‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 77 sur 589 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Baptême de Jésus - Christ.

C’était dans les jours du mois thisri, qui correspond à notre mois d’octobre , au temps de la grande fête des

Expiations, qui tombait le 10 de ce mois, et pendant laquelle le grand prêtre entrait pour la seule fois de l’année dans le Saint des saints, et chargeait le bouc émissaire du désert des péchés de tout le peuple. « Or il arriva dans ce « même temps que Jésus de Nazareth en Galilée vint vers « le Jourdain, et se fit baptiser par Jean. » Celui qui était venu, comme représentant de l’humanité tout entière, porter et effacer tous les péchés du monde, devait, quoique pur et sans tache , se mêler à cette foule coupable et repentante. Jean ne le connaissait pas : il le baptisa donc avec la formule consacrée, c’est-à-dire au nom du Messie. Mais ce fut vraiment le premier baptême administré au nom de la sainte Trinité , comme il devait l’être désormais à tous les peuples. Ce fut la première manifestation visible de la Trinité divine ; et la profession de foi qui fut prononcée dans cette mémorable circonstance devait se répéter pendant toute l’éternité. Car les deux s’ouvrirent, et au milieu du tonnerre retentit une voix du ciel qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien -aimé, en qui j’ai mis mes « complaisances. » Le ciel fermé signifie la soustraction de la grâce et du secours de Dieu; le ciel ouvert, au contraire, est le symbole de la miséricorde qui s’épanouit. Le Père, principe des deux autres personnes divines, reconnaît Jésus, et proclame à la face du monde le Verbe

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qu’il a engendre de toute l'éternité. L’Homme -Dieu se reconnaît lui-même et se déclare comme le Messie; il prend solennellement possession de sa dignité sublime sous la sanction de l’Esprit-Saint. Le baptême, de même que la consécration sacerdotale , devait être conféré en présence de trois personnes. Or il y a ici trois personnes qui rendent témoignage au ciel , le Père , le Verbe , et le Saint-Esprit, comme il y en a trois aussi qui rendent témoignage sur la terre, à savoir Jean et les deux témoins <lu baptême.

Avec le baptême, Jésus reçut la confirmation au moment où le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme «l'une colombe. Au commencement des choses l’Esprit- Saint s'était reposé sur l’univers nouvellement créé, et l avait comme couvé sous son aile. Il apparaît encore au commencement de cette nouvelle création spirituelle que le Messie va entreprendre. Jésus-Christ reçoit donc l’esprit de sa vertu qui plane sur lui; il est revêtu de la force et «lu courage des héros au commencement de sa carrière et de la lutte qu’il >a entreprendre contre Satan. La colombe est parmi les oiseaux du ciel, de même que l’agneau parmi les animaux de la terre, l’image de l’innocence et de la pureté. Déjà, dans l’ancienne alliance, elle était le symbole de l’Esprit- Saint. Cet esprit qui avait parlé par la bouche des prophètes pendant la durée du premier temple, mais qui depuis Malachie, c’est-à-dire depuis plus de quatre siècles, avait gardé Je silence, comme les Juifs eux-mêmes en conviennent, se fait entendre de nouveau aujourd’hui. La majesté divine, qui ne se laissait plus voir dans le second temple et qui avait cessé de se manifester dans lTrim et le Thummim , se manifeste en ce moment, T. i. 9

et révèle aux bords du Jourdain le Pontife éternel et le Messie. Jésus reçut encore avec le baptême l’onction prophétique et sacerdotale. Aussi ces trois sacrements, le baptême, la confirmation et l’ordre, impriment un caractère ineffaçable, parce que le divin Sauveur les a reçus lui-même.

L’inauguration du Messie est accomplie. Jésus est proclamé devant tout le peuple comme docteur divin : désormais il va paraître en Israël comme rabbi ou docteur de la loi; car ce titre date précisément de cette époque, et déjà les disciples de Jean le donnaient à leur maître. Bien plus, Jésus est sacré pontife suprême , avec la mission d'accomplir l’œuvre de la rédemption pour le salut du monde, et d’immoler sur le Golgotlia la victime qui doit apaiser la colère de Dieu. Le prêtre de la tribu de Lévi n’entrait dans ses fonctions qu’après s’v être préparé par des ablutions et des onctions, et le pontife juif devait se baigner cinq fois à la fête des Expiations. Le Pontife éternel fait la même chose, et précisément dans le même temps.

« Or, lorsque Jésus fut baptisé, il monta aussitôt hors « de l’eau. » L’évangéliste, par ces paroles, veut nous représenter l’élévation subite , extatique et miraculeuse par laquelle le Sauveur passa du milieu des Ilots sur la terre. Il veut en même temps nous faire entendre que le baptême de Jésus fut un baptême par immersion. La manifestation céleste durait encore, et la voix du Père céleste inaugurant sou Fils retentissait. Mais Jésus s’éleva au milieu des eaux par un mouvement si rapide que les deux premiers évangélistes nous présentent le fait comme si l’apparition n’eût commencé qu’après le baptême. L’évangile des Hébreux ou des Ëbionites nous donne plus de détails sur ce fait.

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Voici ses paroles : « Comme une grande multitude de « peuple avait déjà été baptisée, Jésus vint aussi, et reçut

• des mains de Jean le baptême. Et comme il sortait de « l'eau, les deux s’ouvrirent et une voix cria : Tu es mon « Fils, mon bien-aimé en qui je trouve ma glorification.

• El voici qu’une grande lumière illumina tout à coup ce « lieu. » Au moment où le ciel s’ouvrait, le Jourdain parut tout en feu , au rapport des plus anciens Pères de l’Église, comme signe du baptême de feu que venait établir le Sauveur. C’était comme l’aurore du jour de la rédemption. « Jean, voyant ceci, dit : Seigneur, qui êtes-vous? « Et la même voix retentit du ciel. Alors Jean se prosterna « la face contre terre , et dit : Baptisez-moi , Seigneur, je « vous en prie. Mais lui s’en défendit et dit : Laissez, car a il faut que je remplisse ainsi toute justice. »

Ce qui nous est raconté ici en partie par l’historien apocryphe se trouve confirmé par l’évangéliste saint Jean , qui, étant disciple du précurseur, l’avait entendu adresser au peuple ces paroles : « Je ne le connaissais point, quoi- « que je sois venu baptiser avec l’eau , afin qu’il soit mat nifesté à Israël. Mais celui qui m’a envoyé pour baptiser « avec l’eau m’a dit : Celui sur qui vous verrez descendre « et reposer l’Esprit, c’est celui qui baptise avec le Saint-

• Esprit. Or, c’est ce que j’ai vu maintenant, et c’est pour

• cela que j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils ■ de Dieu. » C’est donc immédiatement après le baptême que Jean-Baptiste dit à Jésus-Christ ces paroles racontées par saint Matthieu, chapitre ut : à 11 faut que je sois « baptisé par vous, et vous venez à moi, » et que Jésus lui répondit : a Faites ce que je vous dis. » Car la manifestation céleste qui avait suivi le baptême avait ap-

pris à Jean-Baptiste la haute dignité de Celui qu'il venait de baptiser, comme il nous l’assure lui-même par deux fois différentes. (Saint Jean, ch. i, v. 31 et 33.)

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