DES ACTES DE PILATE
nime de la tradition. Cette nouvelle extraordinaire arrivée de la Judée, l’éclipse de soleil, le bruit qu’avait fait à Rome parmi le peuple et jusque dans le palais de l’empereur ce cri prodigieux poussé dans l’île de Paros : Le grand Pan est mort! tout cela, joint à l’édit par lequel l’empereur chassa tous les Juifs de Rome en ce môme temps, contribua à répandre parmi les chrétiens cette tradition que Tibère avait proposé en plein sénat de placer le Christ au nombre des dieux, comme aussi qu’Alexandre Sévère et Philippe l’Arabe avaient penché vers le christianisme. Les Juifs rapportent aussi, pour des raisons analogues, de l’empereur Antonin, que, par suite de l’amitié intime qu’il avait contractée avec Juda, fils et successeur du nasi Simon ben Gamaliel 11 , il s’était fait circoncire, et professait en secret la religion juive. Au lieu d’ Antonin, c’est d’Héliogabale qu’ils voulaient parier; car Dion raconte qu’il se fit circoncire et s’abstint de la viande de porc, deux pratiques que l’on retrouve dans beaucoup de cultes païens.
Tibère n’a jamais pensé à une apothéose du Christ. Il
est bien vrai qu’il chassa cette même année, ou l’année
suivante, les Juifs de Rome, et qu’il les enrôla dans les armées de l’empire ; mais ce fait n’a aucun rapport avec la mort de Notre -Seigneur. Toutefois, c’est une vérité historique, et les talmudistes eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de la reconnaître avec douleur, que les Juifs, après cet événement, quarante ans avant la ruine de leur nation, c’est-à-dire un an juste après la mort de Jésus- Christ, perdirent pour toujours le droit de vie et de mort, même dans les choses spirituelles. Or cet événement doit avoir eu pour cause le tumulte excité dans le peuple par
le sanhédrin, afin d’arracher à Pilate la condamnation de Jésus -Christ. Car, quoique plus tard encore il se soit fait une ou deux exécutions, celles-ci n’eurent lieu que dans une sorte d’émeute, et eurent pour suite immédiate la déposition du pontife par le gouverneur. Les savants allemands, je le sais, ont toujours peur d’attribuer une trop grande importance à la vie du Christ, et dans les circonstances de ce genre ils aiment mieux sauter à pieds joints sur un fait décisif en faveur du christianisme que d’être forcés, en l’avouant, d’en tirer les conséquences qu’il renferme; et ils le font d’autant plus facilement que jusqu’ici on n’a presque rien su de la vie de Jésus -Christ dans ses rapports avec l’histoire profane. Mais, pour l’incrédule le plus déterminé, comment un homme qui a changé complètement la face de l’ancien monde, dont la religion remplit depuis dix-huit siècles l’univers, peut-il avoir passé inaperçu de ses contemporains, sans laisser aucune trace de sa vie? Est-il possible qu’il soit ce que les rationalistes et les mythiques en ont voulu faire? Le christianisme est son œuvre; car le fondateur d’une religion n’est pas le produit des fidèles qui l’ont embrassée, pas plus que l’effet ne peut produire sa cause. Cette pensée suffit à elle seule pour dissiper tous les rêves des sceptiques. Ainsi, un an après la mort de notre divin Sauveur, le sanhédrin perdit sa juridiction, dont il venait de faire un si déplorable abus. Les princes et les pères du grand conseil quittèrent alors pour toujours la salle de Gazith , où ils avaient jusqu’ici jugé près de l’autel, conformément à leurs propres lois, et gouverné spirituellement Israël.
LE CUflIST AUX LIMBES.