LES SEPT PAROLES DE NOTRE- SEIGNEUR
le figuier et l’hysope, le buisson d’épines, l’éponge et le roseau représentaient le règne végétal dans ce grand sacrifice qui devait tout pacifier au ciel et sur la terre.
a Mais à partir de la sixième heure, les ténèbres se « répandirent sur toute la terre, et le soleil s’obscurcit, « jusqu’à la neuvième heure. Et vers la neuvième heure, « Jésus cria à haute voix : Èloï, Éloï, lamma sabach- « thani? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi « m’avez -vous abandonné? » Ce n’était pas assez que le Christ fut abandonné des hommes, il fallait encore que Dieu le livrât à toutes les angoisses d’une affreuse agonie. Tous les péchés du monde pesaient sur lui, et se présentaient à son esprit dans toute leur laideur, comme des fantômes hideux qui remplissaient son âme d’épouvante et d’horreur. L’enfer, voyant que l’humanité, devenue sa proie par le péché, allait lui échapper, décharge toute sa fureur sur Celui qui, par une véritable substitution, se fait caution du genre humain. Mais pendant qu’il darde son aiguillon contre lui, le trait reste dans sa chair adorable; et à partir de ce moment le péché, la mort et l’enfer ont perdu leur aiguillon. Depuis la sixième jusqu’à la neuvième heure, la victime consomme son sacrifice; et à mesure que les ombres de la mort enveloppent son âme, les ténèbres couvrent aussi la nature extérieure. Le soleil perd son éclat; les étoiles brillent au firmament comme en pleine nuit, et je ne sais quelle angoisse agite la création tout entière. Les ténèbres qui couvrirent la terre en ce jour étaient tellement épaisses, qu’au rapport de Phlégon, auteur païen, il ne s’en vit jamais de pareilles; ce qui suppose qu’il ne s’agit point ici d'une éclipse périodique, mais d’une obscurité extraordinaire et miraculeuse. Il y T. III. 2
avait 1500 ans que, sur Tordre de Moïse, parlant au nom de Dieu, d’épaisses ténèbres avaient couvert pendant trois jours toute l’Égypte, n’épargnant que la terre de Gessen , ou demeuraient les enfants d’Israël : présage de ruine pour les premiers et de délivrance pour les derniers. C’était le contraire aujourd’hui. L’étoile d’Israël baissait, et le soleil se levait pour le monde païen, enveloppé jusqu’ici dans les ombres de la mort. Jésus était né au milieu de la nuit, et avait éclairé le monde de sa lumière céleste; c’est pour cela que le monde le crucifia en plein midi ; et le soleil en pâlit d’épouvante.
L’angoisse de l’Homme- Dieu est montée à son comble, eide sa poitrine oppressée sort ce cri lamentable : « Mon « Dieu! pourquoi m’avez-vous abandonné? » C’est le commencement du psaume xxi, soit que le divin Sauveur Tait récité tout entier sur la croix avant de mourir, soit que son àme ait seulement été frappée des sentiments qu’elle exprime. Ce psaume, en effet, exprime tout ce qui arrive en ce moment, tout ce qui, dans la suite des siècles, a été l’objet de la vision des prophètes. « Quelques-uns « des assistants, l’entendant crier ainsi, dirent : Voici a qu’il appelle Élie. Mais les autres disaient : Attendons « pourvoir si Élie vient le secourir, n Le mot eli n’appartient point proprement à la langue syriaque, quoique le mot suivant : èabachthani, appartienne au dialecte que Ton parlait alors en Palestine. Au lieu de ces mots eli , eli, le syrien disait mari , mari. C’est pour cela qu’on l’avait mal compris, et qu’on avait cru qu’il appelait le prophète Élie. Cette erreur était d’autant plus facile qu’Élie était considéré comme le patron et le protecteur des Israélites dans leurs nécessités extrêmes. Aussi lisons -nous souvent
que ce prophète, invoqué par tel ou tel rabbin, lui apparut sous une forme visible et le tira de prison. Les Juifs le regardaient aussi comme le cocher du ciel, qui transportait les âmes dans le paradis, ou il était entré luimème sur un char de feu. De plus, dans les idées de ce peuple, le sort d’Êlie était intimement lié avec celui du Messie souffrant et ensuite glorifié. Us rappelaient l’ange de l’alliance. Tous les ans, dans la nuit de Pâques, les Juifs attendent encore la venue d’Élie, qui doit délivrer son peuple du joug des païens. Et lorsque, parmi les psaumes prophétiques qu’ils récitent en ce jour, ils sont arrivés à ces paroles : « Répandez votre colère sur les « peuples qui n’invoquent point votre nom, » ils ont coutume d’ouvrir la porte de derrière, afin que le prophète puisse entrer pour juger le monde.
Le moment suprême approche : le regard du Sauveur mourant s’obscurcit. Le soleil s’obscurcit aussi toujours davantage, et Jésus crie à haute voix : « Père, je remets « mon esprit en vos mains. » Ce sont les paroles du psaume trentième. Puis il prononce la septième et dernière parole : « Tout est consommé; après quoi il pencha « sa tête, et, poussant un grand cri, il expira. »