‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 515 sur 589 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Paul devant le préteur Festin» et le roi Agrippa.

Félix, après avoir gouverné la Judée pendant deux ans, fut remplacé par Porcius Festus. Lorsque Paul, parlant à Félix, lui dit : Je vous remets ma cause avec d’autant plus d’assurance qu’il y a déjà longtemps que vous êtes juge de ce peuple, il faut regarder ces paroles comme une

figure de rhétorique. 11 n’v avait en effet que deux ans que Félix gouvernait la Judée; et la suppositibn qu'il axait été peut-être auparavant gouverneur de la Samarie n’a aucun fondement dans l’histoire. Les deux années étaient alors écoulées. C’est donc une erreur d’entendre le verset 27 du chapitre xxiv des Actes des apôtres dans ce sens que saint Paul serait resté deux ans en prison à Césarée. Combien d’épitres n’aurait -il pas écrites de là pendant ces deux ans, lui qui en a tant écrit de Rome, ou cependant il était beaucoup moins libre qu'à Césarée! Le fait est qu’il resta à peine un mois en prison sous Félix. Le commandant Lysias ne pouvait larder beaucoup à venir, d’après l’ordre qu’il en avait reçu du gouverneur; et Paul, si on l’avait laissé si longtemps en prison, n'aurait pas

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manqué d’en appeler au tribunal de l’empereur. En meme temps que Félix, Ananie fut déposé du souverain pontificat par le roi Agrippa, et remplacé par Ismaël Fhabi, comme nous le lisons dans l’historien Josèphe. Mais les Actes des apôtres ne nous disent rien de ce fait; et Ananie semble malgré cela avoir poursuivi l’accusation contre saint Paul devant le tribunal du nouveau gouverneur.

Feslus débarqua à Césarée; et se rendit trois jours après à Jérusalem. Là les grands prêtres et les principaux d’entre les Juifs le prièrent de faire ramener Paul à Jérusalem, pensant à le faire assassiner pendant la route. Mais, après un séjour de huit à dix jours, le nouveau gouverneur retourna dans sa résidence. Désirant gagner la bienveillance des Juifs dès le commencement de son administration, il appela le lendemain même de son arrivée la cause de Paul à son tribunal. Mais Paul en appela à l’empereur. Quelques jours après le roi Agrippa vint à Césarée avec sa sœur Bérénice pour saluer Festus et lui présenter ses félicitations. Agrippa, (ils du roi défunt Agrippa, et, depuis la mort de son oncle Hérode, prince de Calcis, avait, dans la douzième année de Fempereur Claude , obtenu de celuici, au lieu de Calcis, le tétrarchat de Philippe, l’ancienne principauté de Lysanias, c’est-à-dire Abylène et l’Ithuréc ou le domaine de Varus près du Liban. De plus Néron

venait de lui donner les villes d’Abvla et de Julia dans la

Pcrée et dans la Galilée, celles de Tarichée et de Tibériade avec leurs districts. Comme roi titulaire de Jérusalem, il avait l’inspection du temple, et le droit de choisir le grand prêtre. Mais comme beau-frère du préteur Félix, il avait exercé bien plus d'influence encore. C’était un homme habile et prudent, connaissant parfaitement la loi : c’est du T. III. 8

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moins l’éloge que lui donnent les rabbins, et que saint Paul répète en sa présence.

Le nouveau préteur eut la pensée de présenter au roi l’illustre prisonnier confié à sa garde. Josèphe nous peiut Festus comme un homme juste et loyal, et c’est ainsi qu'il nous apparaît dans les Actes des apôtres. En Orient, les prisonniers ne sont point tenus renfermés comme chez nous; mais ils peuvent recevoir librement leurs parents et leurs amis, comme nous en voyons un exemple dans Jérémie, xxxn, 8. — xxxvi, îi, dans Socrate et Jean -Baptiste ; et c’est pour cela que Notre-Seigneur place la visite des prisonniers parmi les œuvres de miséricorde. C'est ainsi que saint Paul fut traité à Césaréc. Lorsqu’un préteur voulait honorer par une distinction particulière quelque grand personnage, il l’invitait à s’asseoir à côté de lui sur son tribunal. C’est ce que lit Festus à l'égard d’Agrippa. « Je ne comprends rien à celte querelle, » dit-il à ses hôtes, » si ce n’est que les uns disent qu’un certain « Jésus est mort, et que Paul, au contraire, prétend « qu'il vit encore. » Ces paroles étaient probablement un jeu de mots dans la bouche du gouverneur esprit fort ; car chrèstos ou christus signifiait chez les anciens un juste défunt. Le lendemain donc, Agrippa et Bérénice parurent dans le tribunal avec un grand apparat, entourés des officiers de l’armée et des magnats de la ville.

Paul était petit de taille; il avait le nez aquiliu, le front chauve, les yeux noirs, d’après le type de sa nation, et le visage radieux comme un ange; c’est le portrait que nous en font les anciens. 11 parut dans la salle, et parla a\ec une telle chaleur, qu’ Agrippa, profondément ému, se sentit presque disposé à embrasser le christianisme. Pour Festus,

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il crut que les livres lui avaient troublé les idées. Agrippa était retenu dans l’erreur par des liens bien difficiles à rompre , car il était soupçonné précisément à celte époque d’avoir un commerce criminel avec sa sœur Bérénice, qui était veuve d’Hérode de Calcis, oncle du roi. Mais cette liaison, assez semblable à celle qui avait existé trente ans auparavant entre Hérodc Antipas et Hérodiade, étant devenue publique, Bérénice épousa Polcmon, autrefois roi de Silicie ; mais elle le quitta bientôt; car le libertinage semble être le caractère distinctif de toute la race d’Hérode ; et elle finit par être la favorite des empereurs Vespasien et Titus. Le diamant qu’elle portait au doigt comme gage de son union incestueuse, obtint plus lard, d’après Juvénal, vi, ioü, comme héritage de famille, une renommée presque fabuleuse* Le Talmud fait mourir Agrippa au dernier siège de Jérusalem. Mais ce récit est inexact: car Josèphe lui soumit* ainsi qu’à Titus, son bis*toire de la guerre des Juifs; et d’après Pholius il mourut à Rome à peu près dans le meme temps que saint Jean T évangéliste, la troisième année du règne deTrajan, ou, selon d’autres, de Vespasien.

Les hôtes de Festus quittèrent la salle convaincus de l’innocence du prisonnier; et Paul aurait été mis en liberté sur-îe- champ s’il n’en eut appelé auparavant à l’empereur. Mais dès qu’il y avait appel, la cour romaine , d’après Ulpien, devait prendre connaissance de U affaire, et on lui eu adressait aussitôt un rapport. Suétone rapporte dans la vie d*Àugusle que cet empereur établit à Rome un certain nombre de consulaires pour recevoir et examiner les recours qui arrivaient des provinces, et que, pour hâter l'expédition des affaires , chacun de ces cou-

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sulaires a\uit son district, dont les procès lui étaient envoyés. Nous savons aussi de Pline le Jeune que, comme il était légat en Bithyuie, pendant la persécution des chrétiens, il envoyait à Rome, pour y être jugés, ceux qui étaient citoyens romains. L’histoire des Juifs nous offre en outre une multitude d’exemples de grands prêtres ou de chefs de rebelles qui furent envoyés à Rome dans le même but. C’est de celte manière qu’on agit avec Paul.

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