‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 421 sur 589 · PRODIGES A LA MORT DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

PRODIGES A LA MORT DU SAUVEUR

Le sort qui, chaque année, à la fête des Expiations, était jeté sur les deux boucs émissaires, et qui décidait lequel des deux devait être chassé dans le désert, tomba toujours, à partir de ce moment, sur le bouc qui était à la gauche du grand prêtre , tandis qu’uuparavant, et surtout pendant le pontificat de Simon le Juste, qui dura quarante ans, le sort était toujours tombé sur le bouc qui était à droite. A partir de ce moment aussi , on ne vit plus blanchir le ruban d’écarlate que l’on attachait, tantôt aux cornes du bouc, tantôt à la porte du temple, tandis qu'auparavant sa couleur rouge devenait tout à coup blanche comme de la neige aux yeux de tous. C'était un signe que les péchés du peuple ne lui étaient plus ôtés, et que Dieu ne lui était plus propice. Car la couleur rouge est le symbole du péché chez tous les peuples de l’antiquité. C’est pour cela qu’Ésaü dans Y Ancien Testament, Typhon et Mars dans la mythologie païenne sont appelés rouges. C’est pour cela aussi qu’une vache rouge devait être brûlée pour la purification d’Israël. En vain le grand prêtre confesse ses péchés et ceux du peuple sur le bouc qui doit être immolé ; sa confession n’est point acceptée, le ruban rouge ne blanchit plus depuis que le peuple lui-même a demandé que le sang du juste tombât sur lui et sur ses enfants.

Le lendemain de l’exécution , on trouva toute grande ouverte la porte de Nicanor, devant laquelle Jésus dans son enfance avait été présenté au temple, sans que personne cependant l’eut ouverte; ce qui parut à tous un présage certain des calamités qui étaient réservées à la ville et au temple. L’historien Josèphe fait aussi mention de cet événement, sans toutefois, et probablement avec

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intention , en indiquer la date précise , comme le fait le Talmud, plus sincère que lui en cette circonstance , et qui raconte que la porte qui s’ouvrit alors était la porte orientale du sanctuaire intérieur, qui était toute d’airain, et pesait tellement qu’il fallait vingt hommes pour h fermer et l’ouvrir, ce qui rend le fait bien plus extraordinaire encore. L’Évangile des Hébreux précise davantage encore cet événement en disant que le seuil supérieur du temple, dont les dimensions étaient énormes, se brisa, ce que saint Jérôme rappelait déjà à ses contemporains. Alors, continue le Talrnud, le R. Jean, fils de Zachée, le Jean des Actes des apôtres, à la vue de ce prodige effrayant, s’écria: <c O temple, ô temple, pourquoi t’é- « branles-tu ainsi ? Hélas î le sort qui t’est réservé ne « nous est que trop connu. Zacharie, fils de Joiadas, Fa « prédit dans ces paroles : Liban, ouvre tes portes, afin « que le feu consume tes cèdres. » Toutes ces choses, en effet, étaient un présage certain qu’à partir de ce moment le judaïsme n’existait plus. Car, par suite des événements qui se passaient, de cette réprobation du temple où a\ait habité jusqu'ici la gloire de Dieu , le sanhédrin , comme le remarquent les talmudistes, quitta pour toujours la salle nommée Gazith; et, à partir de ce moment, l’honneur de la loi fut anéanti, puisque les juges en Israël perdirent à tout jamais le droit de juger d’après leurs propres lois.

A cette annonce solennelle de la fin de leur juridiction, de môme que quarante ans plus lard , lorsque les sacrifices mosaïques cessèrent tout à coup, le peuple fut saisi d’épouvante. Tous, se couvrant d’un sac et de cendre, s’arrachaient les cheveux en criant : Malheur à nous! car

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2 le sceptre a été ôté à Israël, et pourtant le Messie n’est pas encore venu! Toutes ces choses nous sont rapportées par les Juifs eux-mêmes. Le R. Zadoc, lorsqu’on lui annonça que les portes du temple s’étaient ouvertes d’eîles-mêmes, et que l’abomination de la désolation était entrée dans le sanctuaire, se mit à jeûner et à faire pénitence, afin de conjurer les calamités qui menaçaient sa nation. Il vécut ainsi quarante ans, si bien qu’il était devenu comme un squelette vivant, et que le peuple ne l’appelait plus que l’infirme. Mais lorsque enfin les malheurs qu’il avait prévus fondirent sur Jérusalem, et qu’il vit que ses pénitences n’avaient servi de rien, il se résigna au sort de sa patrie, et se fit guérir des suites de ses jeûnes excessifs par les médecins de Titus, auprès duquel son extrême faiblesse lui fit trouver grâce. Toutes ces choses sont racontées dans le traité du Talmud intitulé Taanith. Les rabbins racontent que Titus entra dans le temple pendant l’incendie qui le consumait, et qu’il déchira le rideau du Saint des saints en disant : «Si tu es le vrai Dieu, viens et combats contre moi. » Ce n’est probablement qu’une calomnie contre cet empereur. Mais au reste, de même que, d’après la tradition, les portes du sanctuaire s’ouvrirent d’elles- mêmes sous le roi Salomon, lors de l’entrée de l'arche de Dieu, ainsi la Divinité, lors de la mort du Sauveur, abandonna son temple en criant : « Sortons d’ici, sortons d’ici. » Dieu fait assez entendre qu’il ne veut plus être adoré sous des symboles, et que son culte ne doit plus être célébré derrière un rideau, comme cela se fait néanmoins dans l’Église grecque.

Les rabbins comparent la Palestine à un œil. La mer dont elle est environnée en est le blanc, la tribu de Juda

en est le noir, Jérusalem la pupille, et dans celle -ci l*imagef c’est le temple avec l'arche d'alliance sur laquelle reposait la Divinité. Mais cet œil était désormais obscurci : l’image de Dieu ne se reflétait plus en lui; et le peuple d'Israël était condamné à un aveuglement lamentable. Tels sont les prodiges qui eurent lieu à la mort du Sauveur; le soleil s’obscurcit en plein jour, la terre trembla et les tombeaux s'ouvrirent; le voile du temple se déchira; la lumière qui devait brûler sans cesse devant l’autel s’éteignit, comme signe que Dieu réprouvait désormais les sacrifices du peuple Juif; les portes du temple s’ouvrirent d’elles-mêmes, et le seuil se brisa, parce que le sanctuaire était voué à une ruine inévitable. Enfin le ruban écarlate du bouc émissaire cessa de blanchir, indiquant par là que la nation juive, marquée comme Caïn d’un signe indestructible, était condamnée comme lui à errer dans le monde entier.

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