PARABOLE DU FILS DU ROI
Un prince part pour prendre possession de son royaume, et ses sujets envoient après lui pour lui déclarer qu’ils ne veulent point de lui pour roi. N’est-ce pas là une parabole tout, à fait invraisemblable , et qui donne beau jeu aux rationalistes î La chose leur avait paru telle jusqu’ici ; mais il est temps do confondre leur fausse sagesse. Origène recommande à ceux qui étudient les saintes Écritures d’accepter comme littéralement vrai tout ce qui est écrit du Sauveur. Ce conseil trouve surtout son application dans cette parabole , qui , comme beaucoup d’autres, n’est que le reflet de l’histoire de celte époque. Le prince dont il est ici question, c’est Archélaüs, fils d’Hérode l’Ancien. H était allé à Rome pour y obtenir de l’empereur l’héritage du royaume de son père, et pour revenir ensuite en prendre possession. Il avait confié, pendant son absence , ses terres, ses biens mobiliers et les trésors de son père à quelques amis et serviteurs fidèles , parmi lesquels l’historien Josèphe nomme un certain Philippe , qui , pendant le voyage de son maître , défendit courageusement les sommes qui lui avaient été remises contre la rapacité de Sabinus, gouverneur de Syrie. Mais une députation de cinquante Juifs avait suivi Archélaüs à Rome, et huit mille autres Juifs se joignirent à eux dans celte ville. Us se présentèrent à l’empereur Auguste dans le sanctuaire d’Apollon, en présence des patriciens qui y étaient assemblés, et le prièrent de les délivrer desiduméens, de leur permettre de vivre d’après les lois . de leurs pères , et de réunir la Judée à la province de Syrie. Cependant Archélaüs obtint , grâce à l’appui du courtisan Nicolas de Damas, le titre de roi, qu’il convoitait, et revint dans son héritage, afin de récompenser ses partisans en leur confiant
J administration des villes de son royaume , et de se venger de ceux qui s’étaient opposés à ses desseins. Ce rapport est encore plus frappant, si nous prenons la sentence du Sauveur qui termine la parabole telle qu’Origène la rapporte d’après la tradition : « Tu as été fidèle, » aurait dit Notre -Seigneur Jésus- Christ, « dans une petite ville; va w donc dans une grande. » Au reste, les Juifs citaient volontiers les exemples de Moïse et de David, qui, parce qu’ils avaient été fldèles en des choses de peu d’importance, en gardant leurs troupeaux de la gueule des bêtes féroces, avaient mérité d’être choisis de Dieu comme pasteurs de son peuple.
(rest ici qu’il faut placer cette parole de Notre-Seigneur à ses disciples que nous trouvons consignée, d’après une tradition authentique , dans les Constitutions apostoliques , II, 36, et qui est rapportée par un grand nombre de Pères de l’Église, tels qu’Origène, Clément d’Alexandrie, etc., U savoir : « Soyez de bons banquiers. » Mais celle parabole trouvait encore son application dans la personne du Sauveur lui -même. Lui aussi allait à Jérusalem pour fonder son royaume; mais les Juifs, au lieu de l’accueillir, allaient se déclarer ouvertement contre lui. Cette parabole, rapportée par saint Luc, se rattache ici à une autre dont saint Matthieu nous a conservé quelques fragments : (V Un roi avait un fds qu’il envoya dans son royaume pour « y gouverner à sa place; mais ses sujets le prirent, le c< maltraitèrent et le tuèrent. Le roi , l’ayant appris, entra U dans une grande colère, envoya ses troupes, fit périr tt les assassins et incendier leur ville. » L’explication de cette parabole est facile. Le roi est le Père céleste; son fils est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Celui-ci voulut établir
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son royaume à Sion; mais les Juifs, le voyant arriver sans armes et sans Tappareil de la puissance extérieure, le trahirent et demandèrent son sang. Les armées du roi, ce sont les Romains, auxquels Dieu a remis la vengeance du crime commis contre son fils. Les meurtriers exécutés par ordre du roi, ce sont les 1,500,000 Juifs qui périrent dans la guerre contre les Romains; et la ville incendiée, c'est Jérusalem. C’est ainsi que le Fils de Dieu avait en quelques paroles prophétisé sa mort prochaine , la destruction de la ville sainte et la ruine de son peuple de prédilection.
tt Après qu’il eut dit ceci, il continua son chemin vers tt Jérusalem. » Ces paraboles ne nous offrent pas seulement un reflet des événements contemporains, mais elles portent encore, pour ainsi dire, l’empreinte des lieux où était Notre -Seigneur quand il les prononça. 11 y parle, en effet, d’embûches et de meurtres. Or, d’après les récits des voyageurs, il n’y a pas dans toute la Palestine de vallée ♦ d’un aspect plus terrible que celle de Jéricho. Quelques troncs de palmiers rabougris, des ronces et des épines, tels sont les seuls objets qui frappent les regards. A droite s’élève la montagne de la Tentation, et à gauche on aperçoit la mer du désert. Le vautour est à peu près le seul hôte de ces lieux. Des grottes creusées dans la pierre calcaire favorisent les desseins criminels des voleurs et des brigands. C’est là que dans la parabole du Samaritain le voyageur est pillé et assommé. Cette route était si dangereuse que longtemps après la destruction de Jérusalem, lorsque la ville d’Aelia avait été bâtie à sa place , une cohorte slationnait entre Àelia et Jéricho pour secourir les voyageiu's ; c’est ce que u(>us apprenons par la notice de
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rcQipire d’Orienl. Cette cohorte résidait probablement à Adommim, dont le nom signifie Mont rouge, et qui était appelé ainsi, disait-on, à cause du sang qui s’y était répandu. Encore aujourd’hui la gorge étroite et profonde que le voyageur rencontre entre Jéricho et Jérusalem porte le nom de Vallée du meurtre. Par l’effet d’une,contiguralion extraordinaire du sol, les deux villes de Jérusalem et de Jéricho, quoique éloignées seulement de six lieues l’une de l’autre, sont situées, la première à 2,500 pieds au-dessus, et la seconde à 600 pieds au-dessous du niveau de la Méditerranée, phénomène qui ne se retrouve peut-être nulle part ailleui's que dans celte terre des merveilles.