‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 548 sur 589 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L’flncienne nnn£e sacerdotale ou do nouf mois.

Les anciens avaient deux sortes d’années : l’une de 365 ou 363 jours et \ , dont le vêtement des guerriers égyptiens était l’image , puisque la chaîne qui entrait dans son tissu devait être composée de 365 fils; l’autre de dix mois, ou 304 jours, qui, commençant au mois de mars, finissait dans le mois de décembre. Cette année était connue des Étrusques et des Romains. Les livres sibyllins en font mention ; et le mois de décembre est ainsi nommé précisément parce qu'il était le dixième ou dernier mois de cette année. Les deux mois d’hiver qui la précédaient , à savoir janvier et février, étaient dédiés aux

l’ancienne année sacerdotale.

dieux des ombres ei du monde inférieur, et rappelaient par là l’état du genre humain avant le déluge. Mais à coté de cette année de dix mois l’antiquité connaissait encore celle de dix révolutions tropiques (271321), et celle de dix révolutions nodules (27 -1 212), après lesquelles les nœuds de la lune reprenaient la même place relativement à l’écliptique. L’année se trouvait ainsi composée de 273, 113 ou 272, 187 jours. C’est juste le temps que l’enfant repose dans le sein de sa mère , comme le remarque Plutarque. Si donc l’ancienne année des étrusques comprenait trente-huit semaines de huit jours , celleci se composait de trente-neuf semaines de sept jours. Les Égyptiens faisaient courir cette année du 23 octobre jusqu’au lever héliaque de Syrius, qui annonçait l’inondation du Nil, et tombait le 20 juillet. C’était le jour où Osiris, ou Syrius, le dieu de l’année, dont le nom Osch lri signi-

fie ordonnateur des temps, descendait do nouveau dans les enfers.

Il en est ainsi du Niger et de l’Euphrate, et même de i’indus et du Gange. Ces fleuves , en effet , enflés au solstice d’été par les. pluies qui tombent pendant trois mois en

abondance et par les neiges fondues des montagnes, débordent et couvrent le pays jusqu’au milieu d’octobre. Avec le solstice d’été commence le sommeil de Vischnu ; trois mois après il se retourne , et les Indiens célèbrent par des fêtes joyeuses la retraite des eaux. Ils puisent de l’eau dans des cruches sacrées, puis au quatrième mois, lorsque l’inondation du Gange est terminée, Vischnu se réveille complètement : Iris ou Cérès, son épouse, répand ses dons en abondance sur la terre avec la nouvelle année.

Les trois mois d’hiver qui précédaient chaque nouvelle année étaient comme le symbole des trois âges du monde qui ont précédé le christianisme, et l’année civile était ainsi l’image de l’ensemble des temps. L’année cyclique ou sacerdotale, qui, commençant avec l’équinoxe de printemps, Unissait au solstice d'hiver, le 25 décembre, était au contraire un reflet de cette sainte période pendant laquelle Dieu s’est manifesté dans la chair, et qui va de l’incarnation à la nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aussi y avait-il une tradition chez les Juifs qui annonçait que le Messie naîtrait dans le neuvième mois, c’est-à-dire dans le mois de cisleu ou de décembre. En général , l’année de dix mois était l’armée sainte et sacerdotale. C’est elle , comme nous l’apprend Niebuhr, qui servait à dater les contrats et les alliances qui se faisaient devant les autels des dieux, et les événements les plus importants de la vie. C’est cette année eucore qui servait à déterminer le temps pendant lequel on devait porter le deuil, les époques où l’on devait payer les dots léguées par un mourant, ou les produits que l’on avait achetés à crédit. C’était encore d’après elle qu’était tixée , dès l’origine , l’échelle chronologique du taux de l’intérêt. Elle nous apparaît aussi chez les anciens Chaldéens ou Babyloniens, chez les Iraniens et les Indiens, du moins jusqu’au temps de Nabonassar, et chez les Égyptiens jusqu’après Cambyse, qui leur imposa la chronologie de Nabonassar.

Parmi les écrivains sacrés, c’est Daniel qui, le premier, fait mention de cette année de 273 jours; mais elle se retrouve particulièrement dans les Septante, chez les Juifs d’Alexandrie et chez quelques écrivains ecclésiastiques, entre autres, chez Clément d’Alexandrie, Jules

l’ancienne année sacerdotale.

Africain et Eusôbe. Même encore aujourd’hui les Knmtschadales et d’autres peuplades asiatiques et les Mexicains dans le nouveau monde ont une double année, une année solaire de 365 jours ou de 18 mois de 20 jours, avec 5 jours intercalaires, et une année sacerdotale. Celleci se compose de 20 mois de 13 jours chacun, ou de i 52 semaines de 5 jours, en tout de 2C0 jours, ou de 10 lunes à 26 jours chacune; et après 52 années civiles I l’accord se rétablit entre cette année et l’année solaire. En effet, 52 fois 365 jours= 18,980 jours; et^J-0 = 73 : c‘est- à-dire que 73 aimées sacerdotales équivalent , à 52 années de 365 jours.

Cette différence dans la manière de compter les années explique la plupart des contradictions que nous croyons trouver dans les calculs des anciens relativement à la durée des grands empires de l’antiquité ou à l’àge de certains personnages illustres, et c’est ce que Schubert a démontré d’une manière victorieuse par un grand nombre d’exemples. Quoique l’année de dix mois paraisse en

quelque sorte fournie par la nature, on peut néanmoins en attribuer l’invention proprement dite aux Babyloniens, célèbres de tout temps par leurs connaissances astronomiques, et aux Égyptiens. Ce sont eux en effet qui avaient inventé, afin de calculer les éclipses, cette remarquable période de 6585 jours et 8 heures, qui ne se divise ni par années solaires ni par jours, mais par le temps de la révolution nodale, par celui de la révolution svnodique et de la révolution anomalistique. Cette période était encore employée le dernier siècle par la plupart des astronomes pour vérifier les calculs sur le cours de la lune. Elle comprend exactement 212 révolutions nodules,-

239 révolutions anomalistiques et 223 révolutions synodiques, et ce dernier nombre joue un rêle important dans les relations des planètes et dans la sainte péiiode de la rédemption. Ainsi, les peuples de l’antiquité avaient une année solaire et civile, et une autre année lunaire et ecclésiastique, un calendrier civil et un calendrier ecclésiastique. Ils avaient souvent aussi, et pour des raisons analogues, une écriture usuelle et cursive, et une autre en gros caractères propre aux prêtres et servant pour les choses religieuses. Ils avaient une ère politique et une ère religieuse, et leurs prêtres possédaient dans leurs cycles lunaires une sorte de chronologie prophétique qui leur servait à calculer la venue du Messie promis.

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