‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 414 sur 589 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Du nombre des témoins de la mort de Jésus-Christ.

Le Fils de Dieu était suspendu à la croix à la face du inonde entier, pour qui il mourait. En ce moment s’accomplissait cette parole du Psalmiste : « Dieu a opéré

« notre salut à Jérusalem, au milieu de la terre; » car de tout temps Jérusalem fut considérée comme le centre du inonde. Le drame qui se passe ici sur le Calvaire embrasse toute l’histoire, et va féconder de sa divine influence tous les domaines de l’esprit humain : l’art, la religion et la science. Jésus est crucifié, le visage tourné vers l’occident. 11 tourne le dos k l’orient, où avait été jusqu’ici le temple de sa gloire; et c’est sur l’Europe que tombent ses regards compatissants. Les anciens donnaient k leurs temples, et, par suite, k leurs camps et k leurs villes, la forme carrée, d’après les quatre points cardinaux , comme l’antique roma quadrata . Le nord, avec le cortège de ses étoiles fixes, était considéré comme le siège des dieux. L'orient était k gauche, et c’est pour cela que la gauche était le coté favorable. En face était le sud, et k droite le mauvais côté, la région du couchant et des ombres. Conformément k ce plan, les villes anciennes avaient aussi trois portes consacrées : au nord, k l’est et au sud, et autant de sanctuaires avec leurs divinités protectrices. C’est ainsi que le temple du Capitole renfermait les niches de Jupiter, de Junon et de Minerve. 11 n’y avait point de porte sainte k l’ouest, mais la porta dccumana , par laquelle on emmenait les malfaiteurs et les cadavres des morts; car ce côté était considéré comme la région obscure du monde ou la demenre des mânes. 11 en était ainsi k Jérusalem, et c’est pour cela que le Calvaire était au couchant. Mais la miséricorde regarda en ce jour le bon larron, qui était adroite, et le regard de Jésus mourant bénit

l’occident.

Sous le roi David, le royaume des Juifs comptait cinq millions d’habitants, c’est-à-dire dix mille pour un mille

carré, sans compter naturellement les Juifs dispersés parmi les autres peuples. Tous étaient obligés de venir à Jérusalem pour la Pâque : il n’y avait d’exception que pour les enfants au-dessous de douze ans, les vieillards, les femmes qui avaient quelque incommodité propre à leur sexe, les malades, les faibles, les sourds et les fous. Les tuteurs immolaient l’agneau pascal pour les mineurs et les orphelins dont ils étaient chargés. Lorsque le gouverneur de Syrie Cestius Gallus, peu d’années avant la ruine de Jérusalem, afin de donner à l’empereur Néron une idée du nombre des hommes capables de porter les armes à Jérusalem, s’adressa aux prêtres, précisément au temps de la Pâque , on compta deux cent cinquante-six mille cinq cents agneaux immolés. Or il ne pouvait y avoir moins de dix-huit personnes h manger un agneau pascal; et bien souvent il y en avait vingt et même quarante ou cinquante pour un seul agneau , et il suffisait alors que chacun des convives en mangeât gros comme une olive ; de sorte que le nombre des Juifs qui venaient de toutes les parties du monde à Jérusalem pour la Pâque l’emportait peut-être sur celui des Grecs qui s’assemblaient pour les jeux olympiques. Josèphe porte à trois millions le peuple qui entoura Cestius Gallus, pendant sa présence à la fête , pour se plaindre à lui du gouverneur Florus.

La ville d’Alexandrie, en y comprenant ses environs, comptait, d’après le témoignage de Phiion, plus d'un million de Juifs, qui se faisaient représenter à la fête par des caravanes considérables, et qui avaient à Jérusalem leurs propres synagogues. Au reste , on ne comptait point les étrangers qui venaient à la fête ou par piété, ou par curiosité, ou par quelque autre motif. Il est à croire que

les maisons de Jérusalem, quoique l’enceinte de la ville comprît plus d’un mille , ne suffisaient pas pour loger cette immense multitude, et que beaucoup étaient obligés d’habiter sous des tentes, comme le font encore aujourd’hui les pèlerins mahométans. 11 ne faut donc pas s'étonner si les rabbins, exagérant de sept fois environ le nombre des pèlerins, nous racontent que Ton compta une fois un million deux cent mille victimes, ce qui aurait porté le nombre des pèlerins et des habitants de la ville à près de vingt millions. Ils regardent comme un privilège miraculeux, accordé par Dieu à la ville sainte, que, malgré cette innombrable multitude, les vivres ne manquaient jamais à Jérusalem. Le Talnnid se plaint néanmoins du concours immense de peuple dans les grandes fêtes, et entre autres à celle de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles, qu’il appelle la peste de Tannée, parce qu’il était impossible alors de séparer rigoureusement les sexes, même pendant le service divin, et qu’il résultait de là plusieurs abus. La foule était si grande en cfFet dans le temple que plus d’une personne fut étouffée dans la presse.

A cette même place oii Notre -Seigneur mourait pour le salut des hommes, de même qu’au mont des Oliviers, les Romains, quarante ans plus tard, établirent leur camp, et Titus, instrument des vengeances divines, y fit crucifier les Juifs par milliers ; de sorte qu’au rapport de Josèphe on ne pouvait se procurer assez de bois pour les pendre tous. C'était précisément pendant cette même fête de Pâques, où tout le peuple était assemblé de nouveau, comme au temps de la mort du Messie, non plus pour le juger et le faire périr, mais pour subir à leur tour le

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