CHAPITRE Xlll
Les Hcpodiens et leur époque.
« Les princes des prêtres, les docteurs de la loi et les « pharisiens cherchèrent alors à mettre la main sur lui : « car ils avaient bien remarqué que c’était pour eux qu’il « avait dit cette parabole; mais ils avaient peur du peuple, <( qui le regardait comme un prophète. Ils le laissèrent « donc, ils se retirèrent et tinrent conseil comment ils
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a pourraient le surprendre dans ses paroles. Ils Tépièrent « et lui envoyèrent leurs disciples, gens perfides qui (( devaient aftècter les dehors de la piété, pour le sur- (( prendre dans ses discours , afin qu’ils pussent le livrer (( au gouverneur du pays. » Le parti des hérodiens avait commencé à se former vingt ans à peu près avant la naissance de Jésus -Christ, lorsque Menahem, esprit fort dont nous avons déjà parlé, quitta la présidence du grand conseil, et passa dans le camp d’Hérode avec quatrevingts, ou, selon d’autres, cent-soixante des principaux de la noblesse juive , qui étaient en meme temps ses disciples. Celte coterie d’illuminés, qui étaient comme les francs- maçons de cette époque et dont les mœurs ressemblaient à celles des épicuriens, formait avec les autres courtisans une faction et comme une secte de cour , sous le titre d’hérodiens : c’était dans là nation le parti romain ou impérialiste. Ils occupaient presque toutes les charges. Hérode les avait initiés à sa politique astucieuse, et s’était servi d’eux pour bouleverser la constitution et les mœurs du peuple juif.
11 avait commencé par anéantir tout l’ancien sanhédrin, à l’exception de Menahem et de deux ou trois autres , et l’avait remplacé par un nouveau qui lui était tout dévoué. Soupçonnant que les tombeaux de David et de Salomon renfermaient des trésors, il avait eu l’audace de les faire ouvrir pour les piller : et deux des pillards sacrilèges qu’il avait employés à cet ignoble service furent frappés de mort subite par un jugement manifeste de Dieu. Il détruisit la constitution de l’église mosaïque et soumit celle-ci à la puissance temporelle. Il fit placer à l’entrée du nouveau temple un aigle d’or comme signe de la suprématie
spirituelle du César; et les Juifs^ irrités de cet affront fait au temple de Dieu, ayant renversé l’aigle impériale, trois mille d’entre eux payèrent de leur vie cet açte de résistance contre César. Hérode, voulant introduire dans le peuple Juif les mœurs et les habitudes romaines, fît bâtir un théâtre et une arène à Jérusalem et à Jéricho en souvenir delà bataille d’Actium : il établit des jeux quinquennaux et des combats de gladiateurs, bien plus, il osa élever â Samarie un temple magnifique à l’empereur Auguste, et deux autres àCésarée, Tun en l’honneur de Home, et l’antre en l’honneur de César. Le roi Agrippa fit meme une fois combattre comme gladiateurs 1 ,400 cri-
minels.
Pour effacer le souvenir et les traditions des anciennes familles, Hérode fit brûler tous les livres de généalogie qui étaient confiés à la garde des prêtres, imitant ainsi l’exemple de Nabonassar à Babylone, de l’empereur Tsinchi-Hoang-ti , en Chine , exemple qui fut imité plus tard encore par le calife Omar et par le czar Pierre le Grand. Après avoir changé le système du gouvernement, il voulut changer aussi les titres et même les noms des villes; et, à l’étonnement du monde entier, l’on vit en Judée les villes d’Antipater, d’Hérodion, d’Archélaïs de Césarée , de Tibériade, etc. Les tours môme de Jérusalem prirent les noms deMariamne, de Phasaôlis, si bien qu’ Adrien, plus tard, n’eut besoin que d’inscrire sur la ville en cendres le nom d’Élia-Capitolina. Les Romains, de leur côté, appliquèrent à la Judée une^de ces mesures qui sont devenues depuis si familières aux gouvernements modernes. Malgré la tolérance du sénat pour toutes les religions, il ne voulut plus permettre aux Juifs d’envoyer â Jérusalem, coyiformément
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ù leur loi , Timput du lemple. Flaccus, gouverneur en Asie^ fut chargé de faire un décret à ce sujet, sous prétexte que cet impôt tirerait le numéraire du pays. C’est ce prétexte qu’on a mis bien des fois en avant depuis, pour empêcher le clergé ou les fidèles d'envoyer leurs dons à la capitale de la chrétienté. Flaccus, ayant été mis en accusation à cause de ce décret par Lælius, Cicéron , le grand avocat de l’époque, trouva moyen de le justifier, et s’écria dans son discours Pro Flacco, c. xxviii : Quam chara gens Judœonm Dns immortalibus esset docuü, quod est victa, qmd elocata, quod servata. Ce ne fut que treize ou quinze ans avant l’ère chrétienne que les Juifs eurent de nouveau la liberté de payer l’impôt du temple, et furent affranchis du service militaire à cause du sabbat, qu’ils ne pouvaient observer dans l’armée. Au reste, Suétone, dans suYie de Tibère, nous apprend que les soldats juifs avaient une formule de serment qui leur était parti-
culière.
Mais après la destruction du lemple, les Juifs de Rome et les chrétiens, que l'on confondait avec eux, furent obligés de payer au tepiple de Jupiter Capitolin l’impôt qu’ils payaient autrefois à celui de Jérusalem; et cet impôt était exigé avec d’autant plus de rigueur qu’on croyait par là les contraindre à embrasser l’idolâtrie. Quiconque voulait renier le judaïsme et se délivrer ainsi de cet impôt devait subir sur sa personne une visite humiliante, que l’empereur Domitien lui-mème fit faire une fois en sa présence sur un vieillard, jusqu’à ce qu’eufin les Juifs inventèrent un instrument nommé spasthéter, afin de rattirer la peau du prépuce. Saint Paul fait allusion à cette pratique dans sa première Épitre aux Corinthiens, ch. vu, v. 18. L’em-
pereur Nerva adoucit un peu le joug de Timpôt des Juifs; et l’on fit à cetle occasion une médaille avec cette inscription : Fisci judaici colomnia siiblata, Hérode lui -meme avait, d’après l’historien Josèphe, osé quelque chose de bien plus grave encore , car il avait fait renfermer sous clef dans le fort Antoniales ornements sacrés que le grand prêtre portait à la fête des Expiations, afin de pouvoir ainsi tenir sous sa main le possesseur de ces insignes. Cette mesure politique fut confirmée par les Romains, et continuée jusqu’aux derniers temps de Tibère, ou Yitellius, gouverneur de Syrie, la retira peu de temps avant la démission de Pilate, sur la demande des habitants de Jérusalem et avec la permission de l’empereur. Mais douze ans plus tard, l’empereur Claude la remit en vigueur; et ce ne fut que par la médiation d’Agrippa le Jeune qu’il la retira de nouveau. Après la malheureuse issue de la guerre des Juifs, les Romains, voulant faire disparaître avec le peuple juif sa religion maudite, décrétèrent que quiconque ordon; lierait un rabbin ou se ferait ordonner serait condamné à mort, et que la ville où l'ordination aurait été faite serait brûlée et tout son district ravagé. Plusieurs rabbins moururent en effet à cette occasion.
Afin de s’assurer le pouvoir, les hérodiens avaient inü’oduit une police secrète et couvert d'espions la Judée. L’historien Josèphe nous apprend en effet que, pour se préinutiir contre le mécontentement du peuple, qui voyait avec dépit les efforts que l’on faisait pour détruire la religion et les bonnes mœurs, Hérode ordonna que chacun s’occupât uniquement de son travail. U défendit toute assemblée civile, et même toute réuuion dans les promenades ou lés auberges. Lorsque ses espions trouvaient quelqu’un en