‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 430 sur 589 · JÉSUS EST DÉPOSÉ DE LA CROIX · texte numérisé non relu

JÉSUS EST DÉPOSÉ DE LA CROIX

h présent du corps à Joseph, et ordonna qu’on le lui : « remît. » Il y a ici dans le rapport de l’évangéliste une

ligure que l’on rencontre d’autres fois encore, et qui consiste dans une transposition de mots. Pilate demanda : s Est-il déjà mort ? » Et l'officier répondit : « Oui, déjà

« depuis longtemps. » L’évangéliste, réunissantîa demande et la réponse, dit simplement que Pilate demanda s’il était mort déjà depuis longtemps.

Les Romains, par prudence, comme le dit Philon , laissaient les Juifs ôter, suivant leur coutume, les cadavres de la croix avant le coucher du soleil , ou ils le permettaient du moins aux parents et aux amis de ceux qui avaient été crucifiés à Jérusalem. Le préteur est toutefois étonné que le Nazaréen soit mort si vite : la mort avait donc été violente et hâtée par les tourments atroces que Jésus avait soufferts. Ceci prouve clairement qu’il n’avait point sous ses pieds, pendant son supplice, d’appui où il pût se soutenir. Cet appui consistait dans une sorte d’escabeau appelé en latin suppedaneum. Bien moins encore y avait-il au milieu de la croix un siège comme on en mettait souvent dans les exécutions de ce genre , au rapport de saint Justin, de Tertullien et d’irénée. Ce siège consistait dans une espèce de selle à deux cornes, ou de chevalet, que les Romains appelaient avrectarius stipes. Ce chevalet ne se mettait toutefois que lorsque les cadavres devaient rester sur la croix en proie aux oiseaux. Cette mort si prompte de Notre -Seigneur ne démontre pas moins évidemment que ce n’était pas avec des cordes, mais avec des clous qu’il avait été attaché. Les suppliciés, chez les Juifs, n’étaient point déposés dans un tombeau de famille ; mais le sanhédrin avait fixé deux endroits parti-

culiers pour leur sépulture : l’un pour ceux qui avaient été décapités, ou pendus, ou crucifiés; l’autre pour ceux qui avaient été lapidés et brûlés. Les os d’un criminel n’étaient réunis à ceux de ses pères qu’après l’entière putréfaction des chairs. Il fallait donc une permission et une faveur spéciales pour que Notre -Seigneur pût être enseveli dans un tombeau particulier. Cette permission, il est vrai , d’après le droit romain, s’accordait ordinairement sans difficulté, à moins qu’il ne s'agit d'un crime de lèse - majesté , comme celui pour lequel Jésus -Christ avait été condamné. Saint Marc remarque que Pilate fit présent à Joseph d’Arimathie du corps de Jésus. C’est qri' ordinairement cette faveur s'achetait, comme Cicéron le reproche à Verrès.

Pilate, en apprenant la nouvelle de la mort de Jésus, semble déjà comme poursuivi par le remords. Sa condamnation lui avait en effet été arrachée par la crainte de perdre sa place. Mais il ne jouit pas longtemps des honneurs et des profits de ce poste, à la conservation duquel il avait sacrifié le sang du juste. Bientôt, en effet, dénoncé à l’empereur, à cause de ses méfaits, par les Juifs et les Samaritains, ii fut banni dans les Gaules, où, selon quelques-uns, il se perça de son épée dans un accès de folie.

Joseph enleva donc de la croix le corps de Jésus , soit en abaissant la croix elle-même, soit en y plaçant des échelles. C’était un usage chez les Juifs, que les instruments qui avaient servi au supplice des criminels fussent enfouis à coté d’eux dans la terre en certains lieux déterminés. Cet usage avait lieu non-seulement pour la croix, mais encore pour les pierres, ta corde ou l’cpée, selon que

Page 1