LES MAGES DE L’ORIENT
Le sanhédrin des docteurs de la loi était présidé par Hillel, comme prince d’Israël. C’était un homme renommé par sa sagesse et sa douceur. Après lui venait Schammée, son rival dans l’école; car les Juifs rapportent en plusieurs endroits que Jésus a vécu encore avec Hillel et Schammée. 11 y avait encore Judas et Josué, fils de Bétira, compagnons de Schcmnjas et d’Abtalion, qui avaient cédé volontairement le siège du grand juge à Hillel , comme au plus digne de l’occuper; puis Siméon, fils et successeur d' Hillel, mais doué de moins de talent et d’énergie que lui, et sous lequel la synagogue commença à décroître. Aussi le Talmud ne fait-il de lui aucune mention. A la vérité, Néhumia ben Hakkana ne vivait plus. C’était lui qui, dans la dernière semaine jubilaire avant la tenue du Christ, avait prédit qu’elle ne tarderait pas au delà de cinquante ans. Il avait même écrit à ce sujet un livre intitulé : la Révélation des mystères ; et en mourant il laissa à son fils, nommé comme lui Hakkana, la douce espérance qu’il pourrait contempler le jour du Seigneur. C’est ce fils qui le remplaçait au conseil des grands juges. A coté de lui siégeait le célèbre disciple d’Hillel, Jonathan ben Uzziel, le paraphraste chaldéen, dont les Juifs estimaient tant le Targum que la tradition rapporte qu’il en avait puisé le contenu de la bouche même des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie. Plus loin siégeait Baba ben Rota, disciple du sévère Schammée, qui, lors de la conquête de Jérusalem et de la destruction du sanhédrin par Hérode, échappa à grand’peine au sort de ses confrères. C’est lui qui proposa à ce tyran , comme moyen d’expier son crime, de rebâtir le temple du Seigneur, et qui conduisit lui -même les travaux. Mais lorsque l’édifice fut
achevé, Hérode, dit-on, lui fit arracher les yeux, pour que ce bâtiment fut le seul dans son genre. Nous retrouvons la même tradition populaire au sujet de l’artiste qui a fait la grande horloge de Strasbourg.
Dans le sanhédrin étaient encore le vieillard Siméon . prophète, et son compagnon Pollion qui, avec Menahem, avait prédit à Hérode sa fdture élévation au trône. C’est pour cela qu’il leur laissa la vie; et même le dernier, après l'anéantissement de l’ancien sanhédrin, fut pendant quelque temps président du nouveau. Nous devons encore nommer ici Judas Sariphéi et Mathias Margalolhi, alors présidents des écoles, et qui passaient pour les plus grand* interprètes de la loi et les premiers docteurs de la jeunesse. Mais deux ans plus tard, lorsque le nouveau grand prêtre Mathias Théophili fut déposé de sa charge, le tyran les condamna à être brûlés, parce qu’ils avaient fait arracher en plein jour par leurs disciples, de la grande porte de son nouveau temple , l’aigle d’or qu’il y avait fait placer comme symbole de l’inspection suprême de l'État sur les choses sacrées. Et bientôt après eux trois mille Juifs furent encore punis de mort.
Tels étaient les pères du grand conseil, qu* Hérode convoqua lors de l’arrivée des mages. C’étaient des hommes devant qui le roi lui-même devait trembler; car ils étaient les zélateurs de la loi, les flambeaux d’Israël et les vrais chefs de la nation. L’ancien sanhédrin avait courageusement résisté trente ans auparavant à Hérode le Conquérant, avec ces paroles de l'Écriture : « Tu ne placeras « point au-dessus de toi un roi étranger. » Mais il avait par là même reconnu que le sceptre n’était plus réellement dans la maison de Juda, et que les temps étaient accomplis.