CHAPITRE XVIII
L’Otfpande de la pauvre vtiuve. Des monnaies juives.
« Jésus étant assis vis-à-vis du tronc, il prenait garde de tt quelle manière le peuple y jetait de l’argent. » Les troncs placés dans le temple pour y recevoir les offrandes s’appelaient trompettes, à cause de leur forme. H y en avait
LA VIE DE N. -S. JÉSüS-CnRlST.
treize, d’après le nombre des rideaux, des portes du temple, des lieux consacrés à la prière et des tables du sanctuaire. Chacun avait sa destination particulière. Il y avait aussi treize cassettes, que portaient les collecteui's de l’impôt du temple. L’un de ces troncs était destiné à recevoir l’impôt de l’année courante; le second était réservé pour les arrérages, et l’on jetait dans le troisième l’argent avec lequel on payait les colombes pour les sacrifices. C’étaient là les trois grandes boîtes que l’on ouvrait seulement aux trois grandes fêtes de l’année. Il y avait des troncs particuliers pour les autres oiseaux, pour le bois du temple, pour l’encens. Le septième était la cassette d’or, où l’on déposait les pièces d’orque l’on avait vouées à Dieu. Le huitième était consacré aux frais des sacrifices expiatoires, et le neuvième à la purification des souillures légales et
involontaires. Le dixième était pour les femmes qui étaient en couches ou qui avaient un flux de sang. Puis il y avait la boîte des Nazaréens, celle des lépreux et celle des dons volontaires pour les holocaustes. Outre cela, chacun, selon l’inspiration de sa conscience, pouvait appliquer son aumône à quelque but particulier, et donner de l’argent pour acheter les victimes de chaque jour, pour les libations, le sel, les pains, les habits des prêtres, en un mot pour tout ce qui servait au culte. On pouvait même donner en nature l’encens et le bois pour les holocaustes. Une inscription indiquait la destination spéciale de chacune de ces boîtes ; chacune aussi portait son numéro, en grec et en hébreux. Les dix dernières étaient ouvertes tous les mois, de même que celle oîi l’on déposait les vases d’airain que l’on offrait au temple. On en lirait le corban, et on l’employait au service de la maison du Seigneur. Toutes ces
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boites étaient dans le portique des femmes, oîi il y avait d’ailleurs, comme nous l’avons vu plus haut, des sièges pour ceux qui voulaient s’asseoir.
C’est là que Notre -Seigneur s’assit, vis-à-vis du trésor.
« Or plusieurs riches jetèrent de grosses pièces d’argent tt dans la cassette. Comme il regardait, il vit aussi une a pauvre veuve qui y mit seulement deux petites pièces, tt c’est-à-dire un denier. 11 appela ses disciples , et leur (( dit : En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis « plus que tous les autres avant elle; car ceux-ci ont contt ü*ibué dans leur abondance aux sacrifices offerts à Dieu; U mais elle, qui est dans le besoin, a donné tout ce qu’elle tt avait. » Cette pauvre veuve avait mis dans la boite deux lepton, et l’on ne pouvait mettre moins dans le tronc des ollrandes. L’écu juif s’appelait stater, seckel ou selaa; il valait quatre drachmes ou deniers. Un denier était le prix ordinaire d’une journée de travail, et contenait six raea, douze pondion , vingt-quatre as, quarante-huit musmes , quatre-vingt-seize quadrants et cent quatre-vingt-douze pruta. Ces noms indiquent qu’il y avait en Palestine des monnaies juives, grecques et romaines, suivant le mélange des diverses populations.
Lorsque l’on considère les données éparses çà et là dans les Évangiles, on ne peut s’empêcher d’admirer l’exactitude minutieuse des évangélistes en tout ce qui concerne les monnaies ; et c’est encore une preuve manifeste que ces livres divins ont été écrits lorsque le peuple juif jouissait encore de sa nationalité , mais était sur le point de la perdre, et qu’ils ont eu pour auteurs des hommes qui ont vécu au milieu de ces rapports et de ces circonstances. Les impôts les plus ancietis, ceux qui existaient
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avant la domination des Romains, sont évalués d'après la monnaie grecque, comme, par exemple, l’impôt du temple. C’était^ sur le pied de celte monnaie que Ton pavait les offrandes. Mais dans le commerce journalier on comptait d’après la monnaie romaine, par as et deniers. Il en était de même pour les impôts les plus récents. Les rabbins racontent qu’une femme voulant une . fois offrir au Seigneur une poignée de farine, le grand prêtre la repoussa en lui disant que son offrande n’avait aucune valeur. Mais Dieu lui apprit dans un songe qu’il ne devait pas refuser ce don, quelque petit qu’il fut, parce que cette femme, en le lui offrant, lui avait donné toute son àme. C’était aussi ce que Noire -Seigneur voulait faire comprendre à ses apôtres en celte circonstance. Celui qui donne un quadrant aux pauvres, disaient les Juifs, prolonge sa vie, et Dieu lui donne en retour la vie éternelle.