CHAPITRE L
Persécution des chrétiens par Néron. Kpilrc de saint Pierre.
Nom mystérieux de Rome.
Le 20 juillet de l’an 04 , Néron, par un caprice de son orgueil, incendia la ville de Rouie. Pour détourner de lui la fureur du peuple, excitée par ce terrible événement, il l’atlribua aux chrétiens, et ordonna la première persécution sanglante contre les fidèles. Plusieurs des saints que Paul nomme dans son Épilre aux Romains cueillirent sans doute alors la palme du martyre. La tempête ayant éclaté, et menaçant l'empire romain tout entier et même les contrées les plus lointaines de l’Orient, Pierre écrivit sa première lettre aux Églises d’Asie, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce , la Lydie et la Bythynie, auxquelles il avait prêché l’Évangile. Son Épître est datée de l’Église choisie à Babylone. Que veut dire ici ce nom de Babylone? Une tradition qui ne repose, il est vrai , que sur cette épilre rapporte que Pierre prêcha d’abord le Christ aux dix tribus qui étaient restées à Babylone dans la captivité. D’après celte tradition, la Babylone des peuples , d’où saint Pierre écrivit aux chrétiens de l’Asie Mineure, serait donc ta ville qui portait ce nom sur les
bords de l’Euphrate. Mais déjà du temps de Caligula les Juifs résidant à Babylone avaient été chassés par les Babyloniens, avec le secours des Parthcs; et six ans plus tard une peste terrible contraignit à partir ceux à qui on avait permis de rester. Ils émigrèrent tous àSéleucie, qu’Étienne de Byzance appelle aussi Babylone. C’est pour cela que
LA VIL l»L .N.- S. JESUS-CHBIST.
Wetstein conjecture que Pierre vint du Pont à Séleucie, et que c’est de là qu'il écrivit ses deux lettres pastorales. Mais les Juifs qui s’y étaient retirés furent assaillis de nouveau par les Grecs et les Syriens, et il en périt cinquante mille. Ceux qui échappèrent au carnage cherchèrent un refuge à Ctésiphon ; et ne s’y trouvant point en sûreté non plus, ils s’enfuirent à Néhardée et à Nisibe. Telle fut à cette époque , au rapport de Josèphe , Ant.t xvm, 9 ; vin, 9, le sort des Juifs à Babylone. Ce n’est donc point de cette ville que Pierre a écrit ses deux épi 1res.
tl y a encore en Égypte une Babylone, bâtie, rapporte la légende, par Bélus de Chaldée, ou, selon d’autres, par Nabuchodonosor, à la place de l’antique Memphis et près d'Héliopolis. (Diodor., î, 28.) Mais cette Babylone égyptienne n’était à cette époque, au rapport de Strabon, xvit, t , qu'un bourg insignifiant, occupé par un détachement de troupes romaines. Nous devons donc chercher ailleurs la ville dont il est ici question , et le nom que saint Pierre lui donne est évidemment un nom mystérieux. Or cette ville ne peut être que celle de Borne.
Home, à l’origine, avait reçu de son fondateur trois noms : l’un, mystérieux, qui n’élait connu que des dieux et des hommes amis des dieux; l’autre, sacerdotal, qui n'était connu que des prêtres; le troisième enfin , civil et politique, qui était connu du peuple et du monde entier. Les deux premiers noms étaient enveloppés dans un profond mystère, de peur qu’un autre peuple, venant à le connaître, n'apprit en même temps le secret de la puissance extraordinaire de cette ville , et que, conjurant ses dieux, il ne parvint à s’en rendre maître. Cependant, lorsque Borne pencha vers sa ruine, ses noms secrets