CHAPITRE LU
Idée des Évangiles.
Déjà, avant la mort de Pierre, les premiers évangiles avaient paru à Rome sous ses auspices. C’est donc ici le lieu de dire un mot sur l'idée de la notion des quatre évangiles. Quatre évangiles annoncent la vie de l’Homme-
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Dieu sur la terre. Pourquoi quatre plutôt que trois ou cinq? Quatre est le nombre divin de la révélation ; il apparaît , clans toute l'histoire de l'Ancien Testament, comme le symbole de la manifestation du nom ou de l'être de Dieu relativement au peuple d’Israël. Il est remarquable que le nom de Dieu, qui, d’après les Cabalistes, peut recevoir soixante-douze transformations, s'écrit avec quatre lettres dans toutes les langues, en hébreu, en grec, en latin, en allemand, etc., comme l'a prouvé le savant P. Kircher dans son Œdipe. Dieu, qui est trine en soi-même et dans sa personnalité, dès qu’il entre en rapport avec la créature apparait sous la forme du nombre quatre. C’est pour cela aussi qu’il y a quatre évangiles qui nous épellent, en quelque sorte, son nom, ou qui nous parlent de son apparition sur la terre. Les Védas des Indiens, qui sont peut-être les livres religieux les plus anciens du monde , se divisent , comme on le sait, en quatre parties. Il en est ainsi des livres de Moïse; car le Deutéronome n’est considéré par les rabbins que comme une répétition et un abrégé des quatre premiers livres.
Ce nombre quatre des évangiles fournit aux Pères de l’Église une multitude d’inductions et de comparaisons mystiques très-ingénieuses. Nous dirons donc avec saint Irénée (Hœr., in, ii) que les quatre évangélistes sont les quatre vents que souffle l’esprit de Dieu vers les quatre points cardinaux. Nous pouvons ajouter qu’ils sont comme les quatre voix de l’hymne que la chrétienté tout entière chante à la louange du Verbe éternel, et qui retentit de l’orient au couchant, du nord au midi. C’est pour cela qu’à la procession triomphale de la Fête-Dieu les quatre évangiles sont lus aux quatre points cardinaux. Nous dirons avec saint Au-
gustin (de Cons. evang., i, 7) qu'ils sont autour du Sc.iL éternel de la grâce comme les quatre points cardinaux dr firmament spirituel. De meme que les conducteurs J* chars dans les jeux du cirque, avec leurs chars attelés et quatre chevaux, et leurs quatre couleurs différentes, v«fe. rouge, bleue, et blanche, figuraient le cours du soteilt travers les quatre saisons de l’année, ainsi les évangélisé, avec leurs quatre emblèmes, sont comme les représentas ? du cirque céleste ou des quatre saisons, pour parier axat Sédulius. Maxime et Théophane comparent les évangélL-i * aux quatre éléments dont se composent toutes les ebo?e terrestres, et qui étaient représentés aussi par les qaaijï couleurs des rideaux du tabernacle. Saint Jérôme (Profai. in Mare.) voit dans les évangiles les quatre anneaux ét l’arche d’alliance. Et, de même que l’arche de Noé renfermait au dedans de ses quatre mure toute la vie terrestre, ainsi toute la vie céleste est contenue dans les quatre évangiles.
Clément d’Alexandrie et Méthodius les comparent aei
quatre testaments que Dieu a donnés à l’humanité pi? Adam, Noé, Moïse et le Christ. Nicolas de Lyre compare les évangélistes aux quatre grands patriarches qui étaient ensevelis à Ébron ; et Arnobe voit dans les quatre évangiles l'image des quatre lois données au monde par la Divinité : la loi de nature, celle de la circoncision, celle de Moïse et la loi de Jésus-Christ. Les évangiles renferment quatre chose?, remarque Théophylacte : des doctrines, des prescriptions, des menaces et des promesses, de même que, d’après Nicolas, ils prêchent les quatre vertus cardinales : la prudence, la tempérance, la force et la justice. Ils représentent, nous dit Philastre (ffær., 144), les quatre modes d’ensa-