‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 423 sur 589 · LE CENTURION CONFESSE JÉSUS- CHRIST · texte numérisé non relu

LE CENTURION CONFESSE JÉSUS- CHRIST

du centurion, cette confession qu’il fait de la divinité do Jésus -Christ est le premier résultat du sacrifice et de la mort de F Homme-Dieu. Ce païen avait bien entendu parler avant sa conversion des dieux et des fils de dieux. Mais ce n’était pas dans ce sens qu’il proclamait Jésus- Christ Fils de Dieu. Les figures étaient passées; le temps des types et des mythes n’était plus. Tous ces personnages que l’antiquité avait honorés comme dieux n’étaient qu'un reflet grossier, et impur bien souvent, de Celui dont il reconnaissait aujourd'hui la divinité. La réconciliation du genre humain avec Dieu était consommée. Les Juifs eux-

memes, quoique leurs espérances à l’égard du Messie ne répondissent guère à ce qu’il devait être réellement, n'étaient pas toutefois complètement étrangers à l'idée d’un médiateur. On peut déjà le conjecturer par cela seul • qu’ils donnaient au Messie le nom de goèl.

On appelait proprement chez les Juifs goèl ou rédempteur le plus proche parent qui, après la mort d’un père de famille, devait veiller à la conservation des biens qu’il laissait, racheter ses enfants s'ils étaient esclaves, recouvrer le bien qu’il avait dissipé , comme le portait expressément la loi au Lévitique, ch. xxv, venger le sang de son frère, etc. Or le Christ a bien voulu devenir notre frère pour racheter l’humanité, qui, par sa faute, était tombée sous l’esclavage du démon, et donner son propre sang pour nous racheter. De même donc que le goèl était tenu d'épouser la veuve de son frère, pour lui susciter des enfants, ainsi le Christ a bien voulu contracter avec l’humanité déchue une nouvelle alliance, afin de susciter au Père céleste des enfants pour son royaume. Pour l’antiquité, il n’y avait point d’expiation sans sacrifice. Cette

idée, nous la retrouvons chez tous les peuples. Ce qui fait le fond de toutes les religions, c’est le sentiment que l’humanité a besoin d’être rachetée, et qu'elle ne peut l’être que par un homme innocent, comme l'indique déjà le rapport qui existe dans la langue latine entre ces deux mots pins et piare. Le paganisme tout entier vivait de cette foi. C'est ainsi que Sophocle fait dire à Œdipe ces paroles remarquables : « Une àmc pure est en état de « satisfaire pour mille, par son sacrifice volontaire. » C’est pour cela que tant d’hommes se sont immolés volontairement pour expier une grande faute, ou pour sauver leur patrie. Il suffit de citer ici Codrus, Curtius , DeciusMus, etc. De là aussi ce sacrifice qu’Aristodème fait de son propre fils, sur l’ordre de l’oracle, et tant d'autres exemples de ce genre, jusqu'à ce qu’enûn le monde s’accorde à croire qu’un Dieu seul devenu homme peut accomplir la grande expiation.

Les Juifs eux -mêmes, comme nous le disions tout à l’heure, attachaient parfois à leur messie l’idée de médiateur, Ainsi, nous lisons dans le Sohar (3, fol. 100); u La mort du juste expie les péchés du monde. » Et dans un autre passage du même livre (fol. 85, col. 346) ;

« Lorsque Israël demeurait encore dans la terre sainte,

<* l’immolation des victimes dans le temple éloignait des a hommes toute souffrance. Mais maintenant c’est le « Messie qui détourne ces maux des enfants des hommes. » Déjà le Taimud déclarait dans un sens tout chrétien que le Messie serait couvert de plaies, parce que c'est lui qu'Isaïe avait en vue dans ces paroles ; a II a porté lui- « même notre maladie, et chargé sur lui nos douleurs. * [Sanhéd.y fol. 98.) » Nous lisons encore dans le Jalkut

Page 1