‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 130 sur 190 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Chi’isl , fils de David.

« Or, comme Jésus enseignait ainsi dans le temple , il tt alla vers les pharisiens assemblés , et leur adressa cette U question : Que pensez-vous du Christ ? De ^ui est-il « fils? Ils répondirent : De David. Il leur dit alors: Com- « ment les docteurs de la loi disent - ils donc que le « Christ est fils de David ? David dit pourtant dans le « Saint-Esprit: Le Seigneur dit à mon Seigneur: As- « seyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je mette vos « ennemis comme un escabeau sous vos pieds* Si David a rappelle ici son Seigneur, comment est -il son fils? U Personne n’osait lui répondre un mot à ce sujet j et « à partir de ce jour personne n’osa plus l’interroger* » Le mot fils, comme nous l’avons vu plus haut> signifie aussi chez les Hébreux serviteur. Mais les Juifs comprenaient si peu le contraste de l’exaltation et de l’abaissement du Messie qu’ils en admettaient deux ; Tuii souffrant, fils de Joseph, et l’autre triomphant, fils de David. Or les rabbins appliquaient au premier le passage du psaume cité ici par Notre-Seigneur. Bien plus, le Targum le traduit par ces paroles : « Le Seigneur a dit à son Verbe. »

LA Vit DE N. -S. JEÿL«"tHKI6T.

tt Mais toute la foule du peuple T entendait avec plaisir.» Ces dispositions favorables ne devaient pas durer longtemps; et c’est là un des exemples les plus frappants et les plus instructifs à la fois pour ceux qui seraient tentés de rechercher la faveur populaire. Ainsi, Notra- Seigneur avait en ce jour confondu la sagesse de la synagogue, la politique des hérodiciis, l’athéisme des sadducéens et Toptimisme des docteurs Juifs et des pharisiens. Il avait vaincu de celle manière le judaïsme dans scs trois branches principales. 11 y avait encore, il est vrai, les esséniens ou le^ dévots, dont nous n’avons point encore parlé, et que nous devons faire connailre au lecteur pour qu’il puisse embrasser d’un regard tout l’ensemble des rapports qui existaient dans la Judée pendant la vie de Notre-Seigneur.

Les esséniens, ou thérapeutes, comme les appelaient les Grecs, habitaient principalement à l’ouest de la mer Morte, aux environs d’Engaddi. Ils avaient de plus, çà et là dans les villes, des couvents d’hommes et de femmes. C’étaient eux qui avaient introduit dans la Palestine la doctrine des Perses sur la lumière, et préparé ainsi le germe du gnosticisme, qui devait être plus tard si dangereux pour l’Église. Us appelaient les maisons où ils habitaient ensemble monastères, et la vie pénitente qu’ils y menaient ressemblait beaucoup à celle des bonzes indiens. Livrés à la prière, à la méditation et au travail, et liés ensemble par une entière communauté de biens, ils ne souffraient aucun esclave parmi eux, mais prêchaient au contraire l’abolition de l’esclavage. Au reste, ils étaient si modestes et si retirés que le Talmud et les rabbins , pas plus que la Bible, ne les nomment pas même une seule fois; et cependant c’est d’eux que sont parties les plus

LE CHRIST FII:S l>K DAVID.

grandes révolutions spirituelles qui ont remué la Judée. Us ont disparu au milieu des bouleversements de ce malheureux pays.

Ils regardaient l’àme immortelle de Thomme comme rélher le plus pur, comme une émanation de la lumière divine, qui, tombée dans la matière, a besoin d’être tirée de la prison du corps par l’accomplissement des vertus qui constituent la perfection morale. Us niaient la résurrection de la chair, et la plus grande partie d’entre eux rejetaient le mariage. Us adressaient leurs prières au soleil, à son lever et à son coucher. Semblables aux samanes et aux dénichés, ils dansaient au milieu des repas dos danses mystiques qui représentaient la marche des astres. Us avaient dans leurs couvents le sceau cabalistique de Salomon, ou le symbole pythagoricien de la création, à savoir deux triangles entrelacés ensemble et entourés de rayons. Ils appelaient ce signe le bouclier de David, et les Juifs s’en servent encore cà et là comme d’un talisman. Us ne se permettaient jamais aucun mensonge, observaient un silence rigoureux et ne prêtaient jamais serment. Ils étudiaient les vertus des plantes, prédisaient l’avenir, exerçaient la médecine à l’aide de racines et de pierres magiques. Ils s’enveloppaient le corps dans des habits blancs, ne mangeaient que du pain, du sel, des herbes et des fruits, ne buvaient que de l’eau, et jeûnaient avec une grande rigueur. Tous les cinquante jours ils se réunissaient dans un festin, et chantaient ainsi pendant toute la nuit des psaumes en deux chœurs, l’un d’hommes, et l’autre de femmes. Ils rejetaient les sacrifices et toutes les cérémonies extérieures : cependant ils célébraient le sabbat plus exactement encore que les autres Juifs. Ils envoyaient aussi

leu 1*8 dons au temple de Jérusalem, chantaient des psaumes, et lisaient assidûment les livres saints. Ils étaient partagés en quatre ordres, avaient un premier noviciat d’un an, et un autre de deux ans h peu près, comme les disciples de Pythagore. Ceux qui étaient parvenus à l’ordre le plus élevé s’appelaient Cathares ou purs; et ce nom, que l’on retrouve plus tard chez les gnostiques , a servi de racine au mot allemand hetzer, hérétique. Les esséniens juifs ressemblaient en beaucoup de choses aux Rechabites du désert, h cette tribu arabe qui, après avoir, sous la connuite de Jelhro, suivi les enfants d’israèl dans leur émigration à travers le désert, continua sa vie nomade au sud de la Palestine, et fut toujours traitée avec ménagement par les Juifs, quoiqu’elle restât étrangère à la révélation mosaïque. Jérémie lui-méme ne craignit pas de les citer plus tard comme modèle aux Juifs, à cause de leur fidélité et de leur obéissance aux préceptes de leur fondateur. (Jérémie, xxxv. )

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