LE RECENSEMENT
sous le règne de David, et il resta tel sous les rois ses successeurs. Il se conserva même après la captivité de Babv-
lone. Les races et les familles qui revinrent de cette ville
furent enregistrées dans les livres d’Esdras et de Néhémie, et formèrent de nouvelles souches généalogiques. C’est pour cela que nous retrouvons, après la captivité, non-seulement des Juifs et des Lévites, ou des Benjamites, comme l'apôtre saint Paul , mais encore des Asérites , comme la prophétesse Anne, et que nous voyons reparaître les limites des anciennes tribus, Zabulon, Nephlhali, etc. Bien plus, le retour des Juifs de Babvlone continua par groupes jusqu’aux derniers tempsde l’existence de ce peuple, comme nous le voyons par l’exemple de Hillel etd’Analet. (Josèphe, Antiq. 15, 3, 1.) Il est vrai que ceux qui restèrent dans l’exil perdirent avec le temps le souvenir de leur généalogie, d’autant plus qu’ils pouvaient se marier non -seulement avec les personnes d’une autre tribu, mais encore avec des païens. Toutefois il n’en fut pas ainsi pour ceux qui revinrent en Palestine : et à l’époque où naquit Jésus- Christ, l’ancienne constitution du peuple juif par tribus était si vivante encore, qu’elle servait de base à leurs espérances théocratiques. Et même le Talmud , dans l’exposé général du droit judaïque, a encore égard au partage primitif en douze tribus, ce qui était d’une souveraine importance, puisque le droit de succession était fondé chez les Juifs sur l’origine.
La classification du peuple par tribus et familles formait donc la base de l’État judaïque : et c’est pour cela que dans les recensements chacun devait se faire inscrire au lieu de son origine. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, il ne s’agissait pas seulement ici d’un dénombrement du
peuple : les Juifs devaient encore prêter serment et hommage à Hérode sous les auspices de l’empereur Auguste ,
et Bethléhem était un des lieux oii cette prestation d’hommage devait avoir lieu. C’est pour cela qu'Hérode convoqua a Bethléhem les descendants qui restaient encore de la maison royale de David. Et l’on soupçonne avec raison ce tyran d’avoir dès lors, comme un nouveau Pharaon, conçu le plan de se défaire des derniers rejetons de cette race illustre, et de les avoir réunis en un même lieu pour anéantir d’un seul coup les espérances que les Juifs fondaient sur un roi qui devait bientôt surgir de la tribu de Bethléhem. Car il avait déjà détruit les derniers rejetons de la famille des Machabées, et fait périr ses propres fils, parce qu’ils avaient convoité son trône et pleuré la mort de Marianne, leur mère. Il est vrai que les femmes n’étaient point obligées chez les Juifs de se faire inscrire; et, sous ce rapport, le voyage de Marie à Bethléhem semble avoir été inutile : mais le recensement chez les Romains comprenaitaussi les femmes, comme nous l’apprend Denys d’Halicar nasse. (A ntiq. rom., i, 15.) Bien plus, on exigea dans les provinces la présence des femmes, des enfants et des filles, comme l’atteste Lactance (de Morte pevtecut chap. 23).