LE FESTIN DE BÉTHAME
qui raccompagnait depuis Jéricho, il continua sa roule, et dut arriver le vendredi même à Jérusalem. « A Béthanie tt on lui prépara un souper. » C’.élait le repas du sabiiat qui avait lieu le vendredi soir,'^t qui était toujours plus copieux que les autres. « Marthe senait; Lazare était « parmi les convives. Mais Marie prit une livre d’onguent a d’huile de nard précieuse, la versa sur la tête de Jésus « et en oignit ses pieds, qu’elle essuyait ensuite avec ses . K cheveux ; et l’odeur du parfum se répandit dans toute la U maison. Ce que ses disciples voyant, ils s’en fâchèrent « et dirent : A quoi bon cette perte? Et l’un d’eux. Judas U Iscariote, qui le trahit ensuite, dit : N’aurait- on pas du U plutôt vendre ce parfum plus de trois cents deniers, et « en donner l’argent aux pauvres? Il parlait ainsi, non a parce que les pauvres lui tenaient au cœur , mais parce .« que c’était un voleur, qui avait la 1)0111*86 et portail avec U lui ce qui y avait été mis. »
C’est ainsi qu’ont parlé dans tous les temps , et de nos jours encore, tous ceux qui ont mis la main sur les biens de l’Église et sur les trésors du temple. Eux aussi savaient bien porter la bourse. Pourquoi ces dépenses, ce luxe dans les églises? Pourquoi de l’or , de l’encens , de la cire > des lampes qui brûlent toujoui*s devant l’autel? Ne vaudrait-il pas mieux donner aux. pauvres l’argent que l’on consume inutilement en ces sortes de choses? Ces hommes sont les dignes disciples du traître Judas. « Mais Jésus dit : U Pourquoi la tourmentez-vous? Laissez -la faire. Ce c( qu’elle vient de faire à mon égard est une bonne œuvre ; (c elle a fait ce qu’elle a pu. En répandant ce parfum sur U mon corps, elle l’a fait pour le jour de ma sépulture; a ou encore : elle a embaumé d’avance mon corps pour
« la sépullure. » Ces paroles expriment clairement que Marie de Béthanie , Marie la Contemplative, ne prit aucune part à rembaumemcnt et à la sépulture de Notre -Seigneur après sa mort, mais qu’elle embauma en quelque sorte ici son corps par une anticipation prophétique. C’est pour cela que saint Jean , racontant l’histoire de la résurrection de Lazare , dit : « C/était là cette Marie qui oignit de partt fums le Seigneur, et essuya ses pieds avec scs cheveux,» pour la distinguer par là de Marie -Madeleine. La sœur de Lazare était une âme si adonnée à la contemplation, que, lorsque le Sauveur arriva à Béthanie pour ressusciter son frère , elle ne sortit de la maison que lorsqu’il l’eut formellement demandée. Et plus tard , comme nous l’apprenons encore par l’Évangile , elle ne vit rien à Jérusalem de ses souflrances ni de sa sépulture. On peut voir par là combien est peu fondée l’opinion de ceux qui confondent Marie -Madeleine et Marie de Béthanie. Dans cette hypothèse, en etfet, celte femme, qui était assise tranquillement aux pieds de Jésus, se serait, après cette première visite du Sauveur, livrée à une vie criminelle; elle aurait quitté Béthanie , et aurait vécu sur ses terres à Magdala; puis, poussée par le repentir, elle serait venue se jeter aux pieds du Sauveur, pour laver ses péchés dans les larmes. Or de tout cela l’évangéliste saint Jean ne |dit pas un mot.
Jésus continua : a Vous avez toujours des pauvres parmi « vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous « voulez ; mais pour moi , vous ne m’avez pas tou joui's. » Puis, jetant un regard lointain dans l’avenir de son Église, et considérant le culte dont elle devait honorer les saints, il dit : « En vérité, je vous le dis, partout oîi l’on annon-
L ANON in. UETHPHAGi:.
« cera rÊvan^âle^ clans tout Tunivers, un raconlera à sa « louange ce qu’elle vient de faire. Beaucoup de Juifs, « ayant appris que Jésus était h Béthanie, vinrent non- « seulement à cause de lui, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les princes des « prêtres prirent donc des lors la résolution de tuer aussi « Lazare, parce que beaucoup allaient à cause de lui, et « croyaient en Jésus, w Les Juifs racontent qu’au cinquième jour, c’est-à-dire le jour d’après l’arrivée de Jésus à Béthanie, le bruit s’en étant répandu à Jérusalem, le grand conseil envoya vers lui deux de ses membres, Ananie et Azarie, dans le but de lui tendre des pièges; que ces deux députés vinrent jusqu’à Nob, ville sacerdotale, située au couchant et tout près de Béthanie, et oîi l’arche d’alliance était restée pendant quelque temps. Or il est remarquable que ce meme lieu porte encore aujourd’hui chez les Arabes le nom de Ville de Jésus, sans qu’on trouve rien dans l’Évangile qui puisse nous éclairer sur l’origine (le ce nom.