Saturne, par Laodicée, que saint Jean nous dépeint comme n’étant ni chaude ni froide, mais tiède. Ce panthéisme astrologique ne mérite au fond qu’un sourire de pitié. Mais ces savants, dans leur haine contre l’Église, prennent au sérieux toutes ces fadaises, pourvu qu’elles puissent leur servir à ébranler dans les esprits la foi à la révélation.
Ce n’est pas tout encore. Abimélech, qui enlève à Abraham Sara, sa femme, et la lui rend ensuite, c’est le symbole du soleil à l’équinoxe du printemps. Abraham , semblable au Brahma des Indiens , est pour les Hébreux le dieu de la lumière et le père des treize enfants de la lune. Isaac , c’est le bélier ou le signe du bouc, qui a passé dans le Nouveau Testament sous la forme d’agneau de Dieu; et Jacob, avec ses treize enfants, est une répétition du même mythe. Il en est ainsi du prophète Élie. Les quatre cent cinquante prêtres de Baal qu’il tue signifient que l’année équinoxiale, avec tous les jours dont elle se compose, a été vaincue par le soleil lorsqu’il entre dans le signe de l’écrevisse, et qu’il ouvre l’année solsticiale. Ainsi, Élie signifie le semestre d’été, tandis qu’Élisée représente le semestre d’hiver de l’année, jusqu’à ce que le même mythe se reproduise dans la personne du Christ. Le christianisme n’est donc qu’une continuation des mystères de Mithras , et le pape n’est que le pontife du soleil. Les évangiles sont des romans pieux, des légendes prises des mystères de Mithras, de Cérès, d’Isis, comme les livres saints des brahmes et des bonzes, comme les livres hermétiques des anciens
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Égyptiens, ou les autres théosophies de ce genre.
Lorsqu’au 25 décembre a lieu le solstice d’hiver, et que le soleil, encore enfant, pour ainsi dire, commence à voir la lumière du jour, le signe de l’écrevisse parait au ciel vers le couchant avec la chute du jour solsticial. L’âne de Typhon se tient à la crèche, et avec lui le bœuf ou le taureau. L’étable est le symbole du cocher, et s’appelle Præscpe Jovis Heniochi , d’où est venu le nom de Joseph. Nous trouvons là tout un groupe mythologique d’étoiles. Ces signes sont les symboles de toutes les créatures , qui se sont comme réunies autour du berceau du Sauveur. C’est d’abord le signe de la Vierge céleste, Isis, qui tient à la main des épis, et porte sur ses bras Horus, son fils, le dieu delà lumière. Ou bien encore Isis, déesse de la lune, ou Diane , la vierge chasseresse , tenant le croissant sous les pieds, a pour symbole Marie, mère de Notre- Seigneur Jésus -Christ. C’est Astrée, la déesse de la justice, qui, chassée de la terre par les péchés des hommes , s’est réfugiée dans le ciel , d’où elle descend ensuite pour mettre au monde le fils de la nouvelle époque. A côté s’élève le signe du lion; car le Sauveur devait naître du lion de Juda, de même qu’Osiris, le dieu de la lumière, selon Plutarque, commence sa carrière et l’année égyptienne en partant du signe du lion. Devant l’étable où le taureau se tient, Orion ou Nemrod avec sa massue est représenté dans le mythe évangélique par Hérode, qui cherche l’enfant Jésus pour le faire mourir. Derrière se tient l’agneau, car c‘e$t ainsi qu’il doit être immolé pour nous.
Mais , s’arrachant à l’hiver, le soleil s’avance vers
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les signes du zodiaque , qui tombent dans l’équinoxe du printemps. Arrivé là sur l’extrême limite qui sépare la région des ténèbres de celle de la lumière, son représentant mythique reçoit dans les tempêtes de l’équinoxe sa consécration et comme son baptême. Puis il continue sa carrière jusqu’à ce que, arrivé au solstice d’été , il atteigne sur le Thabor le terme de sa divine mission , et célèbre sa glorification dans les splendeurs de la lumière, pour descendre ensuite peu à peu vers l’obscurité de la mort. Les puissances des ténèbres qui demeurent dans le scorpion, près du verseau, se liguent contre le dieu, et s’emparent de lui. Le Rédempteur du monde est attaché au signe de la croix formé par la rencontre de l’écliptique et de l’équateur, et il entre dans les ombres de l’hiver ou de la mort. Mais, vainqueur de l’enfer, il sort triomphant des régions inférieures, et reparaît avec la nouvelle naissance , du soleil. La croix qui traverse les équinoxes et le zodiaque, et que les prêtres égyptiens traçaient sur le plan du monde comme un attribut de Sérapis, la croix est devenue le symbole de la résurrection et de la vie future.
Ainsi , le christianisme ne serait que le symbole des mystères qui s’accomplissent au ciel. Si l’imagination des peuples , attribuant une réalité historique à ce dieu du jour, qui brise la tète du serpent de l’hiver, le personnifia en Jésus-Christ; si elle composa le mythe ou le roman de sa vie d’après la succession des phénomènes et des phases du soleil; si elle plaça son existence au milieu des temps et pendant les jours de . l’empereur Auguste , c’est que les peuples attendaient
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un Sauveur dans le sixième mois du monde, ou dans le sixième millénaire, comme les Juifs, les Perses et
les Etrusques. Or les Septante comptaient à cette époque cinq mille six cents ans depuis la création. Mais au fond la vie de Jésus ne serait pas mieux prouvée que l’existence d’Osiris, d’Hermès, d’Héraclès, d’Adonis, deFo, de Buddha, ou du Chrishna des Indiens, dont le nom a beaucoup de ressemblance avec le sien. Tel est le thème que Dupuis et Volney, Nork et Strauss ont développé dans des ouvrages qui ont eu , à l’époque où ils ont paru , une bien triste célébrité.
Au reste, nous sommes loin de rejeter cette allégorie du soleil et des planètes; nous l’acceptons, au contraire, de grand cœur. La nature renferme incontestablement
une sorte de philosophie ; et depuis le temps du premier législateur jusqu’à nos jours, les sages de l’antiquité, et Platon en particulier, l’ont étudiée, et sont parvenus à découvrir, en partie du moins, les principes et les mystères contenus dans la marche et le développement de l’univers. La nature renferme aussi comme une certaine musique en soi. Les anciens, et particulièrement Pythagore et son école , en ont épié les accords, jusqu’à ce qu’enfin Képler ait découvert l’admirable succession de son rhythme.
Les anciens ont étudié aussi les nombres , et comme les mathématiques de la nature; car les mathématiques ont pris en elle un corps; elles forment comme sa base la plus profonde; et il appartenait à la science de sonder ses profondeurs et de les éclairer. 11 y a même une sorte de religion dans la nature , non comme l’enten-
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dait l’antiquité, et comme l’entendent encore aujourd’hui les philosophes modernes; non en ce sens qu’elle puisse être elle-même l’objet de notre culte et de nos hommages, mais en ce sens, au contraire, qu’elle rend hommage à son Créateur, en publiant sa puissance et manifestant ses divins attributs. Par suite de cette religion que Dieu a comme déposée en elle, la nature est une prophétesse muette il est vrai, mais intelligible aux esprits sérieux et attentifs. Les prophéties qu’elle renferme, elle ne peut les révéler que par ses symboles extérieurs; et ce sont ces symboles dont l’antiquité cherchait le sens et l’explication dans les oracles, comme on le cherche aujourd’hui dans le magnétisme et le somnambulisme. La nature est une prophétesse qui, d’après les lois de la matière, indique par avance ce qui doit se produire plus lard dans les régions plus élevées. Elle contient des prophéties secrètes et mystérieuses, qui annoncent d’avance les événements qui doivent s’accomplir. C’est en vertu de cette faculté divinatoire et prophétique qu’il était écrit dans les astres du firmament que le Messie paraîtrait dans l’année lunaire du monde 4320, dans cette année mémorable où le chœur entier des planètes fêtait son jubilé. C’est en vertu de cette providence de la nature que la naissance du Rédempteur fut annoncée par une étoile , ou par la grande constellation de toutes les planètes, qui conduisit à son berceau les sages de l’Orient.
Il en est ainsi dans tout notre système solaire, jusque dans les plus petits détails. Le monde extérieur tout entier n’est qu’un reflet du monde intérieur et spirituel. Le rapport entre la lumière et les ténèbres,
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entre le jour et la nuit, les mouvements divers par lesquels les grands corps de la nature montent et descendent, en parcourant les sphères que leur a tracées la main de Dieu, toutes ces relations indiquent dans la nature morale une loi plus élevée qui doit se produire dans Thistoire et la gouverner. L’histoire de l’humanité se divise en trois parties, correspondantes au triple caractère de la personnalité humaine : à savoir, l'histoire de l’Église ou du règne de Dieu, celle de l'État ou de la société civile, et celle de la nature proprement dite. Mais dans ces trois régions superposées les unes aux autres chacune est pour celle qui lui est supérieure comme un voile qui l’enveloppe et la protège. Ainsi la nature, qui forme comme la base de cet édifice rnystérienx , renferme et nous présente à l’état plastique, ou revêtu des conditions de la matérialité, ce qui s’accomplit au second degré dans le domaine moral; et celui-ci, entouré lui-même par la nature, enveloppe à son tour et contient une sphère plus intime et plus haute, où gît le centre de toute l’histoire. C’est ainsi que le soleil qui éclaire ce monde est le symbole naturel du Rédempteur qui l’a sauvé, et que les souffrances et les combats de celui-ci sont réflélés en celui-là comme dans une image qui se produit continuellement à nos regards, et se renouvelle chaque année sous nos yeux.
Nos fêtes ecclésiastiques sont à la fois les fêtes de la nature; et c’est pour cela qu’elles sont en même temps des fêtes du ciel, parce que l’ordre naturel et l’ordre spirituel sont dans un rapport continuel. Nous fêtons Noël au moment où le soleil revient : et lorsqu’il
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approche du terme de sa carrière, pour en recommencer une nouvelle , la naissance du Sauveur annonce la fin des temps anciens et le commencement des temps nouveaux. Nous fêtons l’Annonciation avec les premiers jours du printemps, Pâques lorsque la nature ressuscite de son tombeau, et l’Ascension lorsque les premières fleurs s’élèvent au-dessus de la terre. Les fêtes de l’ancienne alliance étaieut déjà en partie des fêtes historiques et naturelles , rattachées par des liens intimes aux diverses époques de l’année. La Pâque indiquait le commencement , et la Pentecôte la fin de la moisson des grains. La fête des tabernacles annonçait la fin de la moisson d’automne. C’est pour cela qu’à ces trois époques le peuple pouvait paraître devant Jéhova, pour lui rendre grâces de ses bienfaits. Ainsi la nature accompagne toujours et annonce de nouveau chaque année le grand événement qui a sauvé le monde.
Une lumière paraissant à l’Orient annonça la venue du Messie au milieu des ombres de la nuit ; les ténèbres accompagnèrent sa mort au milieu du jour , et il sortit victorieux du tombeau avec les premiers rayons de l’aurore. Cette harmonie entre le domaine de la nature et celui de l’esprit, qui nous apparaît d’une manière si frappante dans l’Homme-Dieu , centre et type de l’humanité, existait à un degré, moindre il est vrai, dans le premier homme, jusqu’à ce qu’il eût perdu par le péché le pouvoir qu’il avait reçu sur la nature.
En effet, l’homme, bien loin de la dominer, comme il le faisait avant la chute, lui est soumis par une sujétion bien humiliante pour lui , et qui se fait sentir
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plus particulièrement toutes les fois que sa santé est altérée plus ou moins gravement; car le cours de la plupart de nos maladies paraît* lié à certaines périodes de la nature. Il y a cependant une différence entre l'antiquité et les temps qui ont suivi l’apparition du christianisme. Là Dieu se révélait dans la nature et par elle. Ici, au contraire, il se manifeste en dehors et au-dessus d’elle. Quant aux signes et aux constellations du firmament, il ne faut pas croire que les anciens , après les avoir contemplés au ciel , en aient composé arbitrairement une histoire sur la terre. C’est le contraire qui est arrivé, et ils n’ont fait que transcrire en quelque sorte dans le livre des cieux les principaux traits de la révélation et de son histoire. Ayant appris qu'un Dieu devait paraître sur la terre et fouler aux pieds le serpent infernal, ils ont cherché au firmament un symbole qui pût leur rappeler sans cesse le Sauveur qu’ils attendaient ; et ils ont cru le trouver dans Hercule avec le serpent enflammé ou le serpentaire.
Passant du domaine de la nature à celui des esprits, les anciens y cherchèrent aussi des symboles et des mythes pour rendre sensibles les mystères que leur enseignait la révélation. Le mythe de Dionysus ou Bacchus est un des plus importants sous ce rapport. C’est aussi un de ceux dont on a le plus abusé dans ces derniers temps , en l’opposant au christianisme , en qui l’on voudrait ne trouver que le reflet épuré des mystères de ce dieu. Ce mythe a un côté plus élevé et purement symbolique, et un autre plus profond qui a sa base dans l’histoire. Celui de l’antique Zagrée
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appartient à la première catégorie. Quant au second Dionysus, il est symbolique et historique à la fois ; car, d’après la chronologie grecque, c’est vers 4544 avant Jésus -Christ qu’il aurait vécu. Les critiques modernes , confondant ces deux mythes et ces deux personnages , n’en font qu’un seul homme , et voient en lui le type du fondateur du christianisme.
Voici ce mythe tel que l’antiquité nous l’a transmis. Perséphone, fille de Cérès ou de la terre , est devenue belle en grandissant. Sa mère, pour la soustraire à la jalousie des dieux, la cache dans une grotte et la fait garder par des serpents, qui forment l’attelage ordinaire de son char. Zeus ou Jupiter approche d’elle sous la forme d’un serpent, et bientôt elle met au monde le premier Dionysus ou Zagrée, à la tète de taureau. Zeus s’attache à l’enfant; il le place à sa droite , et lui donne le pouvoir de lancer la foudre. Cette faveur excite l’envie des dieux. Le père cache son fils dans une grotte de Pile de Crète, et le confie à la garde des Curètes, qui exercent autour de lui leurs danses guerrières. MaisHéré, entlamée de haine, soulève contre lui les Titans. Ceux-ci s’approchent de Zagrée, et lui présentent un miroir et des jouets d’enfant; et pendant qu’il s’amuse avec ces objets ils le coupent en sept morceaux. Mais Athène sauve le cœur et le porte à Zeus le vengeur. Le second Dionysus naît ensuite, et voici le mythe qu’on lui attribue.
Zeus approche de Sémélé, fille du roi de Thèbes, en Béotie. Cette fille de la terre, ne pouvant supporter l'éclat du dieu dont elle a désiré l’apparition, est réduite en cendres. Le fils qu’elle a mis au monde est
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envoyé par son père à Mysa , pour y être élevé. Le nom de ce lieu se retrouve partout , en Lydie , en Phrygie, en Syrie, en Palestine, sur les confins de la Galilée, dans l’Arabie, dans l'Ethiopie, dans le Chorasam et dans les Indes. Dans toutes ces contrées il y a un lieu nommé Nysa, où la tradition fait naître le dieu. Celuici est gardé par Pal las , et son berceau est protégé par les amazones. Il croit au milieu des fleurs que la terre produit sous ses pas; puis , étant arrivé à l’âge de l’adolescence, il revient dans la maison du roi. Mais là il est encore poursuivi par la haine d’Héré, qui lui présente un breuvage qui le rend furieux. Il part pour l’Egypte, puis traverse la Syrie, et se rend en Phrygie, ou, selon d’autres, à Dodone, où il est initié aux mystères par Rhea. Là, purifié par des initiations successives, il entreprend de faire le tour de la terre; puis il descend aux enfers, y délivre sa mère, qui prend désormais le nom de Dioné, et la conduit à sa suite au ciel avec les esprits des temps primitifs, après avoir laissé sur la terre à ses disciples les mystères sacrés, c'est-à-dire l’art de cultiver le froment et la vigne. Quiconque est initié à ces mystères ne peut périr, mais fl marchera dans les voies où Dioné à marché avant lui.
Tel est le mythe que nous retrouvons chez tous les peuples de la terre sous des formes et avec des nuances différentes. Tel est ce Dionysus qu’on a osé confondre avec la personne divine de Noire-Seigneur Jésus - Christ. Celui-ci, il est vrai, n’est pas né dans un palais; car, devant racheter l’humanité tout entière, il fallait qu’il descendit jusqu’aux degrés les plus in-
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fimes, quoiqu’il fût né d’une race royale. De même que Dionysus, il naît dans une étable, de la fille d’un roi, qui l’a conçu par l’opération d’un Dieu. Les divers états du royaume viennent lui rendre hommage. Ce sont d’abord les bergers, puis les rois ou les princes, puis enfin les prêtres qui s’assemblent à Jérusalem , et rendent témoignage de lui. De même que les deux Dionysus, il est poursuivi dès son berceau par les nouveaux Titans, c’est-à-dire par les Juifs et les Romains. Il est conçu à Nazareth, près de l’antique Nysa (Scythopolis) et de Cana, la ville des roseaux, où il apparaît faisant aux hommes le don précieux du vin. Il naît à Bethléem, la ville du pain, comme le dispensateur céleste de ce fruit de la terre. Il fuit en Égypte pour échapper à ses ennemis, et revient ensuite dans sa patrie. Mais bientôt on lui présente le miroir de la tentation, afin qu’il se laisse séduire par sa trompeuse image. Le tentateur lui montre tous les royaumes de l’univers ; mais le Rédempteur soutient constamment l’épreuve; et, repoussant avec dédain toute la gloire de ce monde , il obtient la consécration dont il avait besoin pour accomplir sa mission divine sur la terre. Cependant ses ennemis le poursuivent avec le même acharnement, et le font mourir enfin. Il descend alors aux enfers pour y racheter les hommes des siècles passés. Puis il monte au ciel avec sa mère, après avoir laissé sur la terre les mystères du pain et du vin, image de ceux de Dionysus. Ainsi le christianisme ne serait qu’une mythologie comme l’hellémisme, le sabéisme oriental ; en un mot toute religion ne serait que mythologie.
Il en est de cette explication mythologique comme
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de l’explication naturelle dont nous avons parlé plus haut. La nature prophétise en un certain sens les événements qui doivent s’accomplir. Ainsi le passé rend à sa manière témoignage du présent et de l’avenir. Le christianisme n’est point une imitation du paganisme; mais les mythes contenus dans celui-ci devaient indiquer d’avance les mystères chrétiens. L’antique Zagrée n’est qu’un reflet anticipé du Verbe qu’adorent les chrétiens; car ceux-ci ont toujours pensé que bien avant l’Incarnation, et dès les temps les plus anciens, Dieu s’était révélé aux hommes, et qu’après avoir créé le monde il nous avait révélé lui -même ce que nous devions croire et pratiquer. C’est avec cette première révélation qu’a commencé l’histoire. Mais la parole divine fut bientôt altérée par les passions humaines, et le Verbe fut ainsi, en un certain sens allégorique, déchiré et coupé en morceaux comme le Zagrée de la fable. 11 fallut ensuite de longs siècles avant que Dieu consentit à descendre vers nous de nouveau. Pour s’abaisser jusqu’à nous il n’a point, il est vrai, comme Dionysus , approché ses lèvres de cette coupe où , avec l’ivresse des sens, l’homme boit l’oubli du passé. Il n’a point égaré ses regards sur le miroir de Maya; mais il s’est incliné volontairement vers l’humanité, et a pris part à notre nature par un acte libre de sa volonté. Il nous a laissé des mystères sacrés auxquels il a communiqué une vertu secrète pour nous guérir, nous réconcilier , nous racheter et nous élever à une vie plus parfaite. Il est réellement descendu dans les enfers à travers les portes de la mort pour y délivrer les générations qui attendaient sa venue. Il nous a laissé les
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sacrements pour nous préparer au royaume céleste dont il nous a ouvert l’entrée par sa glorieuse ascension .
Nous voyons dans quels rapports intimes le christianisme est avec la nature ou avec le monde de la mythologie et des esprits. Le Christ est l’accomplissement, et le christianisme est la substance de tous les mystères de la nature et de la théologie : ou, en d’autres termes, toutes les religions ne sont que des symboles précurseurs de la religion du Christ. La fable nous raconte que Pygmalion s’enflamma d’un tel amour pour une statue qu’il avait faite, qu’il lui communiqua sa propre vie , de sorie qu’elle répondit à ses embrassements. Le Christ a fait quelque chose de semblable à l’égard de la nature : il l’a embrassée et réchauffée par son amour : il a éveillé, pour ainsi dire, la vie en elle ; et c’est ainsi que le christianisme a introduit cette sibylle muette dans le royaume de l’histoire. Quant aux reproches qu’on lui adresse de n’être qu’une imitation des mystères du culte païen , il suffit de répondre que le passé tout entier n’est au fond qu’un prélude de l’avenir. Aussi existe-t-il à peine une seule vérité dans le christianisme qui ne se trouve déjà d’une manière relative et symbolique dans les temps qui ont précédé celui-ci, et par conséquent dans le paganisme. Et c’est ainsi que le christianisme a fait passer à la fois dans le domaine de l’histoire, et le monde de la nature, et le monde des esprits.
L’élément historique est le troisième caractère qui distingue chaque idée manifestée par la révélation divine. Aussi les choses racontées par les livres qui la contiennent sont réelles et véritables; et il est impos-
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sible d’en détacher un seul fait particulier sans détruire par là même tout leur édifice historique. Celui qui n’est pas convaincu de la vérité de ces faits, et par l’harmonie du récit, et par la simplicité de la forme, peut opposer, s’il le veut, à la Bible toute la rigueur de la critique des temps modernes ; et la science rendra clair pour lui ce que le simple bon sens rend manifeste pour les autres. C’est ce qui est arrivé pour les livres saints lorqu’on a commencé à mettre en doute leur authenticité. On a recueilli de toutes les parties du monde, pendant plus d’un demi-siècle, des milliers de manuscrits dans toutes les langues ; on les a compulsés avec une exactitude scrupuleuse, et Griesbach a pu compter trente mille variantes dans le Nouveau Testament. Qu’est-il résulté de tout ce travail? Précisément le contraire de ce que s’étaient proposé ceux qui l’avaient
entrepris. On n’a pu constater une seule altération im-
portante dans le texte ; et l’Ecriture, loin d’ètre ébranlée par la critique rigoureuse à laquelle on l’avait soumise, est sortie triomphante de cette épreuve.
Il en sera de même de toutes les nouvelles recherches; elles ne feront que fortifier la foi dans la divinité des Écritures. Les livres du Nouveau Testament en particulier ne craignent rien des attaques de l’incrédulité. L’Esprit-Saint dit quelque part : « Dieu parle, et la chose existe : il commande, et elle est là. » C’est ce qui a eu lieu aussi dans la vie de Jésus -Christ. Non -seulement ses actions, mais ses paroles ellesmêmes sont des faits ; et ce qui fait la perfection de la religion chrétienne , c’est qu’elle est à la foi parole et fait, doctrine et action. Les paraboles de Jésus-Christ
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avaient rapport à des faits qui venaient de s’accomplir sous les yeux de ceux à qui il parlait, comme on peut le démontrer pour la plupart de celles que nous ont racontées les évangélistes.
La nouvelle école , il est vrai , accepte volontiers le contenu des évangiles; mais, au lieu d’y voir le récit de la vie d’un seul homme, elle y trouve l’histoire de l’humanité tout entière. Le Christ n’est pour elle que le symbole ou l’idée personnifiée de l’homme parfait, tel que l’avait rêvé Platon. Le Verbe n’est que la personnification des pensées de l’humanité : les souffrances de Jésus-Christ sur le Calvaire et sa glorification sur le Thabor ne sont que le reflet et l’image des épreuves auxquelles est soumis le genre humain et de la gloire qui doit les terminer. L’humanité est à elle -même son propre rédempteur; car, comme elle jouit d’une liberté parfaite, elle se suffit à elle-même, et n’a besoin de personne pour la délivrer.
Pour nous, nous ne voulons point reconnaître un Dieu qui, enseveli longtemps dans la matière, sans réflexion ni conscience de soi-même, a besoin, pour acquérir le sentiment de sa personnalité, de traverser tous les domaines de la nature. Nous voulons un Dieu qui soit élevé au-dessus de la création , et qui soit éternellement libre et intelligent. Nous ne voulons point placer un abîme entre Dieu et la nature ou l’humanité, de telle sorte que l’une et l’autre soient à jamais soustraites à ses divines influences. Nous reconnaissons, au contraire, qu’il y a entre Dieu et la créature des rapports très -intimes, et que celle-ci a en elle quelque chose de divin. Nous admettons volontiers une
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*orte de panthéisme raisonnable, et qui n’ôte rien ni aux droits de Dieu ni à la dépendance de la créature. Dieu a produit celle-ci par un acte libre de sa volonté. Elle n’est en quelque sorte que la réalisation extérieure de sa pensée et comme un vêtement qui couvre sa gloire. En la créant, il n’a rien perdu ni rien gagné. L’homme, au commencement, et par lui la nature, dont il était autrefois le chef et le représentant, étaient intimement unis à Dieu. Cette union dura jusqu'à ce que le péché, en détachant l'homme de son Créateur, lui eût fait perdre en même temps la puissance qu’il avait reçue sur la nature. Mais Dieu , pour réparer son œuvre altérée par le péché, se rapprocha de nouveau de la créature dans l'incarnation.
Et il nous est bien permis de reconnaître ici une sorte de panthéisme, bien différent de celui de l’antiquité ou de l’école moderne, puisque nous reconnaissons dans la personne de Jésus-Chrit une union personnelle entre Dieu et la nature humaine, une union qui, sans confondre les deux autres, les lie cependant par les liens les plus intimes qui se puissent ceccevoir. Ce panthéisme personnel , si je puis m’exprœcr ainsi, consiste en ce que, la divinité s’étant DEie à l’humanité dans la personne de Jésus -Christ, celui-ci est devenu le centre de l’histoire. Celte union intime une fois accomplie dans le centre, se commuffiçne par une effusion continuelle à tous les points de ia circonférence ; et ce qui s’est produit une fois dans b fie de Jésus-Ch rirt se reproduit et se développe sans cgS3e ]a vie de l’humanité. Nous ne voulons pas ère par là que la naissance, la glorification, la résurrec-
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lion de Jésus-Christ ne s’accomplissent que dans la suite des siècles , de telle sorte que sa naissance indique simplement le commencement de l’histoire, que sa glorification coïncide avec l’époque de la prétendue réforme , et que sa résurrection soit réservée à la fin des temps. Nous ne prétendons pas davantage que le christianisme doive être partagé entrois Églises successives, marquées chacune par la prédominance de l’esprit et de la doctrine d’un apôtre particulier : nous ne reconnaissons point une Église de Pierre, puis une autre de Paul, puis enfin une troisième de Jean. Ce que nous prétendons c’est que l’histoire n’est qu’une révélation continuelle du Verbe, c’est que la vie du Rédempteur, telle qu’elle nous est racontées par les évangélistes , se reproduit et se reflète continuellement dans l’humanité , ou plutôt dans l’Église.
Tous les personnages qui ont joué un rôle plus ou moins important dans la vie de Notre -Seigneur Jésus- Christ sont à la fois des types qui se reproduisent continuellement dans la vie de l’humanité, ou dans l’histoire, dont le christianisme est le lien, le centre et l’unité. La vie du Sauveur doit se reproduire aussi dans celle de chaque chrétien en particulier, de même que l’histoire du peuple de Dieu est pour nous comme une prophétie dont notre propre histoire doit être l’accomplissement. Le Christ pénètre de sa vie et la nature cl le monde des esprits, précisément parce que c’est un personnage historique. Nous ne comprenons pas comment, dans le système des critiques modernes, le Christ historique devrait disparaître devant le Christ mythique; car celui-ci est, au contraire, garanti par
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celui-là, et trouve en lui sa base et son éclaircissement. Dans la vie de Jésus-Christ, selon la belle pensée de Clément d’Alexandrie , s’est accompli par manière de prélude le drame de l’histoire du monde. Le Verbe, qui s’est incarné une fois dans le sein de Marie, doit s’incarner encore tous les jours et dans l’humanité et dans chaque homme en particulier. Chaque jour aussi, la naissance du Yerbe se reproduit dans l’histoire et dans cette renaissance spirituelle qu’opèrent sans cesse les sacrements où il a déposé sa grâce. Chaque jour, les anges se réjouissent, et répètent le cantique qu’ils chantèrent autrefois près de Bethléem, parce que chaque jour Dieu est glorifié par la naissance de son
Fils dans une âme docile aux inspirations de la grâce.
Nous avons vu dans l’histoire se renouveler ce qui avait eu lieu déjà près du berceau du Sauveur. C’est parmi les bergers, c’est-à-dire dans les classes les plus infimes de la société, parmi les pauvres et les hommes simples, que n’avaient point amollis le luxe et la volupté , que le christianisme a fait ses premières recrues. Les rois ne sont venus qu’après, de même que les mages n’étaient venus qu’après les bergers à Bethléem. Ce n’est en effet que plusieurs siècles après l’Ascension de Jésus-Christ que la royauté, s’inclinant devant lui, a mis au service de son Église la puissance et la force que Dieu lui avait confiées. Mais à côté de cette royauté chrétienne, docile, dévouée à Dieu et à son Église, dont les mages avaient été le premier type, une autre royauté apparut dans l’histoire: une royauté orgueilleuse, égoïste, défiante, jalouse, tyrannique et absolue dans ses prétentions, dont
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Hérode nous avait offert le type hideux au temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cette royauté, fondée sur l’omnipotence de l’État, et qui ne saurait jamais s’allier avec l’Église, n’a point cessé et ne cessera probablement jamais dans l’histoire.
A peine le Sauveur est -il né que la persécution commence contre lui. Prèires, rois et peuple le poursuivent également de leur haine et de leur fureur. Mais une voix retentit dans le désert, sur les bords du Jourdain, et crie : « Préparez les voies au Seigneur. » Tout cela se renouvelle dans l’histoire de l’Église, de l’homme et de l’humanité. Le Jourdain coule encore sous nos yeux dans le baptême, qui donne chaque jour de nouveaux enfants à l’Eglise. Après le baptême vient la tentation. Le démon, qui ne s’endort jamais, renouvelle continuellement à l’égard de l’Église les propositions par lesquelles il osa tenter le Fils de Dieu lui-même. Chaque jour il essaie de lui persuader qu’elle doit aussi se nourrir et se rassasier des biens de la terre, afin de lui faire oublier les biens célestes qu’elle doit dispenser à l’humanité. Chaque jour, quelque prince temporel animé de son esprit lui promet la gloire, les honneurs et les dignités de ce monde, pourvu qu’elle consente à reconnaître l’omnipotence de l’État et à s’humilier devant lui. De même enfin que le démon, conduisant Notre-Seigneur sur le sommet du temple, voulut lui persuader de se précipiter en bas, ainsi essaie -t- il encore chaque jour de pousser l’Église à abuser de la puissance qui lui a été confiée, et à tenter, pour ainsi, dire le Seigneur.
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Jésus-Christ, après être sorti victorieux de l’épreuve, choisit et réunit autour de lui les apôtres et les disciples qu’il voulait associer à sa mission divine. Et ceux-ci existent encore aujourd’hui dans leurs successeurs; et leurs types divers se sont conservés sous nos yeux avec les nuances qui les distinguent. Nicodème, par exemple, vit toujours au milieu de nous dans la personne de ces hommes timides et pusillanimes qui, voyant la vérité, n’osent la confesser encore, parce qu’ils n’ont pas le courage de briser les liens qui les retiennent. Les quatre évangélistes, avec les symboles qui les distinguent, sont les types des prêtres, héritiers et continuateurs du sacerdoce et de la prédication de Jésus- Christ. L’aigle, symbole de Jean, est le type de ces âmes ardentes et contemplatives, de ces voyants qui, s’élevant jusqu’au ciel dans les ravissements de la prière, en descendent ensuite pour redire à la terre les secrets qu’ils ont appris. Le lion, symbole de Luc, est le type de ces volontés fortes et énergiques, de ces hommes courageux qui
combattent avec une persévérance indomptable les en-
nemis de la foi et de l’Eglise, et s’opposent comme une barrière invincible au torrent de l’hérésie et des mauvaises doctrines. Le bœuf représente ces prêtres patients , laborieux et modestes qui tracent péniblement dans le champ du Seigneur le sillon qui doit recevoir les germes précieux de la grâce. L’homme ailé enfin , symbole de l’apôtre saint Matthieu , représente la réunion de ces trois types et les qualités propres à chacun d’eux.
Jésus-Christ, après avoir choisi ses apôtres, enseigne
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le peuple du haut de la montagne. Le sermon de la
montagne est toujours prêché dans l’Eglise. Toujours une foule attentive et pieuse, réunie autour de Jésus- Christ, représenté par les héritiers de son sacerdoce, écoute en silence la parole du salut. Les mêmes ennemis qui ont poursuivi Notre -Seigneur Jésus -Christ poursuivent encore aujourd’hui son Église. Nous retrouvons dans tous les siècles Hérode et les hérodiens dans ces empereurs, dans ces rois, dans ces princes qui ont fatigué de leurs attaques incessantes cette fiancée du Seigneur, sans pouvoir jamais triompher de sa constance. Nous les retrouvons dans ces politiques, dans ces hommes d’État qui essaient d’en-
chaîner l’Eglise avec des liens d’or ou de soie , sachant trop bien par l’histoire que toute sa force gît dans sa liberté. Nous retrouvons les docteurs de la loi, les pharisiens et les sadducéens dans les hérétiques qui essaient d’altérer par un mélange impur la doctrine de Jésus -Christ, ou dans les hypocrites qui la compromettent par leur vie et par la perfidie, de leurs attaques, et dans ces hommes grossiers et charnels qui, esclaves de la lettre et livrés tout entiers aux choses extérieures, négligent et laissent s’évaporer, pour ainsi dire, l’esprit qui seul peut les vivifier et les rendre utiles. Les miracles de Notre -Seigneur continuent sans interruption dans l’Église par ces thaumaturges, ces personnages pieux, à qui une union intime avec Dieu a communiqué une partie de sa puissance. La pureté incomparable de Celui qui est né d’une vierge par l’opération du Saint-Esprit se reflète dans la virginité ou la chasteté de ces hommes qui mènent
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la vie d’un ange dans un corps de chair, et qui , pour mieux jouir des chastes voluptés du ciel , renoncent à celles de la terre et des sens. L’Eglise a aussi son Thahor, où elle ne cesse jamais d’être glorifiée malgré les humiliations que lui font subir ses ennemis. Ce Thabor, ce sont ces sommets mystiques et délicieux où Dieu élève parfois les âmes privilégiées dans les ravissements de la contemplation et de la prière. Sur ce Thabor, il y a toujours des tentes dressées pour ceux qui se sentent appelés à cette vie plus parfaite, et d’où ils peuvent contempler parfois la gloire du Seigneur.
Mais en descendant du Thabor l’Église rencontre de nouvelles persécutions et de nouveaux affronts. Comme son divin Maître, elle a aussi une passion à subir ; et toutes les circonstances qui ont marqué celle du Sauveur se reproduisent dans la sienne avec une fidélité merveilleuse. Elle a dans son sein des Judas qui la trahissent et la livrent à ses ennemis en l’embrassant. Elle a des prêtres faibles et pusillanimes, qui, comme les disciples de Jésus, l’abandonnent et s’enfuient au moment du danger. Elle a des docteurs de la loi qui la traînent devant Hérode et Pilate , qui la traduisent devant les tribunaux séculiers, et la font comparaître au pied du trône des princes de la terre. Comme son Maître, on l’accuse d’avoir voulu soulever les peuples contre César. Comme à lui, on lui arrache les vêtements de sa gloire, et on expose à la vue du monde entier les blessures et les plaies qu’on lui a faites, pour éloigner d’elle, par le spectacle de ses humiliations, l’esprit et le cœur des peuples. On lui
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met par dérision une couronne d’épines sur la tête un sceptre de roseau à la main et un lambeau d pourpre sur les épaules, pour insulter à sa royaut spirituelle; et on la présente au monde en cet état en disant : « Voilà votre reine. y> On la met en comparaison avec Barabbas, c’est-à-dire avec les sectef qui se sont séparées d’elle; on les lui préfère avec ur orgueilleux dédain. On lui enlève ses plus fermes appuis; et pour l’humilier davantage on veut la forcer à les repousser elle -même, afin d’ajouter, s’il était possible, à ses humiliations la tache indébile d’une monstrueuse ingratitude. On la condamne à porter elle-même la croix à laquelle elle doit être attachée, et à monter ainsi douloureusement le sommet du Golgotha.
N’avons- nous pas vu de nos jours sa robe sans couture mise au sort par des soldats ou des princes victorieux dans ces traités où depuis trois siècles on ne cesse d’amoindrir sa puissance et de lui ôter tous ses droits? N’avons -nous pas vu ses droits et ses biens partagés à l’époque de la réforme, et plus tard encore entre les princes temporels? N’avons -nous pas vu ses temples devenus des magasins, des salles de théâtre, des écuries et même des antres de voleurs et de malfaiteurs? N’est-elle pas depuis trois siècles crucifiée sous nos yeux entre le protestantisme et l’islamisme , comme entre deux voleurs? N’avons-nous pas entendu la foule des incrédules et des impies, applaudissant à ses opprobres, lui crier, comme les Juifs sur le Calvaire : « Si elle est la fille de Dieu , qu’elle descende < de la croix, et qu’elle se sauve elle-même; » tour-
HT
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nant ainsi contre elle l’impuissance où ils l’avaient réduite , et lui reprochant son inaction après lui avoir lié les mains et les pieds? N’avons -nous pas vu les mythiques modernes, semblables aux bourreaux du Calvaire , essayer de rompre les membres du corps mystique de Jésus -Christ en expliquant toute son histoire par des mythes sans réalité? N’avons -nous pas vu les philosophes de nos jours se vanter d’avoir enseveli pour toujours l’Église dans un obscur tombeau, fermé par une pierre que nulle main humaine ne pourrait plus ôter? Mais c’est là que Dieu les attendait. Malgré cette pierre, malgré les gardes placés à la porte de ce sépulcre glorieux, l’Église est sortie triomphante des épreuves auxquelles ils l’avaient soumise. Leurs persécutions et leurs attaques n’ont fait que manifester avec plus d’éclat la vérité de sa doctrine et la divinité de son origine. Et de nos jours encore elle s’est élevée radieuse, comme elle l’avait (ait tant de fois déjà, le front enceint de la brillante auréole de la science et du génie. Tel est ce drame divin qui, après s’ètre accompli sur le Golgotlia, s’accomplit encore continuellement dans l’histoire. Telle est la mythologie historique du christianisme , dont la vie du Sauveur forme le centre et le foyer. Car c’est lui qui donne à l’histoire de la nature et de l’humanité son sens, sa réalité et sa lumière; et sans lui elle ne serait qu’un horrible chaos.
Toute révélation peut être considérée sous trois faces. 11 y a en effet comme une révélation naturelle
que Dieu a écrite lui -même dans le monde qui nous entoure, et que nous pouvons lire à chaque instant. Il t. i. 2
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y a de plus une révélation typique , symbolique et mythologique, que nous trouvons dans les mythes et dans la théologie, des divers peuples, et qui n’est qu’un reflet pâle et presque effacé bien souvent de la révélation primitive faite par Dieu lui-même à l’humanité. Il y a enfin une révélation surnaturelle et prophétique, déposée dans les livres saints dont la Providence a confié à l’Église le dépôt sacré. La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ est comme le point central de ces diverses révélations et de l’histoire universelle. Elle a donc une valeur et une réalité véritables non-seulement pour le point particulier du temps et de l’espace où elle s’est accomplie , mais encore pour tous les temps, pour tous les lieux et pour tous les domaines, pour ceux de l’esprit, de la nature et de l’histoire. En effet, l’histoire de la nature, celle du monde, des esprits, et celle de l’humanité, ne sont au fond que l’histoire de l’Incarnaiion reflétée et développée. L’Incarnation est le fait fondamental sur lequel repose l’édifice entier de l’histoire, qui n’est elle -même dans son cours que le développement et comme l’épanouissement de ce fait divin. Le christianisme possède donc tous les caractères d’une révélation centrale, l’unité, l’universalité, la simplicité et une fécondité telle que dix-huit siècles de méditations et de recherches n’ont pu l’épuiser, et que la science, à mesure qu’elle creuse plus avant dans cet abîme, y découvre de nouvelles profondeurs. Et c’est là ce qui donne au christianisme le cachet de la divinité, et à ses démonstrations celui de la perfection.
Le paganisme antique avait déjà le pressentiment
Digilized
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de ces caractères qui doivent distinguer et faire reconnaître la véritable révélation , et c’est pour cela que ses dieux ou ses héros présentaient dans leur personne la réunion de toutes les forces du monde, et que le mythe, l’histoire et la nature se confondaient dans leur vie. De même que le Christ, pénétrant dans l’histoire, l’a tellement animée de sa propre vie qu’elle n’en est que le reflet et le développement, ainsi la vie de chacun de ces héros qui nous apparaissent comme les libérateurs de leurs peuples n’est que le reflet de l’histoire du Dieu -Homme, sauveur de l'humanité tout entière. Que trouvons-nous, en effet, au commencement de l’histoire de chaque peuple? Un Dieu qui descend du ciel, entre dans une famille royale, et, s’unissant à la fille du roi, produit le fils qui doit ouvrir une nouvelle époque et commencer un nouvel ordre de choses. Ce fils d’un Dieu et d’une fille de la terre devient ainsi le fondateur d’une nouvelle ère et d’une nouvelle histoire; après quoi il subit le même sort et les mêmes persécutions qu’a subies notre divin Sauveur, et quelquefois même il finit comme lui. Si, dans la mythologie des Indiens, Siva Dionichi , la seconde personne de leur trimurti , doit subir le sort le plus cruel et mourir victime de sa mission; si Zagrée Dionysus, auquel Zeus, le Père étemel, a promis un siège près de son trône, est déchiré et mis en morceaux par les Titans; si Mithras, honoré chez les Perses comme le créateur du monde, meurt sous la forme du taureau Abudad, de la main d’Àhriman, c’est que l’antiquité païenne, poussée par un pressentiment infaillible, rattachait
partout la passion et la mort à Tincarnation de Dieu.
Cette idée se présente plus clairement encore à nos yeux dans la lutte mémorable des fils de Japhet contre l’empire chamite fondé par Nemrod et les autres royaumes qui lui étaient alliés. Le héros principal de cette lutte est Héraclès ou Hercule. C’est aussi dans sa personne que les peuples crurent voir l’accomplissement des promesses que Dieu avait faites dès le commencement au genre humain. Et comme il fonda partout de nouveaux royaumes qui prirent un développement considérable, ils crurent reconnaître en lui tous les caractères du rédempteur promis au monde. Mais il n’était au fond qu’une sorte de précurseur qui préludait aux combats de celui qui devait un jour fouler aux pieds le serpent. Dès les premiers temps du monde , les enfants des hommes se révoltèrent contre les enfants de Dieu; et parmi ceux-ci une famille seule, échappant à la colère divine, fut conservée pour peupler la terre. Puis bientôt après le déluge commença de nouveau le partage et la lutte entre le bien et le mal, jusqu’à ce qu’enfin le premier l’emporta sur le second. Or chaque peuple, pénétré de ces souvenirs et des idées qui devaient en résulter, concentrait, pour ainsi dire, dans le héros qui représentait son histoire les destinées qu’avait subies l’humanité tout entière. Les hommes savaient que le mal était entré dans le monde par un serpent, et qu’il avait trouvé plus tard dans les descendants de Gham des partisans déclarés. Ils savaient que l’ancien dragon devait être vaincu un jour, et qu’un Dieu lui -même, né d’une femme , devait écraser sa tête. Aussi trou-
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vons-nous chez tous les peuples de l'antiquité le reflet de cette tradition divine dans un mythe particulier, dont les nuances varient selon les caractères des peuples divers où il se produit, mais dont le fond est toujours le même. Apollon combat contre Pithon, Horus contre Typhon , dont le nom lui-même signifie serpent : Ormuzd contre Ahriman le grand serpent, qui présente à la femme le fruit dont la jouissance la rendit criminelle envers Dieu. Chrishna combat contre le dragon Caliya-Naga, et lui brise la tète. Thor chez les Germains, Odin chez les peuples du Nord est vainqueur du grand serpent qui entoure la terre comme d’une ceinture. Chez les Thibétains, c’est Durga qui lutte contre le serpent. Ce symbole se prolonge jusque dans les temps chrétiens dans la personne de saint George , dont la légende semble avoir remplacé celle de Siegfried parmi les populations allemandes.
Tous ces traits épars dans les mythoiogies des différents peuples, le paganisme, qui se composait uniquement de mythes et de symboles , les a réunis dans Héraclès , qui déjà, dès le berceau, étouffait un serpent, et qui plus tard, au commencement de sa carrière héroïque , tue le serpent Néméis. Après ce premier exploit, il entreprend cette lutte mémorable contre la race maudite et cruelle des fils de Cham , dont la domination marque la seconde époque de l’histoire. Et le souvenir de ces combats était symbolisé chaque année, au printemps et à l’automne, par des solennités qu’on appelait fêles de la mort du serpent, ou fêtes de la destruction du mal , et qui sont
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encore en usage chez plusieurs peuples de l’Orient. Dans l’Héraclès historique s’est concentré encore tout ce que la mythologie raconte de Zeus. D’après la légende des peuples pélasgiens , Zeus naît sur le mont Lykaïos ou le mont du Loup ; en Crête, c’est le mont Ida. Il est le fils de Chronos et de Rhéa. Sa mère, pour le soustraire à la cruauté de son mari, le confie à la garde des Corybantes, qui le cachent dans une caverne, atin que son père ne puisse le dévorer, comme il avait fait pour ses autres enfants. Ils dansent autour du jeune dieu avec une musique bruyante, en agitant et en frappant leur armure, de peur qu’on n’entende ses cris ; ce qui veut dire que son culte fut d’abord célébré en secret dans des grottes souterraines, et que ses prêtres le propagèrent par la force des armes. Adrastée, la nymphe des eaux, nourrit le jeune dieu. D’après un autre mythe, il est nourri par des abeilles : ce qui signifie que les prêtresses du nouveau dieu s’appelaient Mélisses : ou bien c’est un aigle qui lui apporte du ciel l’ambroisie. Ailleurs, c’est une chèvre qui le nourrit de son lait. Et c’est pour cela qu’Adrastée , la chèvre et l’aigle sont placés à côté de Persée, comme signes célestes au firmament. Zeus, devenu grand, trouve son père luttant contre les Titans : il le rétablit dans son pouvoir; mais il éveille par là sa jalousie , et se voit forcé de lui déclarer la guerre. Il a recours à la ruse, et le contraint ainsi à rendre les enfants de Rhéa, qu’il avait dévorés : puis, s’associant à ces derniers, il descend au Tartare, et délivre les Cyclopes. Ceux-ci, par reconnaissance, lui forgent la foudre, et c’est alors que
IîfTRODUCTIOJi .
commence la guerre de trente ans contre Chronos et tes Titans, ses alliés, au bout de laquelle Chronos est précipité dans le Tartare. Cette lutte s’étend sur toute la terre. Les Chaldéens la placent à Babylone, d’autres sur le Caucase. D’autres font venir Chronos en Italie ; et les mythes ibériens placent près de Tartessus ou de Cadix le lieu où Chronos fut vaincu. Tout cela signifie que l’ancien culte de Chronos fut détruit par toute la terre. Ainsi ce mythe a un fondement historique, et se rattache à la victoire des fils de Japhet sur la race de Cham. L’on sait en effet que Noé avait promis aux premiers qu’ils s’étendraient par toute la terre, soumettraient Chanaan, et habiteraient même dans les tentes de Sem. Et cette prophétie s’accomplit lorsque les descendants de Japhet fondèrent les grandes monarchies de la prophétie de Daniel, et, réunissant tous les peuples du monde sous un seul empire, préparèrent ainsi avec l’épée l’œuvre de la rédemption.
Chez les Indiens, les principaux traits de l’histoire du Sauveur se reflètent dans la vie de Chrishna, qui n’est qu’une incarnation de Vischnu. C’est lui qui, semblable à Apollon, conduit et dirige au firmament la marche des étoiles; et, comme Apollon aussi, il naît parmi de pauvres bergers, quoique fils du roi Vassudeva et de Devaki. Il doit avoir vécu environ 1372 ans avant Jésus- Christ. Il trahit bientôt par des faits merveilleux sa divinité. Dès son berceau il est poursuivi par un tyran, son oncle maternel, appelé Kansas, qui, pour se défaire de ce dominateur futur, dont on lui a prédit de si grandes choses, ordonne d’égorger tous les enfants mâles. Mais le fils de la
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promesse échappe à la fureur du tyran, grâce à Vassudeva, qui traverse le lleuve en le portant sur ses épaules. Crishna, parvenu à l’âge de la jeunesse, tue sur les rives de l’Yamuna le terrible serpent Caliya- Naga, dont le souffle empestait l’air. Et ce fait est représenté au firmament dans la constellation du Serpentaire. Après avoir été le bienfaiteur de rhumanité par ses actions héroïques et merveilleuses , il descend dans les régions inférieures, force les portes de l’enfer, et introduit dans le royaume de la lumière et de la vie les morts endormis. Enfin il est blessé d’une flèche au talon, comme Achille, par le serpent dont il doit écraser la tète.
Salivahana est encore, chez les Indiens, un type du Sauveur.Vicramaditija, le puissant empereur du Pendschab, a reçu la promesse de garder le trône pendant mille ans , au bout desquels un enfant divin né d’une vierge doit lui ôter à la fois et le trône et la vie. Il trouve le moyen d’allonger de mille ans encore l’espace de temps que lui a promis la déesse Cali. Mais l’époque fatale approchant, il envoie des messagers s’enquérir * du lieu où était né l’enfant merveilleux ; puis il marche contre lui à la tète d’une grande armée; mais il est vaincu et tué par le jeune dieu, âgé de cinq ans. Dans la légende de Salivahana on reconnaît évidemment le mélange de certains éléments juifs, chrétiens et mahométans qui y ont été ajoutés plus tard, par suite des relations plus ou moins intimes que le temps et les conquêtes amenèrent entre les Indiens et les* autres « peuples. Ainsi cette légende nous rapporte que Salivahana, parvenu à la force de l’âge, se retira dans la
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solitude pour y vivre tout à Dieu. Yama, la mort, ne trouvant en lui aucune souillure, ne pouvait avoir prise sur sa personne. Pour triompher de lui , elle cherche en vain à le séduire par le moyen de Maya ou de l’illusion. On reconnaît ici la tentation dans le désert. Mais le dieu , dans son enfance, a percé avec une herbe pointue un insecte innocent, et cela suffit pour l’assujettir à la loi de la mort. Cependant son corps ne connaîtra point la corruption. Il est crucifié entre des voleurs, et c’est alors qu’il est vraiment Salivahana ; car ce nom signifie porté par la croix . Le crucifié néanmoins n’ouvre pas la bouche, semblable à un agneau conduit à la boucherie. C’est en ces termes que s’expriment les Puranas. D’épaisses ténèbres couvrent la terre à sa mort. Déposé de la croix, il descend aux enfers, triomphe de la mort et renouvelle le monde. C’est cette ressemblance de Chrisna et de Salivahana avec notre divin Sauveur qui faisait croire aux Indiens que les chrétiens avaient composé la vie de Jésus-Christ d’après celle de ces deux personnages , dont ils plaçaient la naissance mille ans avant celle de Notre-Seigneur; et cette opinion est un des plus grands obstacles que les missionnaires chrétiens aient rencontrés dans l’œuvre de leur conversion.
U en est ainsi de Buddha, qui estàlafoisetleFohides Chinois et le Somonocodam des Siamois. Il naquit il y a plus de trois mille ans, du côté droit d’une vierge, fille de roi, la céleste Maya, qui ne perdit point sa virginité en le mettant au monde. Le roi du pays, inquiet de sa naissance, fait mourir tous les entants qui étaient nés en mèmetempsque lui. Mais Buddha, sauvé par les
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bergers, vécut comme eux dans le désert jusqu’à l’âge de trente ans. C’est alors qu’il commença sa mission , enseignant les hommes, et les délivrant des esprits mauvais. Il vécut ainsi jusqu’à l’âge de trente -trois ans, faisant des miracles, jeûnant et se livrant aux exercices de la pénitence. Puis il monta au ciel, laissant à ses disciples un livre qui contenait sa doctrine. Nous voyons par là que le buddhisme, tel qu’il existe aujourd’hui dans le Thibet, a été considérablement modifié par les idées chrétiennes, comme l’a remarqué déjà Abel Rémusat. Mais cette modification aurait été impossible si le mythe de Buddha ou de Fô, que les Chinois confondent toujours avec Jésus-Christ, n’avait offert, dès le commencement, des traits nombreux de ressemblance avec l’histoire de Noire-Seigneur.
Si nous consultons les légendes des Hébreux, nous voyons qu’à leurs yeux Abraham et Moïse étaient déjà des types manifestes du Sauveur qui avait été promis au monde. Les rabbins prétendent qu’une étoile précéda la naissance d’Abraham; que les sages de Nemrod lui conseillèrent de faire mourir le fils de Thara, dont cette étoile leur avait appris la naissance ; qu’ Abraham devait être immolé à Moloch, mais que, sauvé miraculeusement, il détruisit les idoles dans la maison de son père. Cependant, vaincu par leurs adorateurs, il fut obligé de quitter son pays. Il devint ainsi le père d’un nouveau peuple et le premier adorateur du vrai Dieu. Pour Moïse, voici ce que nous raconte l’historien Josèphe, dont le récit est presque tout entier puisé dans la Bible (Antiq., 11,9,2): « Lorsque le temps « pendant lequel le peuple Juif devait servir en Égypte
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c touchait à sa fin, un homme parut devant le trône c de Pharaon, et lui annonça que de ce peuple naîtrait c un enfant qui humilierait les Égyptiens et exalterait « Israël, et dont le nom serait immortel. Le roi effrayé « donna l’ordre de noyer dans le Nil tous les enfants « hébreux. Moïse, exposé sur le fleuve dans une cor-
< heille d’osier, est sauvé par la fille du roi et élevé à f sa cour. Dès son enfance il se montre supérieur à ses
* maîtres, et dès l’âge de douze ans il quitte la maison c de son père. Il grandit parmi les bergers jusqu’à ce « que, devenu homme, il reçoive sa mission par le feu c du ciel. Il commence dès lors sa carrière héroïque, c et l’accomplit dans les dix signes ou plaies qu’il atc tire sur l’Égypte : il opère ainsi la délivrance de son
< peuple. Le roi d’Égypte et son armée périssent enc gloutis dans la mer Rouge. Moïse conduit les Hé-
* breux jusqu’aux confins de la terre de Chanaan , où
< l'ancien dragon adoré par les fils de Gham doit être c vaincu par le Fils de Dieu ou par le peuple de la c promesse, d Ainsi Moïse et Abraham étaient, comme Noé, des types précurseurs du Christ.
Nous retrouvons encore ce type chez les Perses dans leur Féridun. Ariman règne sur le pays d’Iran, représenté par Zohac, sur les épaules de qui sont nés deux serpents qui doivent être nourris chaque jour avec les cervelles de deux hommes. Ces deux serpents sont le fruit de l’union de Zohac avec le mal. Ce mythe représente l'époque horrible du culte de Chronosou de Baal. Mais les hommes chargés de chercher les victimes trouvent le moyen de présenter aux deux serpents une cervelle de chèvre avec une cervelle d’homme. Le
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nombre des hommes arrachés ainsi à la mort forme plus tard la tribu des Kurdes. Zohac, effrayé par un songe dans lequel un jeune guerrier lui apparut glorieux au milieu de deux autres, consulteles sages de son pays. Ceux-ci déclarent unanimement qu’une nouvelle étoile doit paraître dans Féridun, qui sera le sauveur de son peuple. Mais ils n’osent annoncer à Zohac cette fatale nouvelle. L’un d’eux cependant, plus courageux que les autres, lui apprend que Féridun est déjà né, et qu’il va fonder un nouvel empire. c( Il porte, lui dit-il, « une massue pour t’écraser. Il te traînera captif. » Le tyran tombe comme foudroyé à cette nouvelle : le mage s’enfuit et s'attache à Féridun. Zohac fait chercher partout l’enfant nouveau- né. La mère de celui-ci l’emporte et le cache sur une montagne au nord. Féridun en descend à l’âge de quinze ans. Zohac, pour conjurer l’orage qui le menace et calmer la fureur de son peuple irrité contre lui , cherche à le gagner par une conduite plus humaine. Caveh paraît et élève la voix : « Hommes d’Iran, s’écrie-t-iî, qui est plus mé- « chant que Zohac? Vous êtes ses compagnons; vous « avez détourné vos regards de vos maîtres , pour les ce tourner vers l’enfer. Je ne veux point me souiller « avec les méchants; je rendrai témoignage contre « Zohac. » Il soulève les habitants du pays, et les exhorte, comme Jean dans le désert, à se corriger de leurs vices. Caveh doit accompagner Féridun dans son expédition contre Zohac, et lui forger la massue dont il écrasera le tyran. Celui-ci succombe dans la lutte : il est lié sur un chameau avec des cordes; puis, comme un autre Prométhée, il est enchaîné sur le mont De-
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mawend, près de la mer Caspienne. Et encore aujourd’hui les habitants du pays croient que Zohac y est toujours enchaîné, et que, comme Typhon, il soulève de temps en temps des tempêtes ou des feux volcaniques en voulant se remuer.
Ce mythe nous représente la destruction du royaume chamite des Kuschites sur l’Euphrate, par les peuples des montagnes descendant de Japhet. Féridun est l’Hercule chaldéen qui apparaît dans la Syrie comme vengeur et protecteur de la race de Sem, chassée du pays par les vainqueurs, et qui fonde un nouvel empire. Quoiqu’il ne soit que le précurseur du sauveur promis depuis longtemps, les peuples, entraînés par la reconnaissance, saluent en lui le Messie; de sorte que son histoire en est comme le reflet anticipé. C’est fepoque de Saturne qui a fourni la matière de cette légende ; mais la forme , travaillée par le grand poète persan Ferdussi, semble empruntée au christianisme. Le mythe héroïque de Féridun se répète plus tard dans l’histoire de Cyrus. Astyage règne en Médie; il n’a qu’une fille, nommée Mendane. Il voit dans un songe sortir d’elle un fleuve qui remplit toute l’Asie. Effrayé, il enferme sa fille, et consulte les mages, qui lui déclarent qu’il naîtra d’elle un fils qui lui ôtera l’empire. Le roi, pour échapper à son sort, marie sa fille à Cambyse, qui, quoique issu d’une noble famille de la tribu soumise des Perses, n’appartenait pas même à la classe moyenne dans le royaume des Mèdes. Mendane met au monde, sur le mont Kelun, Cyrus ou Coresch, dont le nom signifie soleil. Le tyran livre son petit-fils à Harpag, pour qu’il le fasse mourir. Celui-ci, n’osant
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ni obéir au roi dans la crainte de sa fille, ni lui désobéir de peur d'être châtié par lui , donne l’enfant à Mitradate, son bouvier, pour l’exposer aux bêtes sauvages dans les montagnes de la Médie. Mais Sbaco, la femme du bouvier, accouche sur ces entrefaites d’un enfant mort, et élève à sa place le jeune Gyrus. On arrache le cœur du fils de Sbaco, et on le porte au roi, en le lui présentant comme celui de Cyrus. Celui-ci grandit dans le désert jusqu’à Page de douze ans, jouant avec les enfants du pays, et se distinguant entre eux par la supériorité de son intelligence et la fermeté de* son caractère. Puis, après bien des vicissitudes, il marche à la tête des Perses contre Astyage, et substitue à l’empire des Mèdes celui des Perses.
Nous retrouvons encore les traits du Messie chez les deux peuples classiques de l’antiquité, les Grecs et les Romains, dans Persée et Romulus. Acrisios règne à Argos, la ville des Pélasges. N’ayant qu’une fille, Danaé, il consulte l’oracle pour savoir s’il aura un fils. On lui répond que non, mais que par Danaé il aura un petit-fils qui lui ôtera la vie. Il enferme donc Danaé dans une tour d’airain. Mais Zeus descend près d’elle sous la forme d’une pluie d’or, et elle met au monde Persée. Le roi expose aux ilôts de la mer, dans une boîte, la mère et l’enfant. Mais les vagues portent le précieux dépôt vers Pile Sériphos, où Persée est élevé à la cour du roi Polydecte. Devenu grand, il brûle du désir de se distinguer par quelques exploits. Le roi l’envoie contre les Gorgones, dans l’intention de se défaire de lui. Il coupe la tête de Méduse, la plus ancienne des trois Gorgones, qui pétrifiait tous ceux qui la regar-
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daient. Persée passe dans l’Assyrie, délivre Andromède, fille de Céphée, et a d’elle un fils nommé Perses, qui donne son nom aux Perses , représentant du nouveau principe et du pouvoir des fils de Japhet. Puis il retourne à Argos pour combattre Acrisios, qui représente l’ancien principe et le culte horrible de Chronos. Il monte sur le trône , et , après avoir gouverné son royaume en paix , il meurt glorieusement , obtient les honneurs de l’apothéose et est admis au ciel parmi les constellations.
En Italie, Rhéa Sylvia, fille de Numitor, qui a été renversé du trône par Amulius, son frère, est contrainte par celui-ci de se faire vestale. Mais le dieu Mars s’unit à elle, et elle met au monde deux enfants sur lesquels repose l’espoir d’une nouvelle race. Le tyran ordonne de les exposer sur le Tibre; mais les vagues portent sur le rivage, près d’un figuier, la corbeille qui les contient. Là ils sont nourris d’abord par une louve , puis trouvés et sauvés par un berger nommé Faustulus, qui les fait élever avec ses douze fils par Lupa, sa femme. Le mystère de leur naissance se découvre plus tard. Rémus est pris par Amulius, et renfermé dans une prison. Mais Romulus, à la tète de quelques guerriers résolus, le délivre,, renverse du trône l’usurpateur, et met un terme à l’empire de ce peuple mélangé de Latins et de Pélasges qui s’était établi dans l’Ilalie. Romulus fonde la capitale du nouvel empire du monde, qui doit en être comme la Jérusalem terrestre. La lutte entre le bon principe et le mauvais dure encore quelque temps. Rémus périt de la main de Romulus; et celui-ci, après un règne
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long et glorieux, est enlevé dans le ciel par son père.
Ce mythe héroïque semble avoir passé dans le sang et la vie des peuples, et nous le retrouvons en partie, longtemps encore après le christianisme, dans la légende helvétique de Guillaume Tell, comme dans la légende danoise de Toke. Ces deux héros sont, l’un et l'autre, le Brutus germanique. Gessler est le fléau de l’Helvétie. Il place un chapeau sur une lance, comme signe de sa domination , devant lequel chacun doit s’incliner. Le peuple murmure, irrité par cette exigence, qu’il regarde comme une insulte. Trois hommes se réunissent au milieu de la nuit dans une vallée solitaire, et jurent de renverser le tyran , et de reconquérir la liberté de leur pays. Autour de chacun de ces trois hommes se réunissent douze guerriers résolus. Parmi eux se trouve Tell, habile à manier l’arc. Gessler est instruit du pacte qu’ils viennent de former; il mande Tell auprès de lui, et veut le contraindre à percer lui-même le cœur de son fils. Mais le Ciel préserve celui-ci. Tell, animé par la vengeance, soulève le pays tout entier, qui salue en lui son sauveur. Il tue de sa main le tyran, et rend à son pays la liberté.
Nous avons parcouru toute la terre, et nous avons trouvé dans chaque peuple le type plus ou moins altéré du Messie. Chaque peuple, profondément pénétré des prophéties qui annonçaient au monde un sauveur, les a réunies et concentrées dans l’histoire de ses chefs ou de ses principaux personnages. Ceux-ci , en effet, lui apparaissaient comme des libérateurs qui accomplissaient dans l’ordre temporel ce que le Mes-
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sie devait opérer plus tard dans l’ordre spirituel , et qui préparaient ainsi, par la fondation des grands empires, cette unité divine qui devait un jour unir dans une même foi et sous une même autorité tous les peuples de la terre. Partout nous retrouvons les traits principaux de la vie du Sauveur, l’annonciation, sa naissance d’une vierge et dans une grotte, la persécution d’Hérode, le massacre des innocents, la fuite en Égypte, les douze apôtres, la tentation, l’établissement des mystères de la nouvelle alliance, la mort, la descente aux enfers, la délivrance des âmes qui y étaient détenues, la résurrection, la propagation du nouveau royaume et l’ascension de son fondateur. Si les Évangiles n’étaient qu’un reflet et une copie de l’histoire des dieux de l’antiquité, comme Niebuhr l’a prétendu dans la légende de Romulus et de Rémus; si au fond de tous ces mythes il n’y avait aucune vérité ; s’ils étaient uniquement le fruit de l’imagination des peuples, embelli des couleurs de la poésie, comment serait -il possible d’expliquer cet accord entre toutes les nations de l’univers. Si l’humanité tout entière n’avait été intimement persuadée que le Rédempteur devait apparaître réellement un jour sous ces traits, où les aurait-elle pris? Et la réalité historique qui a servi de base à tous ces mythes, où la trouvons-nous, si ce n’est dans la personne de Jésus-Christ, qui a changé la face du monde? Si l’univers entier, après s’être trompé ainsi pendant quatre mille ans dans ses espérances, se trompe encore depuis près de deux mille ans dans ses souvenirs et dans sa foi , qu’y a-t-il de vrai et de certain pour l’esprit humain?
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Nous pouvons éclaircir ce fait par un exemple analogue. Lorsque nous considérons, particulièrement en AJlemagne, les cathédrales gothiques du moyen âge, nous trouvons que la plupart de ces édifices merveilleux sont inachevés. Pourquoi? Personne ne le sait. Mais partout le peuple se raconte que l’architecte avait fait un pacte avec le diable, afin de pouvoir donner au monument qu’il voulait construire des proportions que la puissance humaine toute seule ne pouvait atteindre. Puis lorsque l’édifice était arrivé à une certaine hauteur, l’architecte, saisi d’horreur et poursuivi par le remords, s’était précipité du haut de la tour, ou bien avait disparu pour toujours, sans que personne pût terminer son œuvre après lui. Ces légendes ne sont que l’écho lointain et comme un souvenir à demi effacé du fait que nous raconte la Genèse relativement à la tour de Babel. Là aussi les hommes voulurent, défiant pour ainsi dire la divinité, élever jusqu’au ciel cet édifice impie; mais l’esprit du Seigneur dissipa leurs desseins en répandant parmi eux le désordre et la confusion.
Ces mythes de l’antiquité sont comme une prophétie obscure et altérée bien souvent, il est vrai, de cet événement que le monde entier attendait avec anxiété, et que les prophètes du peuple élu de Dieu ont prédit avec tant de clarté et de précision. Après avoir essayé d’expliquer naturellement ces oracles divins, les savants modernes, frappés de la ressemblance parfaite qui existe entre eux et la vie de Jésus -Christ, ont prétendu que celle-ci avait été composée après coup, sur les prophéties de l’Ancien Testament; de sorte que
les Évangiles ne seraient qu’un poëme ou une légende Élite, ou plutôt copiée d’après les oracles de la Bible, et attribuée à un rabbin juif nommé Jésus -Christ, parce que celui-ci aurait eu le courage de se présenter au monde comme le véritable Messie. Mais en dehors des prophéties que renferme la Bible, la nature a aussi les siennes, comme nous l’avons remarqué plus haut, qui ne sont ni moins nombreuses ni moins frappantes que les premières. La mythologie, où nous trouvons encore les débris épars de la révélation primitive, contient aussi des prophéties dont le sens ne peut rester caché aux esprits sérieux et attentifs. Enfin l’histoire de l’humanité, considérée soit dans son ensemble, soit dans ses principaux personnages, n’est elle-même qu’une prophétie continuelle de l’apparition, des destinées et de la vie tout
entière de C^lui qui avait été promis au monde. Elle est une confirmation vivante de la vérité des Évangiles. Bien plus, l’histoire de la personne du Sauveur forme d’une manière symbolique le fondement de Thistoire et de la poésie de tous les peuples, comme elle renferme d’un autre côté dans un sens allégorique les rapports mômes de la nature, qui ne sont, au fond, que son expression concrète et matérielle.
Telles sont les trois régions qui s’ouvrent à la théologie chrétienne, comme un champ immense et presque inexploré jusqu’ici. C’est alors que la nature, qui a été si souvent pour la science un objet de scandale et une occasion d’idolâtrie, racontera dans un langage clair et intelligible les louanges de son auteur. Alors aussi la mythologie, que l’on a considérée jusqu’ici
comme un tissu de fables et de mensonges, découvrant les mystères qu’elle renferme, laissera apercevoir sous ses voiles et ses symboles les vérités fondamentales du christianisme. Alors enfin l’histoire, qui n’a été jusqu’ici que la servante complaisante des passions humaines, justifiera la divine Providence, dont la main la conduit, et ne pourra plus nous cacher le fil divin qui soutient son admirable tissu.
Les mythiques et les rationalistes rejettent le contenu historique des Évangiles, 4° parce que, disentils, à part les quatre Évangiles, un passage apocryphe de Flavius Josèphe et une simple indication de Tacite, l’histoire garde le plus profond silence sur l’apparition de Jésus-Christ, de sorte qu’on ne sait ni quand il est né ni quand il est mort ; 2° parce que les récits des divers évangélistes se contredisent entre eux ; 3° parce qu’il répugne à la raison que Dieu, le créateur de tous les mondes, soit descendu précisément sur notre pauvre petite planète pour y être crucifié par les hommes. Ils prétendent ainsi que Jésus- Christ peut être regardé tout au plus comme un sage juif, et que tout le reste n’est qu’une pure fable. Telle est la doctrine admise généralement aujourd’hui par les protestants, et publiquement enseignée par leurs plus illustres théologiens ; et c’est contre elle qu’est dirigé cet ouvrage.
Dans la première partie , nous constaterons l’année de la naissance et de la mort de notre divin Sauveur, et nous prouverons qu’il est né sept ans avant l’époque admise par la chronologie ordinaire, et que c’est à cette erreur chronologique que l’on doit attribuer principa-
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lement le désaccord qui existe parfois entre l’histoire
du Nouveau Testament et l’histoire profane.
Dans la seconde partie, nous faisons ressortir l’har-
monie des quatre Evangiles , et le lien mystérieux qui unit leur tissu avec celui des événements contemporains, en complétant le récit des auteurs sacrés par les traditions et les écrits des rabbins. Puisse Celui qui est la source de tout bien bénir ce travail, fruit de recherches longues et patientes! Puisse-t-il porter la conviction dans les hommes de bonne volonté et dont le cœur n’est point encore fermé à la vérité par un aveuglement volontaire !
LA VIE