CHAPITRE VI
La Naissance de. Jésus - Christ.
Joseph et Marie vinrent donc à Bethléhem, ville de David, appelée Éphrata, c'est-à-dire féconde, à cause de
sa position dans une des contrées les plus fertiles, et pour Ja distinguer d’une autre ville d’Israël portant le même nom. Cette ville, déjà très-peuplée par elle-même, regorgeait d'étrangers à cette époque; de sorte que Joseph et Marie, à cause de leur pauvreté, ne pouvant trouver de place dans les hôtelleries, furent obligés de s’établir du mieux qu’ils purent. « C’est ainsi qu’il vint dans sa pro- * priété, et que les siens ne le reçurent point. » Ils durent donc sortir de l’enceinte de Bethiéhem. Jéroboam avait entouré ce lieu de murs, et en avait fait une ville. A l’entrée de celle-ci, et sous un palmier, se trouvait le tom- :>eau de Rachel, à l’endroit où elle était morte, après avoir enfanté le fils de ses douleurs. Tout près de là était le puits d’où les trois héros de David avaient puisé de l’eau pour leur maître; et plus loin étaient éparses çà et là quelques huttes de bergers. Cependant Joseph et Marie je dirigèrent du côté d’Hébron, cherchant un toit pour s’abriter.
David, fils d’isaï, étant monté sur le trône, s’était construit une forteresse à Bethiéhem, qui avait été son berceau, où il avait mené paître les troupeaux de son père et où Samuel l’avait ensuite sacré roi. Cette forteresse était encore connue sous le nom de Biralharba par les populations voisines, plusieurs siècles plus tard, lorsque déjà le temps avait changé tous ces lieux. Tombée en ruines après l’émigration des Juifs, elle parait avoir servi longtemps encore d’abri aux voyageurs, pour eux et pour leurs bêtes de somme, comme une espèce de caravansérail. Les bergers s’y réfugiaient avec leurs troupeaux, cherchant «n refuge sous ses arcs et ses voûtes, contre la chaleur, les vents et la pluie, et un lieu de repos pour la nuit. Le
sol de la Palestine est composé en grande partie de terre calcaire, et par conséquent plein de grottes souterraines. Un grand nombre d’habitations avaient été construites dans ces grottes; et David pouvait déjà de son temps y conduire ses troupeaux, et y chanter le psaume du Bon pasteur, comme il chanta plus lard d’autres psaumes dans la grotte d’Adolam. Ainsi la tour de David, que ce grand roi faisait graver sur ses monnaies, était devenue l’abri des troupeaux de la tille de Sion pendant la nuit.
C’est là, dans l’ancien palais du roi, que, d’après une tradition rapportée par les livres juifs, le Messie naquit, dans le temps meme où le temple fut détruit. Car, même après leur dispersion , les Juifs étaient convaincus que le Messie viendrait de Bethléhem, et nous aurons plus d’une fois occasion de constater ce fait. C’est donc là que Joseph et Marie cherchèrent un abri. Ils avaient probablement essayé de gagner Hébron avec leurs bêtes de somme, pour y séjourner dans leur famille ; mais le temps de Marie était arrivé ; et, soit qu’elle sentît là les premiers signes de l’enfantement prochain, soit que, comme saint Luc semble l’indiquer , ils se fussent arrêtés quelques jours en ce lieu , ne pouvant aller plus loin à cause de la fatigue du voyage, Marie, âgée de quatorze ans, enfanta dans une grotte souterraine le Fils de Dieu , l’enveloppa dans des langes et le coucha dans une crèche. « Ainsi il descendit par miséricorde « pour nous du trône de sa gloire dans l’obscurité de ce « monde, et naquit à l’heure de minuit; et en récom- « pense de ce bienfait, le monde le cloua sur une croix « en plein midi. »
Mais quelle nuit que celle où la lumière du monde devait nous être donnée d’après les décrets éternels de Dieu !
Les Grecs appellent le jour de la naissance du Christ le jour des lumières ; les Allemands, au contraire, l’appellent la nuit sacrée. Après la transposition du calendrier juif au calendrier julien, ce jour fut appelé \& sainte nuit. L’Église d'ürient nomme le dimanche avant, et après Noël : dimanche axant les lumières et dimanche après les lumières. De même les anciens païens appelaient notre temps de Noël, c’est-à-dire le temps qui s’écoule du 25 décembre au fi janvier, les douze nuits saintes, et les Juifs célébraient la fête de la Dédicace du 25 cisleu jusqu’au 1er tebeth. En effet, cent soixante-quatre ans avant notre ère, le vingtcinquième jour du neuvième mois de l’année ecclésiastique des Juifs, Judas Machabée, après une victoire mémorable sur les Syriens, consacra de nouveau l’autel au jour même où, trois ans auparavant, le temple avait été profané pour la première fois par le roi Antiochus. Après avoir cherché dans le temple de l’huile du temps qui avait précédé la profanation, on en trouva ce qui pouvait suffire pour un seul jour; mais celle-ci, par un miracle de Dieu, brûla pendant huit jours entiers comme une lumière sacrée. De là vint chez les Juifs l’usage de fêter pendant Irait jours la dédicace du temple. Et pendant les huit nuits de cette sainte semaine, au milieu des alléluia et des chants de louange , on allumait dans toutes les maisons , non-seulement de Jérusalem, mais encore de la Judée, et partout où il y avait des Juifs, une grande quantité de lumières, comme on le fait chez nous au jour de la Chandeleur, ce qui causait une grande joie dans tout le pays. C’est de cet usage que la fête de la Dédicace prit aussi le nom de fête des Lumières, et que les huit nuits de cette fête s’appelaient les Nuits sacrées ou le Temps de la sainte
nuit. Peut-être aussi cette sorte de Chandeleur était-elle usitée chez les païens , lorsque pendant leurs douze nuits saintes ils cherchaient Osiris perdu, ou le soleil abîmé dans l’obscurité au solstice d’hiver, jusqu’à ce qu’il fût remonté, au grand contentement de tous les habitants de la terre.
Ainsi, par une providence toute particulière, Jésus, la lumière du monde, le fondateur de la nouvelle alliance , est né au milieu de l’alleluia du ciel et de la terre, dans la sainte nuit, le 23 cisleu, au jour où l’autel fut consacré et le temple purifié chez les Juifs, huit jours avant la nouvelle lune de tebeth, au milieu de la fête des lumières et des splendeurs du firmament illuminé pour célébrer sa naissance. Lorsque, plus tard, on remplaça le calendrier juif par le romain, on transporta le 23 cisleu au 25 décembre, qui lui correspondait, de sorte que la fête de Noël coïncidait avec la fête païenne du Soleil et les Saturnales des Romains, et avec le vingt-cinquième jour du neuvième mois des Égyptiens. Pour les huit jours qui précédaient la nouvelle lune, les Romains les appelaient avant les calendes, et les Grecs avant les ides de janvier, et la tradition a conservé ces noms.
Jésus vint au monde , annoncé par le chœur des planètes, qui toutes fêtaient de concert leur semaine jubilaire. Il naquit pendant que son étoile prophétique était dans le signe des Poissons; il naquit, comme Sauveur du monde, au milieu des cantiques de tous les chœurs célestes ; mais il naquit en même temps dans la pauvreté, parmi les ruines de l’ancien palais de David, dans le fond d’une grotte obscure. Ce lieu devint dès lors l’objet d’un respect religieux , jusqu’à ce que l’empereur Adrien, lors de la