CHAPITRE XVIII
Jacques , lits de Zébédéo , est décapité.
Le temps était venu où la troisième persécution allait éclater contre l’Eglise de Jérusalem, et contraindre les apôtres et les disciples ïi se disperser pour aller porter partout l’Évangile. Celte persécution eut pour auteur Hérode Aggripa, digne petit-fils du grand Hérodc. II a\ait été retenu en prison à Home sous Tibère; mais il en a\uil été tiré pur Caligula, et avait obtenu, avec le titre de roi, la létrarchic de Philippe et de Lysa ni as. Puis, après P exil d’ Hérode Antipas, son oncle, et d’Hcrodiade, il atait hérité de leurs biens. Enfin P empereur Claude, pour récompenser les services qu’il avait rendus à l’empire , ajouta à ses autres possessions la Judée, la Samarie, Abila et la contrée près du Liban; de sorte qu’il réunit sous son
JAi Ql’KS , Fil. S DF. ZKDF.DKK , EST DÉCAPITÉ.
sceptre à peu près toule la monarchie telle que l’avait possédée Hérode l’Ancien. Il revint donc à Jérusalem , en passant par Alexandrie, l’an 42, apportant avec lui le rescrit de l’empereur Claude qui annonçait au monde romain son élévation au trône. Dès le commencement de son règne, afin de plaire aux Juifs, il fit périr par l’cpée l’apôtre Jacques, fils de Zébédée. Josèphe prétend qu’il fut lapidé avec quelques autres encore; mais il veut parler probablement du meurtre de saint Étienne, qui avait eu lieu précédemment; ou bien quelques chrétiens auront été lapidés en même temps qu’il fut décapité, et les Actes des apôtres auront passé leur mort sous silence.
Saint Jacques avait répandu l’Évangile dans la Galilée, sa patrie. LeTalmud raconte qu'il fut rencontré une fois sur la place du marché de Zipporis par le célèbre rabbin Akiba, et qu’il eut avec lui une controverse religieuse. Les rabbins l’appellent, de môme que tous les autres apôtres, Y Hérétique ; ils le nomment encore Jacques de Capharnaüm, et parlent des guérisons miraculeuses qu’il opéra au nom de Jésus, le terrible, le grand inconnu; et ils racontent à ce propos l’histoire suivante : Le R. Éliézer, fils de Damas, était mortellement malade par suite de la morsure d’un serpent. Jacques vint a lui, et lui dit; Je vais prononcer sur toi le nom de Jésus, et lu seras guéri. Mais le R. Ismaél, oncle d’ Éliézer, ne le permit pas. Celui-ci le pria en lui disant : O mon père! laissez -le me guérir, et je vous prouverai par la loi qu'il n’est point défendu de se faire guérir de cette manière. Mais à peine avait- il prononcé ces mots qu’il expira. Ismaël pria sur son cadavre, et dit : Tu es bien heureux, fils de Damas, que ton corps soit mort en paix, et que ton âme
ait quitté ce monde avec sa pureté. Car tu n'as point franchi les limites de la loi, mais tu as observé ce qui est écrit : Celui qui arrache la haie sera mordu par le serpent. Les rabbins racontent encore qu'un chrétien viut un jour trouver le neveu du R. Josué, fils de I.évi, qui était près d'étouffer, et qu’il le guérit par le nom de Jésus. Lorsque le chrétien fut parti, le rabbin demanda à son neveu ce qu’il lui avait soufflé dans l'oreille. Il répondit : Le nom de cet inconnu. Le rabbin s’écria alors : Que n'es -tu mort avant d'avoir entendu ce nom! Ainsi, de l'aveu même des plus grands ennemis du christianisme, non -seulement les apôtres, mais encore les simples fidèles avaient le don des miracles. Les magiciens juifs essayèrent plus tard, mais sans résultat, de produire les mômes effets avec le nom sacré de Jésus. (Ac/., xix, 13.) Au reste, ces sortes de rencontres pouvaient avoir lieu facilement en Galilée, parce que les rabbins juifs y avaient beaucoup de relations. Ils transportèrent même pour quelque temps à Zipporis le siège du grand prêtre.
C'est ainsi que l'apôtre saint Jacques s'était attiré par ses miracles la haine des scribes d'Israël, et le roi Agrippa, qui cherchait avant tout la faveur populaire, le sacrifia à leur fureur. Voyant qu'il s’attirait par là la considération des Juifs, il alla plus loin encore, et il fit prendre Pierre pour le faire mourir de la meme manière, après la fête de Pâques. Il fit attacher !o saint apôtre à deux soldats par une double chaîne, ce qui prouve que la custodia militari* , à laquelle saint Paul fut soumis à Rome, était alors en usage dans tout l'empire romain. Et celui qui traitait ainsi saint Jacques était ce môme Agrippa qui , sous Tibère,
JACni’ES, MIS l»E ZÉIiÉDÉE, EST 0ÊCAP1TÉ. 187
avait etc enchaîne pendant six mois à un soldat, à cause d’une parole malveillante , cl qui n'avait dit sa délivrance qu’à h mort de cet empereur et à la bienveillance de son successeur. Mais Tango du Seigneur délivra Pierre de ses liens, et le conduisit hors de sa prison, au milieu de seize soldats qui le gardaient. 11 vint chez Marie, sœur de Barnabe et mère de saint Marc. Marie, comme nous l’avons vu, avait, après la mort du Sauveur, offert sa maison aux disciples, et c'est chez elle qu’ils s'assemblaient et célébraient le saint sacrifice.
Pierre frappa donc à la porte de la cour, qui était fermée. La servante, nommée Rhode, alla tout doucement pour écouter qui était dehors, et revint annoncer aux disciples que c’était Pierre qui était à la porte. Dans leur étonnement, ils ne pensaient pas même à lui ouvrir; de sorte qu'il fut obligé de frapper plusieurs fois. Mais enfui ils coururent tous ensemble pour lui ouvrir la porte; il leur fit signe de sc taire, et leur dit seulement: Allez prévenir Jacques et les frères. Car Jacques, frère du Seigneur et évêque de Jérusalem, élait resté seul en celte ville. Pierre se relira dans un autre lieu plus sur. Saint Luc, qui raconte celte histoire, l’aura apprise sans doute de la bouche de Marc lui-même. L’impératrice Ludovic, femme de Théodose le Jeune, a placé au 1er août la fête des Chaînes de saint Pierre, afin d’abolir la fête païenne par laquelle les habitants d’Alexandrie célébraient chaque année dans ce même jour la victoire remportée par Auguste sur Antoine sous les murs de celte ville. L’Église n’a rien changé depuis dans l’institution de cette fête. Et comme il y avait eu peu de distance entre la mort de Jacques et la captivité do Pierre , on plaça la fêle du
1er au 25 juillet, quoiqu’il soit historiquement >rai que ces deux événements se soient passés dans la seconde moitié du mois de mars.