CHAPITRE V
Suite du même sqjct.
Après le sermon commençait la messe proprement dite. Les catéchumènes étaient congédiés avec la bénédiction de l’évêque, et l’on récitait une prière pour les pénitents et les possédés, pendant qu’ils sortaient; après quoi l’on fermait les portes de l’église. Le diacre commandait le silence, et l’on récitait à voix haute une prière pour l’Église, les évêques, le clergé et tous les fidèles. Tous récitaient ensuite le symbole des apôtres ; et cette coutume est déjà indiquée dans l’Aréopagite et la liturgie de saint Pierre. Théodote ayant au n® siècle nié la divinité de Jésus -Christ, l’usage s’établit de chanter des cantiques de louange pour fbonorer. L'Église d’Antioche récitait encore le symbole des apôtres au y* siècle. Cependant le pape saint Marc, de même que Timothée de Constantinople, introduisirent le symbole de Nicée; et le dernier le ht pour protester contre l hérésie de
Macédonius, qui niait la divinité du Saint -Esprit. C’est vers l’an 519 que le symbole de Constantinople, avec l’addition F Moque , fut admis dans la liturgie, pour être lu après l’évangile aux jours de grandes fêtes. A l’offertoire, pendant lequel le chœur chantait des psaumes qui portaient le même nom , les fidèles qui étaient dans l’aisance offraient chaque fois le pain et le vin pour la consécration. Une partie cependant de ce pain était simplement bénite, et partagée à la fin de la messe, comme c’est encore l’usage chez les Grecs les jours de dimanche et de fêtes. Les chantres, qui étaient comme les lévites de l’Ancien Testament, présentaient l’eau pour le saint sacrifice. L’argent qu’on offrait n’était jamais mis sur l'autel, mais on le dominait immédiatement au diacre, qui lisait aussitôt le nom du donateur, et ramassait ensuite l’offrande.
Avant le sacrifice on se donnait le baiser de paix. On offrait ordinairement le saint sacrifice pour celui qui avait présenté le pain et le vin à la consécration , ou bien pour un pénitent qui voulait se présenter à la table du Seigneur, ou bien encore pour les fidèles défunts. Quant aux hommes querelleurs et amis des procès, qui avaient troublé la paix et détruit l’union parmi les fidèles, on n’acceptait jamais d’eux aucune offrande, pas plus que des catéchumènes. On attribue la préface à saint Cyrille de Jérusalem, ou bien encore au pope Gélase Ier. Saint Augustin et saint Chrysostome font mention déjà du Sursum œrda que le prêtre dit à l’autel , et auquel les fidèles répondent : Habemus ad Dominion. C’est le pape saint Sixte qui prescrivit le premier de réciter le trisagion à la fin de la préface, tandis qu’il précédait le
Kyrie dans la liturgie gallicane et mozarabique , de même que, chez les Grecs, le Gloria était placé après la consécration. C‘est néanmoins une ancienne tradition, que saint Ignace d’Antioche, étant un jour ravi en esprit, entendit les anges chanter en deux chœurs : « Saint , « saint, saint, le Seigneur Dieu des armées , » et qu’il fut si frappé de cette merveille qu’il introduisit aussitôt dans la messe cette prière et le chant qu’il avait entendu. L’auteur des Questions attribuées par quelques-uns à saint Justin martyr rapporte que de son temps, c’est-à-dire au milieu du ue siècle, on n’admettait dans le service divin aucun instrument, mais seulement des voix, quoique, d'après saint Augustin, sur le psaume xxxii, dans l'Église d’Afrique, on accompagnât avec la harpe le chant des psaumes aux vigiles qui se chantaient la nuit. C’est le pape Vitalien qui introduisit, vers l’an 660, les orgues, afin de soutenir le chant du chœur.
Le commencement du canon est attribué au pape Gélase Ier. Le Memento des vivants est tout aussi ancien. On y lisait sur des tables appelées diptyques les noms des personnes recommandées aux prières de la communauté. On pouvait aussi renfermer dans cette prière, sans les désigner nominalement toutefois, les hérétiques et les païens qui vivaient encore, ou les magistrats temporels qui étaient encore païens , comme le témoignent Tertullien , ApoL 39 , et saint Augustin , Ep. 107. On encensait avant la consécration. C’est au pape Sirice Ier que l’on doit l’insertion de la prière Communicantes . Léon 1er inséra dans le canon la prière : Hanc igitur , jusqu’à ces paroles : Ut placatus accipias, tandis que les paroles suivantes, Diesque nostros , etc., sont de saint Grégoire,
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fondateur du chant ecclésiastique. Le pape Alexandre 1er est l’auteur du verset qui commence par : Qui pridie. La prière Unde et memores , où il est fait mention du sacrifice d’Abel , d’ Abraham et de Melchisedech , a été insérée dans le Saeramentaire par saint Gélase. L’élévation représentait la mort du Christ sur la croix; et le peuple, imitant en cela la ' foule qui assistait sur le Calvaire au sacrifice de Jésus -Christ, se frappait humblement la poitrine, ou bien, comme cela se pratique encore en Italie ou dans quelques autres lieux , s’inclinait seulement par respect. C’est le pape Honorius Ier qui prescrivit de se mettre à genoux pour adorer la sainte hostie; et c’est le pape Alexandre Ier qui, vers l'an 107 , ordonna de se servir de pain azyme, tandis que les Grecs continuent, d’après leur ancienne coutume, de consacrer avec du pain fermenté. Cette différence dans les usages vient de ce que , dans la primitive Église, on n’était pas certain si le Sauveur avait célébré la Pâque la veille ou bien le premier jour des pains azymes.
Saint Épiphane fait déjà mention de la forme ronde des hosties. Mais comme, depuis le vne siècle, les pains qui servaient au saint sacrifice étaient faits par des clercs, les laïques offrirent de l'argent au lieu de pain. Les Grecs mêlent au vin dans le calice un peu d’eau chaude, afin de rappeler que la nouvelle alliance fut fondée par l’eau et le sang qui sortirent chauds du côté de Jésus -Christ. La prière Sanctum sacrificium , etc., vient du pape Léon Pr. Ce qui prouve l’antiquité du Memento pour les défunts, c’est que l’arien Aërius inventa une hérésie à ce sujet.
C’est le pape Pelage 1er qui lui a donné la place qu’il occupe aujourd’hui. Le Pater est aussi ancien dans la
messe que le christianisme lui -même. C’est le pape Sergius 1er qui inséra YAgnus l)ei dans la liturgie romaine, l’an 687. Immédiatement avant la communion, le diacre chantait le Sonda sanctis , pour avertir les fidèles de se préparer à recevoir le Saint des saints. A ce moment on tire en Orient le rideau, qui avait caché jusque-là les saints mystères. Les hommes et les femmes étaient séparés
dans l’église, comme ils l’étaient déjà dans le temple de
Jérusalem; et ils allaient ainsi à part à la table du Seigneur. En Italie et en Afrique, les hommes d’un côté , et les femmes de l’autre, se donnaient le baiser de paix, en se disant : « Paix à vous, mon frère ou ma sœur. » C’était afiu de se conformer au précepte du Sauveur, qui ordonne de se réconcilier avec son frère avant d’aller à l’autel. C’est pour cela que les apôtres Pierre et Paul terminent souvent leurs Épilres par ces paroles : « Saluez -vous par un saint baiser. » Cette coutume cependant fut restreinte aux clercs dans la suite, à cause des calomnies des païens, dont Tertullien se plaint déjà dans son Apologétique , 9.
L’évêque communiait d’abord, et présentait ensuite le corps du Seigneur aux clercs, aux ascètes, aux diaconesses, aux vierges et aux veuves, puis aux hommes en disant : « Voici le corps du Seigneur; » et le communiant, debout, la tête inclinée, témoignait sa foi à la présence réelle en disant : Amen . Nous apprenons par saint Cyrille, Cath. 5, et par saint Augustin, Scrm. 1 52, que les hommes recevaient l’Eucharistie dans leurs mains, et les femmes sur un linge, et qu’après avoir adoré l’hostie, ils la portaient eux -mêmes à leur bouche : puis le diacre distribuait le calice. C’était une coutume de se faire le signe de la croix sur le front et les yeux avec le sang qui avait touché les
lèvres. Le pape saint Jules abolit la coutume qui s’était introduite de tremper simplement l’hostie dans le précieux sang, au lieu de donner le calice à part; et saint Gélase après lui frappa les délinquants d'excommunication. L’usage d’aller tous les jours sans distinction à la table du Seigneur, atteste par saint Jérôme , suppose qu’on célébrait alors la messe tous les jours. Les évêques s’envoyaient mutuellement la sainte Eucharistie en signe de communion; mais plus tard l’Eucharistie fut remplacée par des pains simplement bénits qu’on appelait eulogies. C’est l’évêque de Paris Odon qui, dans le cours du xu* siècle, ordonna qu'on portât le saint Sacrement aux malades avec des flambeaux et en chantant des psaumes , et que tous les passants se missent à genoux. Dans les temps de persécution , les premiers chrétiens emportaient souvent chez eux l’Eucharistie, pour se communier euxmêmes en cas de besoin. On gardait dans les églises le saint Sacrement dans un tabernacle, et plus anciennement encore dans un vase qui avait la forme d’une colombe et qui était suspendu devant l’autel. On plaçait même la sainte hostie dans le tombeau des morts; mais cet abus fut aboli par plusieurs conciles.
Nous trouvons déjà avant saint Gélase dans le sacramentaire la prière Quod ore sumpsimw. Une prière d’actions de grâces termine la messe dans toutes les liturgies , après quoi l’évêque salue et bénit le peuple en disant : « La paix soit avec vous. » Puis le diacre dit à haute voix : «Allez en paix, » ou, depuis le pape saint Léon, Ite, missaest . On lisait déjà du temps de saint Augustin l’évangile selon saint Jean; mais ce ne fut que plus tard qu’il fut mis à la ün de la messe. Le pape Sergius III, d’après saint Bona-
venture, ou saint Grégoire le Grand, d’après Bellarmin. mit la dernière main au missel. De ce que l’ordre de la messe s’est ainsi formé peu à peu, et avec certaines différences dans les diverses liturgies, il serait aussi injuste de conclure que le saint sacrifice n’existait point au temps des apôtres qu’il le serait de prétendre qu’on n’invoquait point dans les premiers siècles la sainte Vierge parce que ce n’est que dans l’année 1230 que le pape Grégoire IX, voulant s'assurer sa protection dans la lutte qu’il avait entreprise contre Frédéric II, introduisit la coutume de réciter le Salve, regina dans les églises, au son de la cloche. Ce fut Jean XXII qui fit sonner deux fois par jour, afin d’avertir les fidèles de réciter l’Are, Maria; et enfin Calixte III fit sonner aussi à midi pour implorer le secours de Dieu contre les Turcs. C’est saint Paulin de Noie qui le premier plaça des cloches dans une tour, tandis qu’auparavant on se servait d’instruments de bois, comme on fait encore aujourd’hui le vendredi saint.
C’est le cardinal Guido qui, dans le cours du xui* siècle, introduisit l’usage des sonnettes dans l’église. Le bénitier était placé d’abord dans le vestibule de l’église. Au reste, l'aspersion avec l’eau consacrée existait déjà chez les païens. Les Juifs se lavaient toujours en sortant de la synagogue ou en y entrant. Les Romains avaient aussi de grands vases placés devant leurs temples, afin de pouvoir s’y laver les mains avant d’entrer. L’Église n’a point dédaigné d’emprunter, soit aux Juifs, soit même aux païens, une partie des usages qui composent son cérémonial; le rameau franc ne devait-il pas être enté sur l’olivier sauvage? La bénédiction Dominas vobisettm , par laquelle les premiers chrétiens se saluaient , se tron%e
déjà dans la bouche du prophète Azarie; et c'est avec elle que Booz salue les siens au livre de Rulh, 11, 4. Et cette autre : Vax vobis, dont les évoques et les patriarches se servaient, n’est que la traduction du Schalum de la race sémitique, que nous retrouvons encore chez les musulmans et môme chez les brahmanes. Quant à la terminaison de toutes les prières de l’Église, on peut dire que c’est le Sauveur lui -même qui l’a prescrite en recommandant à ses disciples de prier toujours en son nom. Ces mots : Dans les siècles des siècles , ont été, selon la tradition, introduits par Esdras. L 'Amen et Y Alléluia sont des mots hébreux. L’Église , en les adoptant dans sa liturgie, de même que le Kyrie, eleison, a voulu consacrer à la gloire de Dieu et réunir dans sa prière les langues qui ont été dans les desseins de Dieu l’instrument principal de ses miséricordes.
Voici comme saint Justin le martyr nous raconte la célébration du saint sacrifice de la messe telle qu'elle avait %u de son temps, a Chaque dimanche, tous les « fidèles, soit qu’ils demeurent à la ville ou à la cam- « pagne, se rassemblent pour la lecture des écrits des « apôtres et des livres des prophètes. Après la lecture, « celui qui préside à l’église tient un discours, pour « exhorter les fidèles à imiter les vertus dont il vient d’être a parlé. Après le sermon , nous nous tenons tous debout * pour prier; puis le pain et le vin mêlé d’eau sont offerts ; « après quoi le prêtre prie de nouveau et récite l’action a de grâces, à laquelle le peuple répond : Amen . On dis- « tribue ensuite à chacun des dons consacrés, que les a diacres portent aux absents. Ceux d'entre nous qui sont u riches font alors leur offrande , et chacun donne ce qu’il
« veut. Cette collecte est déposée chez le président de u l’église, pour secourir les veuves, les orphelins, les « malades et les prisonniers , les étrangers et les autres « nécessiteux. »