CHAPITRE VII
La Tentation dans le désert.
Le descendant d’Aaron avait, au nom de Dieu, consacré le lils de David comme prêtre, roi et prophète. Jésus, initié désormais à ses fonctions sublimes, est conduit par l'esprit dans le désert. Ce désert, c’est celui de l’Arabie Pélrée, au delà de la mer Morte; car Jean baptisait aussi au delà du Jourdain. 11 allait commencer sa lutte contre l’enfer, et le prix de la victoire devait être le salut du monde. Dieu avait imposé une tâche à tous les hommes, à savoir, de surmonter la tentation et de vaincre le tentateur. Mais celte tâche n’avait réussi encore à personne, parce que tous les hommes portaient dans leur propre chair l’ennemi qu’ils devaient combattre. Jésus devait être plus heureux, car le mal lui était extérieur, et le démon ne pouvait l’attaquer que par le dehors. Sans cette victoire de Jésus-Christ sur l’enfer, c’en était fait de l'humanité : elle n’avait plus ni chef ni modèle dans ses luttes contrôle péché, et elle était vouée à la perdition. Le tentateur approche donc du Fils de Dieu fait chair : il l’attaque dans la triple sphère de son humanité, dans la région sensible, morale et spirituelle; car c’était là qu’il avait vaincu autrefois Adam, le premier représentant du genre
LA TENTAT'ON DANS LE DÉSERT. 293
humain; et la lutte commence entre le dragon et le fils de la femme, qui devait lui écraser la tête.
Le Sauveur se prépare à l’œuvre de la rédemption par une retraite et un jeûne de quarante jours, comme avait fait avant lui Moïse sur le mont Sinaï et Élie sur le mont Horeb. Le nombre 40 est un nombre saint dans l’histoire de l'ancienne alliance. Le déluge dura 40 jours; Joseph pleura pendant 40 jours Jacob, son père, en Égypte; Goliath défia orgueilleusement pendant 40 jours l’armée desJuifc, jusqu’à ce qu’il fût terrassé par David. Quarante jours furent donnés à Ninive pour sa conversion, et la puisance des juges dura 40 ans dans l’àge héroïque du peuple d’IsracJf Le peuple d’Israël s’était préparé pendant 10 ans , dans le désert , à entrer dans la terre promise, et l'humanité tout entière avait attendu pendant 40 siècles la rédemption et le jour qui devait l’introduire dans le royaume de Dieu. Le Christ avait été présenté au temple 40 jours après sa naissance; il fut excommunié par la synagogue 40 jours avant sa passion, et il monta glorieux au ciel 40 jours après sa mort. Enfin, l’Église, pour conserver perpétuellement le souvenir des 40 jours pendant lesquels il jeûna, a établi pour ses enfants le jeûne du carême.
Après ce jeûne de 40 jours, le tentateur approche, essayant de séduire le second Adam , comme il avait fait pour le premier. Il avait surpris celui-ci dans le paradis terrestre, et l’avait induit à manger du fruit défendu. Ici, il présente à Jésus, pour nourriture, une pierre; car c’était la seule chose que ce désert lui mit sous la main. Le Sauveur, épuisé par un long jeûne, ressent la sensation pénible de la faim ; le démon veut lui persuader de
se servir, pour soulager son corps, du pouvoir qu’il a reçu de faire des miracles. La pierre est là devant lui, image de la mort et du monde païen : qu’il l’anime, qu’il éveille la vie en elle. 11 cherche à pénétrer dans l’àme de Jésus par les sens, à l’aide de cette sensation qui éveille en lui le besoin de nourriture, en lui inspirant la pensée de changer en pain cette pierre. Ne semble-t-il pas que le démon eût comme un pressentiment du mystère adorable de l’Eucharistie, que Jésus devait instituer plus tard, et qu’il voulût lui arracher en quelque sorte une contrefaçon sacrilège de cet auguste sacrement, en lui faisant changer la substance de la pierre en celle du pain? Il insiste auprès de lui dans l’espérance de faire monter jusqu’à la partie supérieure de son Ame la convoitise sensible qui avait déjà perdu le premier Adam, lorsqu’il mangea du fruit défendu.
On montre encore en beaucoup d’églises des pierres qui ont tout à fait la forme d’un pain , et sur lesquelles on croit apercevoir encore le doigt du boulanger. La légende rapporte que c’étaient autrefois des pains qui ont été convertis en pierres, en punition de la dureté de leur ancien possesseur. Or il est remarquable que l’on trouve dans l’Arabie Pétrée, et particulièrement sur le mont de la Quarantaine, des pierres rondes et imitant parfaitement dans leurs formes des petits pains. C’était probablement une de ces pierres que Satan présentait au Fils de l’homme en lui persuadant de la changer en pain. Mais Jésus-Christ repoussa la tentation par ces paroles à jamais mémorables : « L’homme ne vit pas seulement de pain , mais du Verbe « qui procède de la bouche de Dieu. » Il s’annonçait par là lui-même comme le Verbe qui est sorti du sein de Dieu,
LA TENTATION DANS LE DÉSERT. 205
comme la céleste Eucharistie , et la nourriture vivante destinée à soutenir l’humanité épuisée.
Le tentateur approche de nouveau : il prend Jésus avec soin, et le porte sur une haute montagne. La tradition et l’opinion populaire désignent le mont de la Quarantaine, près de Jéricho. C’est une montagne formée de terre calcaire, haute et difficile à monter, qui s’élève vis-à-vis du mont Abarim, d’oii Moïse aperçut la terre promise, et qui tire son nom de la tentation qu’eut à subir le Sauveur après son jeune de 40 jours. Aride et nu jusqu’à présent, ü est là comme une montagne de malédiction vis-à-vis de la montagne des Sept- Béatitudes, de même que la mer Morte vis-à-vis du lac de Génésareth. Mais de son sommet, en plongeant vers l’est, on aperçoit l’ancienne région des Amorrhéens; puis, en levant les yeux vers le nord, on voit Galaad et Basan, le vaste héritage des tribus de Ruben, de Gad et de Mariasses. Enfin, au sud et à l’ouest, dans un immense horizon, apparaissent au regard du spectateur les montagnes et les contrées possédées autrefois par les autres tribus d’Israël, et l’œil entrevoit jusqu’aux frontières de l’Idumée. Procoke regarde cette montaguc comme une des plus hautes de toute la Judée. C’est là que Satan conduit Jésus : c’est de là qu’il lui montre tous les royaumes de l’univers, en lui promettant de les lui donner, s’il veut se prosterner devant lui et l’adorer.
Le roi de l’enfer tient devant les veux de Jésus le miroir magique où tous les royaumes du monde apparaissent à ses regards; il veut lui persuader de fonder son royaume sur la conquête, comme un Messie temporel et mondain, et de passer ainsi comme vassal à son service. Il ose même, avec une audace diabolique, lui offrir son secours dans
cette entreprise, pour arrêter par là, s’il est possible, la rédemption du genre humain. 11 se met lui -même à la place de Dieu , qui dit par la bouche du Psalmiste : « De- « mande-moi, et je te donnerai les peuples pour héritage, « et pour possession les derniers confins de la terre. » Mais l’Homme-Dieu arrête la tentation, il ne lui permet pas de monter jusqu’à sa volonté. Il rejette la proposition qui lui est faite d’établir un royaume temporel, et de devenir ce grand dominateur, cet Antéchrist qui, selon les prophéties, devait sortir d’Orient. 11 répond au démon : <t II est écrit : Tu adoreras Dieu comme ton maître , et tu u ne serviras que lui. »
Le tentateur fait un pas de plus encore : prenant Jésus, il le transporte sur le plus haut sommet du temple, et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jelte-toi en bas, car il est « écrit : Il a ordonné à ses anges de te porter dans leurs « mains, pour que ton pied ne heurte aucune pierre. » C’était là la plus haute tentation , car elle allait droit à l’esprit, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus élevé dans l’homme. Le démon, s’appuyant sur une fausse interprétation de l’Écriture, essevait d'éveiller en Jésus un sentiment d’orgueil et de présomption, afin que, possédant l’homme, il pût s’emparer par lui du Dieu qui lui était personnellement uni, et se poser ensuite comme l’égal de la Divinité. Cette tentation, Satan l’avait déjà essayée auprès du premier homme lorsqu'il lui dit : « Si vous faites « cela, vos yeux s’ouvriront, et vous serez semblables à « Dieu. » Que l’on remarque ici comment le démon emploie, pour persuader Jésus , des textes de la Bible, s'arrogeant le droit de lui interpréter l’Écriture, comme l’ont fait depuis les protestants, qui prétendent qu’il n’est point
LA TENTATION DANS LE DÉSERT
de question que la Bible ne puisse terminer. 11 dit au Sauveur : « Ils te porteront dans leurs mains, afin que ton
* pied ne heurte contre aucune pierre, » détachant du contexte ces paroles, qui allaient à son but; mais se gardant bien d’ajouter ce qui suit : « Tu marcheras sur l’as- « pic et le basilic; » parce que ces derniers mots lui annonçaient d’avance que le Sauveur briserait sa tête sous ses pieds. Ainsi font les hérétiques de tous les temps. S’agitil du jeûne, iis disent : « Ce qui entre dans la bouche ne « souille point l’homme, » ignorant que c’est par la bouche qu’Adam a péché, que le Christ lui-même a jeûné dans le désert, et qu’il nous a ordonné de jeûner apr^s que lui, le fiancé, l’époux, aurait quitté cette terre. (Marc, », xx.) S’agit-il de la confession, ils disent que c’est une pratique déraisonnable; que Dieu éprouve les cœurs et les reins, oubliant que le Précurseur l’exigeait des Juifs qui venaient le trouver, que le Christ lui-même s est mis au rang des pécheurs, et a confessé en sa personne les péchés de tous les hommes, et qu’il est dit dans l'Écriture : « A ceux à qui vous remettez les péchés ils « sont remis. » Ils rejettent avec dérision toute autorité en matière de foi, n’attachant aucun poids à ces paroles de Jésus-Christ : « Tu es pierre, et sur cette pierre je bà-
* tirai mon Église. » Ils oublient que le Christ lui-même n’a pas voulu se présenter en son propre nom, et qu’il est écrit : « Que celui qui n’écoute pas l’Église soit pour vous
comme un païen et un publicain. » Il en est ainsi pour tout le reste; ils mettent toujours l’Écriture en avant, se regardant comme des dieux , et s’appuient dans leur erreur sur des interprétations fausses ou arbitraires, comme celles dont Satan se servait à l’égard de Jésus.
Au côté septentrional du temple, sur la pointe cscarpcc de la montagne où il était bâti, s’élevaient à une grande hauteur les créneaux de la tour d'Antonia. Assise sur la terrasse d’où l’on descend dans la vallée de Tyropéon, qui s’étend entre les monts Sion, Moria et Acre, elle se dressait si fièrement dans les airs, que rien d’aucun côté ne pouvait arrêter la vue, et qu’on pouvait apercevoir au midi jusqu’à Hébron. C’était de là qu’on gardait le temple: c’était là qu’on conservait les vêtements du grand prêtre pour le jour anniversaire de la fêle des Expiations. C’était un ouvrage merveilleux, nous dit Josèphe, qui n’avait jjoint son égal sous le soleil; car la vallée était si profonde, qu’on ne pouvait regarder en bas sans être pris de vertige. Mais Hérode sut encore trouver le moyen d’v bâtir un portique d’une telle hardiesse, que celui qui montait sur les créneaux pour embrasser d’un seul coup d’œil les deux sommets, voyait tous les objets tourner autour de lui avant d’avoir pu plonger ses regards au fond de la vallée. C’est de là que les Juifs, animés d’une émulation satanique, précipitèrent l’apôtre saint Jacques, frère du Seigneur, et le lapidèrent ensuite. C’est là que Satan avait transporté le Sauveur, et lui avait dit de se jeter en bas, parce qu’il ne lui arriverait aucun mal.
Mais le Seigneur réfuta victorieusement l’interprétation sacrilège que Lucifer faisait de la Bible. Il lui dit donc • « Retire-toi de moi; car il est écrit : Tu ne tenteras point « Dieu, ton maître; » lui donnant ainsi à connaître ce qu’il était, c’est-à-dire un Dieu caché sous le voile de la chair. Satan avait cherché à le séduire par des passages de la Bible détournés de leurs sens; Jésus le convainquit par trois fois de mensonge, en lui opposant les paroles de
LA TENTATION DANS LE DESERT
la Bible prises dans leur sens authentique et naturel; l'esprit de mensonge se retira vaincu. Toute cette fantasmagorie qui n'était pas seulement dans l'imagination de notre divin Sauveur, mais que Satan lui avait réellement représentée , disparut. Jésus se trouva seul dans le désert : les anges descendirent, et lui offrirent leurs services. Il était au milieu des bêtes fauves; mais les lions et les chacals du désert ne lui faisaient aucun mal . (Marc, i, xiii.)
Le rapport qui existait à l’origine entre le premier Adam, plus tard dans l’arche entre Noé, seconde souche du genre humain, et les animaux, se retrouve ici entre ces derniers et le Sauveur du monde. Ils se sentent attirés vers lui, et semblent reconnaître son empire. Au reste, ce phénomène s’est reproduit dans la vie de plusieurs saints, chez qui la puissance de la grâce avait fait disparaître en quelque sorte jusqu’aux dernières traces du péché , comme dans saint Françoise d'Assise et saint Ignace. L'historien Josèphe remarque avec raison que Caïn est le premier qui se soit fait craindre des bêtes sauvages. Et dans cette circonstance, que nous raconte saint Marc, nous trouvons la réalisation de cette paix, de cette concorde universelle que le Messie devait apporter avec lui sur la terre, et que plusieurs, entre autres le juif Philon , étendaient jusqu’aux animaux.
C'est ce même esprit de l’enfer qui, à la mort de Jésus, s’avoua vaincu par la bouche de ses oracles, et qui , plus lard, parut éclatant de lumière devant le prophète de la Mecque dans la grotte du mont Héra. Mahomet succombant dans cette épreuve suprême , se prosterna ébloui devant Satan, principe du ruai : et substituant dans la vie, soit ici-
LA VIE DE H.- S. JÉSUS-CnRIST.
bas, soit apres la mort, le culte des sens à l'abstinence chrétienne; remplaçant dans sa doctrine la divine ProMdence par le destin des païens, il confia au glaive la mission qu’il croyait avoir de soumettre à son empire tous les peuples de la terre. En un mot, il se montra en toutes choses l’esclave docile de l’esprit de ténèbres, qui lui avait dit à lui aussi : « Si tu veux te prosterner devant moi et « m’adorer, je te donnerai tout cela. » Ainsi le roi de l’abîme, renversé du trône d’où il tenait sous son joug l’univers tout entier, se consola de sa défaite en arrachant à son vainqueur la moitié de la terre, et vengea dans la personne de Mahomet l’affront qu’il avait reçu de Jésus-Christ dans ce même désert de l’Arabie.
Après que le judaïsme et le paganisme se furent concentrés au Midi dans la secte de Mahomet, l’esprit de l’enfer ne resta pas oisif pour cela. Ne pouvant reconquérir son ancienne puissance, il essaya du moins de faire de nouvelles brèches au royaume de Celui qui l’avait vaincu dans le désert, et d’arrêter ainsi, s’il était possible, l’œuvre de la rédemption. Après avoir, pendant tous les siècles, attaqué l’Église de Dieu par diverses hérésies , il entreprit de ramasser et de réunir dans une immense confusion toutes les sectes qu’il avait jusque-là détachées du tronc , l’arianisme, le sabellianisme , le pélagianisme, le manichéisme, etc. ; et en face du panthéisme positif des disciples de Mahomet, il entreprit d’opposer à l’Église, dans le nord, une puissance formidable, fondée sur une négation universelle, et de crucifier ainsi de nouveau le Christ entre deux larrons, l’un au nord, l’autre au midi. Le tentateur approche de nouveau, et parait dans le Warlbourg devant le moine de Wittemberg. Il l’attaque d’abord par la
LA TENTATION DANS LE DESERT
concupiscence de la chair : « Si tu es le grand réforcna- » teur, lui dit-il, commande que cette chair devienne vi-
■ vante. i> Et le moine, succombant à la tentation, abolit le jeûne et l’abstinence, par lesquels le Christ lui-même avait vaincu Satan. Lâchant la bride à toutes les passions humaines, il permit aux prêtres de prendre des femmes, et leur donnant lui-même l'exemple, il entraîna à sa suite la moitié du clergé. Puis, passant dans le domaine de la volonté, le tentateur lui montre du haut de la montagne tous les pays du nord, et lui dit : « Vois! Je te donnarai tout
■ cela, si tu veux me prêter hommage, et confier à l’épéc • la propagation du nouvel Évangile. » Et le moine ambitieux, cédant aux suggestions du démon, livra l’Église h l’Etat, jeta au milieu de l’empire d’Allemagne le brandon de la discorde, et excita la noblesse à établir aristocratiquement le nouveau principe. Il leva l’épée dans la lutte gigantesque dont les bords du Rhin furent le théâtre, afin de constituer à la noux elle Église une riche dot d’évêchés et de couvents. Des princes la tentation passa aux sujets; eux aussi, prenant la réformation dans un sens démocratique, voulurent l’exploiter à leur avantage. De là cette guerre sanglante des paysans qui se soulevèrent pour répandre et propager la doctrine du moine apostat. Mais les princes leur arrachèrent l’épée des mains pour conquérir et assurer à la monarchie le riche héritage de l’Église, et une guerre fratricide de trente ans assura la victoire «lu nouvel Évangile.
Le tentateur prit encore le moine du côté de l’orgueil :
■ Si tues le nouvel apôtre, lui dit -il, élève-toi au-dessus
■ de toute autorité, et jette-loi dans l’abîme de sagesse et
■ de science que contient la bible; car il est écrit : La foi
« seule justifie. » Et le moine ébloui céda encore à cette nouvelle tentation. Ouvrant le livre aux sept sceaux, il fit de la lettre morte la règle de la foi. Pour lui, la grâce agit sans condition et d’une manière absolue dans les élus ; elle donne à chacun l’intelligence des Écritures, et rend les bonnes œuvres superflues : elle devient ainsi comme le fatalisme de cette grande association de sectes et d’erreurs qui s’est liguée au nord contre l’Église, pendant que l'islamisme l’attaque au midi. 11 raconte lui- môme comment il a été pressé d’abolir le saint sacrifice de la Messe par celui-là même devant qui le catholique se signe avec horreur du signe de la croix. Luther, il est vrai, irrité que la tentation l’ait entraîné plus loin qu’il n’avait pensé d’abord, jette au tentateur le calice magique de la nouvelle doctrine, l’écritoire, qui va souiller la muraille de son encre impure . Mais il est trop tard; il s’est livré au mal : et le nouveau principe destructeur, semblable à une puissance aveugle, étend autour de soi ses ravages, et répand partout cet esprit de révolte qui semble avoir coulé de toutes les sectes dans le protestantisme et s’v être concentré. La tentation du Christ dans le désert, bien loin d'être un mythe, est, au contraire, un fait qui se représente toutes les fois qu’un nouveau mouvement des esprits se produit dans l’ histoire. Tous les réformateurs, vrais ou faux, bons ou mauvais, doivent traverser cette épreuve, qui les conduit ensuite soit au bien, soit au mal.
Le même tentateur s’approcha aussi plus tard de Zwingle. Le conseil de Bâle et de Zurich, pour prévenir les troubles qui menaçaient le repos de ce pays, prohiba les écrits de Carlstadt, oii il rejetait la présence du Christ dans l’Eucharistie. Zwingle prit hautement la défense de