PRODIGES A LA MORT DU SAUVEUR
vers le rideau , c’est-à-dire son propre corps. Notre corps lui-même n’est au fond que le voile et le rideau de l’àme, qu’il empêche de contempler la face de Dieu.
Dans le premier temple bâti par Salomon , il n’y avait qu’un rideau sur le mur qui séparait le sanctuaire du Saint des saints. Mais lorsque, après la captivité de Babylone, on rebâtit le temple sous Esdras, comme on ne savait plus si le rideau était suspendu autrefois en dedans ou en dehors du mur, et si ce mur lui-même était posé sur le sol du sanctuaire, ou du Saint des saints, on plaça deux rideaux , en laissant vide l’espace entre chacun d’eux. De sorte que le prêtre qui entrait dans le sanctuaire pour l’encensement et le sacriüce du soir, précisément au moment où Notre-Seigneur expirait sur la croix, dut voir les deux rideaux se partager du haut en bas, et le Saint des saints s’ouvrir; ce qui dans le premier temple n’aurait pu arriver sans que le mur tombât. L’évangéliste saint Marc désigne le rideau qui se déchira sous le nom grec de catapetasma . Or c’est là précisément le nom du rideau du Saint des saints, tandis que celui qui était devant le sanctuaire s’appelait calumma, et les dix autres qui pendaient devant les portes extérieures autour du temple s’appelaient simplement aulaia. Ce double rideau intérieur était attaché à quatre colonnes dorées : il était long de quarante coudées et large de vingt, et se trouvait ainsi en rapport avec le Saint des saints, qui avait vingt coudées de large. Tissu d’or et de pourpre et orné de bordures et de franges couleur d’hyacinthe, il était partagé en soixantedouze champs ou quartiers; il avait l’épaisseur de la main, et se composait en tout de quatre-vingt-deux myriades de tils : vingt mille vierges y avaient travaillé pendant une
annce , et il fallait trois cents prêtres pour le laver. Telle est la tradition que nous a laissée le rabbin Simeon, fils de Gamalicl.
C’était dans le sanctuaire qu’avait commencé, trentecinq ans auparavant, l’œuvre préparatoire de la rédemption , lorsque l’ange du Seigneur avait annoncé à Zacharie , pendant le sacrifice du matin , la naissance d‘uu fils, qui devait être le précurseur du Très-Haut. La fouie qui attendait la bénédiction dans le portique s’inquiétait de le voir rester si longtemps dans le sanctuaire, jusqu'à ce qu’enfin il en sortit pale et muet. Ainsi , à la fin du grand acte de la rédemption, un autre prêtre entrait dans le temple pour le sacrifice du soir; et tandis qu’il se préparait à faire l’encensement et à allumer la lampe, c’est alors que l’ange du Seigneur déchira sous ses yeux le double rideau du Saint des saints, et lui découvrit le tabernacle. Lorsque Jacob apprit la mort de son fils Joseph, il déchira de douleur son manteau. Lorsque Israël subissait une défaite, tout le peuple déchirait ses vêtements. Maintenant le meurtre le plus épouvantable est consommé. C’est pour cela que Jéhovah lui-même déchire le double voile sous lequel il se cachait dans le Saint des saints. La nature tout entière est émue, l’hoinme seul est insensible.
Les évangélistes ne nous ont appris que peu de choses des prodiges qui s’accomplirent en ce jour. Les rabbins nous en ont conservé quelques-uns, copiés évidemment dans les Évangiles. Quarante ans avant la destruction du sanctuaire , raconte le Talmud de Jérusalem , la lumière du chandelier d'or qui était dans le sanctuaire , près de la table des pains de proposition , s’éteignit tout à coup.