CHAPITRE XXXII
Faux mysticisme à Corinthe. Première lettre de saint Paul
aux Corinthiens.
Paul envoya d’Éphèse, l’an 53 , sa première lettre aux Corinthiens. Mais ses adversaires trouvèrent le moyen de la supprimer; de sorte qu’elle est perdue pour la chrétienté. Il y avait en effet à Corinthe des judaïsants du parti des saddqcéens qui niaient la résurrection de la chair, et qui avaient formé dans la ville des partis très-acharnés les uns contre les autres. Us distinguaient le christianisme de Pierre, celui de Paul, d’Apollon, de Jacques et du Christ, à peu près comme le font aujourd’hui les protestants. Us voulaient par là faire croire, malgré saint Paul, que le mosaïsme était encore obligatoire. Ils prenaient avec cela trop à la lettre les paroles du Christ sur la douceur du joug de l’Évangile; et leur relâchement, les idées fausses qu’ils avaient de la liberté évangélique étaient tels, qu’ils voulaient transporter dans le christianisme le culte de Vénus, à l’égard duquel Corinthe rivalisait avec toutes les autres villes de l'antiquité. De plus, beaucoup de Juifs passaient au christianisme afin de pouvoir se séparer de leur femme, supposé qu’elle ne se convertît pas. L'un
d’eux osa meme épouser sa propre belle-mère. D’autres, par une piété mal entendue, refusaient le devoir du mariage. C’est probablement à Corinthe que Faut apprit à connaître les vices et la vie criminelle des païens, comme il les dépeint si énergiquement au premier chapitre de son ÉpUre aux Romains.
Ainsi, la lumière et les ténèbres étaient en présence, et dans toute la force de leur contraste. D’après ce principe, que l’esprit de Dieu se manifeste comme il veut, chacun prétendait suivre ses propres inspirations, il résultait de là une confusion déplorable, et chez quelques-uns une exaltation et un mysticisme qui rendaient très -communs les phénomènes de clairvoyance et les extases prophétiques. Cet état s’annonçait ordinairement par des sons et des mots inintelligibles ; et comme ce phénomène était encore nouveau à cette époque, on croyait que ceux chez qui il se manifestait parlaient des langues étrangères, ou prophétisaient. Et comme, d’un autre coté, c’était presque toujours dans l’église que se produisaient ces choses extraordinaires, les cérémonies du culte étaient continuellement troublées et interrompues. L’Église de Corinthe donnait donc à peu près le spectacle de ces égarements qu’on a reprochés de nos jours aux méthodistes. C’était encore le mauvais esprit du judaïsme qui avait semé celte zizanie. Ces désordres, en elfet, avaient commencé à propos d’une question capitale chez les Juifs, c’est-à-dire du mariage entre les chrétiens juifs et les chrétiens venus du paganisme.
Nous trouvons presque jusqu’à notre époque les ramifications et les racines de l’erreur contre laquelle saint Paul s’éleva avec tant d’énergie. Ainsi nous lisons dans le