QUESTION SUR LE PLUS GRAND COMMANDEMENT. 28 T
Les pharisiens firent à Jésus à peu près la même question, afin de pouvoir Taccuser, s’il y répondait de la même manière , de ne faire que répéter ce qu’avaient dit avant lui leurs docteurs, comme les Juifs prétendent encore aujourd’hui qu’il l’a fait en cette circonstance. Cependant Notre-
Seigneur leur répondit autrement. « Il leur dit : Qu’y art-ril
U dans la loi? Qu’y lisez-vous? Tu aimeras le Seigneur
M ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes
et tes forces, et avec tout ton esprit. C’est là le plus grand
c( et le premier de tous les commandements. L’autre res-
tf semble à celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme
« toi-même. Sur ces deux préceptes repose toute la loi et
a les prophètes; et il n’y a point de plus grand comman-
c( dement que celui»ci : agissez d’après lui, et vous vivrez.
« Cet homme, voulant faire paraître quül était juste, dit
tt à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus lui répondit :
U Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba
a entre les mains d’assassins qui le pillèrent, le couvrirent
« de plaies, et s’en allèrent le laissant à demi mort; Un
fi prêtre descendit par hasard par le même chemin , et
« l’ayant aperçu couché par terre, il passa outre. Un
a lévite , qui vint aussi au même lieu , l’ayaiit vu , contif
a nua sa route. Mais un Samaritain qui voyageait, étant
« arrivé à cet endroit et l’ayant vu, fut touché de com^
a passion, s’approcha de lui, versa de l’huile et du vin
« dans ses plaies, les banda; et, l’ayant mis sur son cher
a val, il l’amena dans rhôtellerie et eut soin de lui. Le • *
« lendemain , comme il allait plus loin , il tira deux de- « niera, les donna à l’hôte et lui dit : Ayez soin de lui; et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le paierai « à mon retour. Lequel de ces trois vous semble avoir été
c( le prochain de celui qui tomba entre les mains des as- « sassins ? Le docteur lui répondit : Celui qui a exercé la « miséricorde. Allez donc , dit Jésus, et faites de même. » Cette parabole peut bien avoir pour fondement une bistoi^e réelle. En effet, le Talmud nous apprend que douze mille prêtres, lévites et autres sei^viteurs du temple de-
meuraient'à Jéricho, la seconde ville de la Judée. Douze autres mille demeuraient à Jérusalem et dans ses environs. Il y avait donc ordinairement sur la route de Jéricho beaucoup de prêtres et de lévites qui allaient à Jérusalem
pour y servir à leur tour, ou qui en revenaient. La caverne des assassins est à peu près à moitié chemin entre les deux villes. C’est là que l’homme de la parabole est attaqué et laissé comme mort. Le prêtre et le lévite le
voient et continuent leur roule. Un Samaritain qui venait
de Jéricho, touché de compassion , le transporte dans
l’auberge de Bachurim, situé à une lieue environ de cet
endroit et à deux lieues et demie de Jérusalem. Le prêtre
venait de Jénisalem, après avoir fini son service dans le
temple. Son cœur aurait dû être animé des sentiments les
plus nobles et* les plus saints; mais il ne connaît point l’amour du prochain. Il craint de se souiller avec le sang du moribond. Esclave de la lettre de la loi, il n’en possède point l’esprit, tandis que le Samaritain, qui voyageait pour ses affaires et dont la tête devait être préoccupée des intérêts de celte vie, est touché de compassion.
L’opposition qui existe entre la conduite dç ces deux hommes paraît bien plus profonde encore lorsque l’on considère comment lés Samaritains étaient traités par les Juifs. Ceux-ci regardaient les Israélites comme leurs frères, les prosélytes comme leur prochain, et tout le
Qt'tSTION SUR LL PLUS GRAND COMMANDEMENT. 2«‘J
reste des hommes comme leurs ennemis. Ils ne se seraient fait aucun scrupule de laisser mourir sans secours un Samaritain , de même qu’un étranger. S’il était tombé dans une fosse et qu’il leur eût demandé du secours, loin de l’aider, ils lui auraient plutôt enlevé l’échelle avec laquelle il eût pu échapper à la mort. Nous trouvons en effet cette doctrine exécrable dans leurs propres livres et même dans leur grand canoniste Maimonides. Celui qui avait tué un païen, ou, ce qui était la même chose, un Samaritain, n’était point condamné par le sanhédrin comme meurtrier, parce que la loi dit seulement : r Si quelqu’un tue « son prochain. » Or ils ne regardaient pas les Samaritains comme leur prochain. Bien plus, ^d’après le commentaire de Maimonides, c’était un mérite de tuer des hérétiques ou des apostats; et c’était, au contraire, un péché d’avoir pitié d’eux et de leur sauver la vie , parce que l’on faisait alliance de cette manière avec les impies. Il compte les sadducéens parmi ceux que l’on peut tuer sans attendre la sentence du juge. Il ajoute néanmoins : Ceux qui, étant nés de parents hérétiques, ont été élevés dans leurs principes, ainsi que leurs descendants, ne méritent pas de châtiment. Toutefois, aujourd’hui encore, lorsqu’un Juif se permet de louer un chrétien , on lui répond pai’ cet ancien proverbe : « Tüe le meilleur « des Goim, c’est-à-dire des étrangers. » Ce proverbe se retrouve dans le Sohar (iii, p. 22), qui l’explique en disant que dans tout incirconcis il y a une infection diabolique, qui, lors même qu’il s’est soumis à la circoncision, ne disparaît qu’à la troisième ou quatrième génération, et le rend jusque-là digne de châtiment. Que l’on s’étonne après cela des accusations portées de temps en temps
T. lU
contre les Juifs, et qui se sont renouvelées encore de nos jours, à Toccasion du meurtre du père franciscain de Damas.
Ces notions juives du prochain et de l’amour du prochain, qui ont survécu au droit des gens de l’antiquité, venaient de la haine profonde que le judaïsme a eue de tout temps contre ce qui est étranger. Ils avaient toujours devant les yeux Texemple de Josué exterminant par l’ordre de Dieu les Chananéens, qui, par leurs sacrifices humains et leur culte atroce , avaient attiré sur leurs têtes la malédiction divine; et, prenant pour règle un fait exceptionnel et transitoire, ils s’étaient fait d’après lui une théorie générale du droit des gens, dont ils espéraient voir la réalisation au temps du Messie , s’il leur était impossible jusque-là de la mettre en pratique. C’est là ce qui doit relever tant à nos yeux la conduite du Samaritain, puisque , s’il se fut trouvé dans le même cas que le Juif qu’il secourait , il n’aurait eu à attendre de lui ni secours ni compassion.
Quelques docteurs de la loi qui étaient présents et qui avaient écouté cette parabole, voyant le triomphe de Notre-Seigneur et la confusion de ses ennemis, lui dirent : « C’est bien , maître ; vous avez bien parlé. Et l’iin d’eux a lui dit : Maître, vous avez raison ; il n’y a qu’un Dieu, « et il n’y en a point d’autre que lui. I/aimer de tout son « cœur , de toute son âme , de tout son esprit et de toutes « ses forces, et aimer son prochain comme soi-même est « plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. « Jésus, trouvant qu’il répondait si bien , lui dit : Il y a « longtemps que j’ai désiré d’entendre un tel discoui*s, « et je n’avais encore troiné pci*soime qui parlât ainsi.»
LE CilKiST FILS DE DAVID.
Cette phrase est rapportée par saint Irénée comme ayant été prononcée par Notre-Seignenr Jésus^Clirist. {Hmns,, I, .17.) « Tu as bien répondu; fais cela, et lu vivras, et « tu n’es plus loin du royaume de Dieu. »