CHAPITRE XXVIII
Du jour de la Préparation.
a Or la fête des pains azymes, qui s’appelle la fête de « Pâque, approchait. Jésus dit alors à ses disciples : Vous « savez que c’est la Pâque dqns deux jours, et que le Fils c< de l’homme y sera livré pour être crucifié. Les disciples tt vinrent à lui, et lui demandèrent : Où voulez -vous « que nous allions prendre les dispositions nécessaires, « et préparer pour vous l’agneau pascal? » Les trois premiers évangélistes désignent le jour de la cène comme le premier des pains azymes. Or la veille du 14 nisan au soir, chaque Juif, prenant une lanterne, parcourait sa maison afin de n’y rien laisser de fermenté. Le. quatorzième jour , où l’on mangeait au soir l’agneau pascal , était donc le premier jour des azymes ; et du 14 au 21 inclusivement on ne pouvait manger de pain fermenté. Ce jour s’appelait parascève ou le jour de la préparation. Le Sauveur aurait donc de cette manière accompli son sacrifice le jour même de la Pâque, ou le 15 nisan. L’évangéliste saint Jean déclare, au contraire, â plusieurs reprises, que le Christ est mort le jour de la préparation où l’on égorgeait Tagneau pascal. De là vient cette grande question discutée jusque aujourd’hui parmi les théologiens : à savoir, si le Christ a mangé la pâque le 1 3 ou le 14 nisan, et, par conséquent, s’il est mort le 14 ou le lo. Saint Chrysostome prétend que Jésus seul mangea l’agneau pascal au jour fixé par la loi , et que les Juifs, au contraire, reculèrent la fête d’un jour, pour pouvoir auparavant
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exécuter la sentence portée contre Notre -Seigneur. En d’autres ternies, ils auraient compté le mois précédent comme un mois plein, c’est-à-dire de trente jours, et le Christ ne l’aurait compté que de 29 jours, de sorte qu’au fond et les Juifs et Notre -Seigneur auraient mangé la pàque le quatorzième jour.
Lightfoote pense , au contraire , que Jésus mangea la pàque avec les Juifs, selon la coutume, le 14 nisan; de sorte que le 15 nisan , ou le jour de la Pâque , serait tombé le vendredi, et qu’il faudrait admettre deux joui*s de préparation , l’un pour la fête elle-même, le jeudi , et l’autre pour le sabbat de la semaine, le vendredi. En effet, d’après la remarque de Samuel Bochard, chaque vendredi était considéré comme le jour préparatoire du sabbat, et portait en effet ce nom; et l’on ne pouvait en ce jour, depuis la neuvième heure , faire aucun travail , ni allumer aucune lampe. Mais cette hypothèse n’est pas plus admissible que la première ; car aucun sabbat ou jour de fête ne pouvait servir de jour préparatoire pour un autre; bien moins encore le saint jour de Pâques pouvait-ilsen ir de préparation au sabbat.
Si l’on admet que le Christ a été crucifié au grand sabbat de la fête, il faut supposer qu’il fut pris par les gardes et les princes des prêtres dans la nuit sainte de la Pàque , après avoir mangé l’agneau pascal, puis qu’il fut condamné à mort, et que, pendant le jour, on fit tous les préparatifs nécessaires pour l’exécution. Or ceci est contraire à la coutume des Juifs et au précepte formel de la loi, qui commandait le silence le plus absolu pendant le grand sabbat. C’est pour cela que le Talmud dit à propos des grands jours de fête qu’on n’y prononce point de juge-
ments. Ceci s'appliquait aussi à la veille des fêtes; mais surtout à la nuit de la Pâque, pendant laquelle on ne pouvait entendre aucun témoin. Les Juifs avaient même fait confirmer ce privilège par le sénat romain ; et cependant il fallut bien entendre des témoins, et prononcer un jugement pour condamner Jésus-Christ. Comment Pilate, qui désirait tant acquitter Jésus -Christ, n'aurait -il pas fait remarquer aux Juifs qu’une exécution était illégale ce jour -là? Les princes des prêtres, que nous voyons si occupés sur le Calvaire, pendant que Jésus -Christ y était sur la croix, n’auraient- ils pas dû, au lieu d’être là, rester dans le temple, depuis le premier chant du coq, oü les Israélites commençaient déjà à se rassembler dans le portique , afin de purifier l’autel des holocaustes, d’offrir le sacrifice du matin , et d’égorger les victimes sans nombre qui devaient être offertes.
Chaque fête, .de même que chaque sabbat hebdomadaire, était le souvenir et l’image du septième jour de la création , où Dieu se reposa, et la figure de cette paix. éternelle qui nous attend dans l’autre vie. C’est pour cela qu’on ne pouvait en ce jour ni travailler ni même porter des armes, comme la Mischna le défend expressément. Et cependant Pierre avait deux épées et coupa l’oreille à un des serviteurs du grand prêtre. Ce ne pouvait donc être la nuit sainte de la fête. De plus, si Jésus avait mangé la pàque le 44 au soir, d’après les prescriptions de Moïse, il n’aurait pas même pu aller avec ses disciples au mont des Oliviers ; car il fallait passer la première nuit au dedans des murs de Jérusalem , parce que ce lieu était considéré comme saint d’une manière toute spéciale. On pouvait , il est vrai , les autres jours de la fêle , à cause du grand
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nombre des pèlerins, dresser des tentes hors de la ville;
mais dans la nuit de la Pâque jusqu’au matin personne ne
pouvait passer le seuil de sa porte, parce que l’ange exterminateur avait frappé dehors en Égypte pendant celte nuit tous les premiers-nés. Agir autrement, c’eût été violer la loi qui dit (Exode , ch. xii, v. 22) : a Qu’aucun a de vous ne passe la porte de sa maison jusqu’au malin.» Comment les apôtres, voyant Judas s’en aller après la cène, auraient -ils pu croire que Notre -Seigneur l’avait chargé de porter quelque chose aux pauvres, ou bien encore' d’acheter quelque chose pour la fêle [Év\ saint Jean, ch. xm, v. 29), puisque le temps d’acheter était passé, et que la Pâque au soir du 14 était précisément la principale partie de la fête? Et d’ailleurs ce soir-là aucune boutique n’était ouverte , et il était expressément défendu de vendre ou d’acheter. Bien plus, d’après la Mischna, une fois la fête commencée , on ne pouvait plus rien donner aux pauvres, ni rien en recevoir.
Ce porteur d’eau que les disciples du Sauveur rencontrent à la porte, avant le coucher du soleil, que faisait-il là, sinon de rapporter à la maison, dans une cruche couverte, l’eau nécèssaire pour préparer les pains azymes? Car, d’après la coutume, le soir, dès que le 14 nisan commençait, chaque père de famille allait puiser de l’eau en disant ; Ceci est l’eau pour le pain azyme. Puis la mère de famille boulangeait et faisait cuire la pâte dans la matinée. Déplus, le jour suivant, Simon de Cy rêne revient des champs à la maison , portant du bois pour le sabbat, comme le prouve le contexte. Comment aurait-il pu le faire le jour de la Pâque, puisqu’il était défendu de porter du bois en ce jour, ne fût- ce qu’autant qu’il en
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fallait pour faire cuire un œuf? Il aurait été lapidé,
comme cet homme dont il est parié au livre des Nombres (ch. XV, V. 32). Nicodème aussi va chercher environ cent livres de myrrhe et d’aloès. Et cependant il était sévèrement interdit de porter des parfums, si peu que ce fût, pendant le sabbat. Car tout ce qui était défendu dans le sabbat ordinaire Tétait aussi dans les jours de fête, et bien plus encore le jour de la Pâque. Les saintes femmes courent promptement acheter des aromates; puis elles se reposent à cause du sabbat qui commence. (Saint Luc, ch. xxiii, v. 50.) Et cependant les femmes violaient le sabbat non -seulement en achetant ou en vendant , mais encore en portant de Targent avec elles. Elles auraient donc fait tout cela le premier jour de la Pâque , qui était le plus solennel, et se seraient reposées le second jour?
Saint Jean (ch. xix, v. 31 ) raconte que les Juifs se hâtèrent d’üter Jésus de la croix, parce que le grand sabbat approchait. Or on n’appelait ainsi que le premier et le dernier jour dans les fêtes qui duraient une semaine, tandis que les autres jours n’étaient que des demi -fêtes et s’appelaient petite fête ou petit sabbat. Le jour où Notre-Seigneur est mort n’a donc pu être le grand jour'de la Pâque;* et la veille , où il a célébré la cène, n’a donc pu être non plus le 14 nisan ou le jour de la préparation. Enfin le Talmud, dans le Traité des Juges, fol. 43, 1 , rapporte, d’après la tradition historique des Juifs, que Jésus-Christ fut crucifié la veille de Pâque, ou le 14 nisan, qui, comme nous le savons, était cette année -là un vendredi. Et, depuis ce temps , les Juifs ont disposé leur calendrier de telle sorte que le 15 nisan ne puisse tomber dans les
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jours nommés* Badu, c’est-à-dire le lundi, le mercredi et le vendredi. Le jour de la Pentecôte tombait un jour plus tard dans la semaine que le premier jour de Pâques. Or toute la tradition chrétienne nous enseigne que c’est un dimanche que le Saint -Esprit est descendu sur les apôtres : le 1 5 nisan a donc dû tomber le samedi ou le jour du sabbat cette année-là.
Ce que nous dit l’apôtre saint Paul dans sa première Épître aux Corinthiens (v, 7), à savoir que le Christ a été immolé pour nous, comme le véritable agneau pascal, me semble décider la. question sans réplique. C’était en vue de la mort du Christ, véritable agneau de Dieu, que l’immolation de l’agneau pascal avait été fixée dans l’Ancien Testament au 14 nisan. C’est pour cela que Pierius regarde comme une ignorance impardonnable de croire que le Christ a mangé la pâque avec ses disciples le 14 du mois , et qu’il est mort au grand jour de la fête; car de cette manière la mort du Sauveur n’aurdil pas accompli d^une manière aussi parfaite les figures qui l’avaient annoncée. Le quatorzième jour du mois est donc le grand jour du sacrifice où l’agneau de Dieu fut lié et livré à la mort, vers la neuvième heure. Aussi les trois premiei*s évangélistes, en contradiction apparente avec eux-mêmes, nomment-ils expressément le jour où Notre-Seigneur est mort . le jour de la préparation, ou la veille du sabbat. Ce n’est pas assez : saint Marc nous dit que le grand conseil se rassembla deux jours avant la fête de Pâque. Or ceci arriva le jeudi : donc le sabbat de la semaine devait coïncider cette année-là avec le sabbat de la fêle, ou le 45 nisan. Et puisque le Sauveur est mort le vendredi, il doit avoir mangé la pâque et avoir été pris par les Juifs la
veille au soir, après cette réunion du grand conseil.
Mais comment justifier cette supposition? Par les propres paroles de Notre-Seigneur, qui dit à ses disciples, en saint Matthieu , XXVI, 2 : « Vous savez que c’est la Pâque dans tt deux jours, et que le Fils de l’homme va être livré (( pour être crucifié. » Ces paroles nous indiquent comment le désir ardent qu’il avait de manger une fois encore avant sa mort l’agneau pascal avec ses disciples lui fit anticiper le jour du repas pascal, et l’engagea à manger l’agneau avant la fête. (Saint Jean, xiii, 1.) C’est pour cela que ses disciples lui demandent où il veut qu’on lui prépare le festin pascal. C’est pour cela aussi qu’il charge ses deux apôtres de l’excuser auprès du père de famille, et dé lui dire ; a Le maître vous fait prévenir que son temps a approche, etc. » (Saint Matthieu , xxvi, 18.) Il s’excuse en quelque sorte de faire la cène avant la fête de Pâque , comme saint Jean nous le fait entendre (xiii, i), parce que l’heure était venue pour lui de quitter ce monde.
Notre-Seigneur transgressait-il la loi de Moïse en mangeant la pàque à l’entrée du jour de la préparation ? Nous savons bien que les Samaritains célébraient souvent la Pâque un jour avant ou un jour après le temps fixé par la loi. On peut même prouver que les Chutéens, de même que les Caréens, interprétant d’une manière toute particulière la prescription de la loi (Exode, xii , 6 , et Deuteron,, XVI , 6 ) qui ordonnait de garder l’agneau pascal jusqu’au soir du 14, et de l’égorger ensuite, entendaient cette expression du soir qui commençait , et non de celui qui finissait ce jour. Et comme chez les Hébreux le jour commençait avec le coucher du soleil , ils prenaient le soir du 13 nisan pour le soir du 14 , et célébraient par
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conséquent le repas pascal un jour plus tôt. Les Galiléens, de leur côté , qui observaient un grand nombre de fêtes, tenaient la veille de la Pâque pour aussi sainte que la fête elle-même. Aussi lisons-nous dans la Miscbna : <c En Ju^ <t dée , on travaille encore au jour préparatoire de la tt Pâque, mais non en Galilée. » Mais pouvaient -ils aussi célébrer plus tôt le repas pascal? Le P. Hardouin croit que cette anticipation avait lieu quelquefois chez les Juifs euxmêmes. Selon lui, l’immense multitude des agneaux qui devaient être immolés, et dont le nombre montait souvent jusqu’à deux cent cinquante mille , ne permettait pas de les égorger tous le même soir, pendant les quelques heures qui s’écoulaient depuis le sacrifice de l’après-midi jusqu’au coucher du soleil, comme la loi l’ordonnait, d’autant plus qu’ils devaient être immolés en présence de ceux à qui ils appartenaient, et dans le vestibule, les portes fermées. C’était pour" faciliter cette opération que les pèlerins de toutes les nations qui accouraient à Jérusalem , se divisaient en groupes , dont chacun passait à son tour. On commençait donc , dit toujours le P. Hardouin , à égorger les agneaux dès le 1 3 nisan dans le vestibule ; et beaucoup de Juifs faisaient rôtir dès le même
soir l’agneau pascal et le mangeaient. Notre-Seigneur, en agissant ainsi, n’aurait donc fait que pratiquer ce que beaucoup d’autres faisaient.
Il est certain, en effet, que le temps laissé pour égorger et immoler les agneaux de la Pâque était bien court. Car nous lisons dans la Mischna ; « La victime du soir, qui est tt offerte chaque jour au Seigneur, est égorgée une demitt heure après huit heures et offerte une demi-heure après a neuf heures (c’est-à-dire vers trois heures et demie). La
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a veille de la Pâque, on l’égorge une demi -heure après a sept heures, et on l’offre une heure plus tard les jours « ouvriers aussi bien que le sabbat. Mais si la veille de la a Pâque tombe la veille du sabbat » (c’est-à-dire le vendredi, comme il arriva l’année de la mort du Christ), « on égorge les agneaux une demi-heure après six heures, cc et on les offre au Seigneur une heure plus tard ; puis tt on célèbre la Pâque. » Le sacrifice du soir durait tout au plus une demi-heure : par conséquent , le jour où Notre - Seigneur mourut, on commença à égorger les agneaux pour la Pâque vers deux heures après midi , et l’on continua jusqu’au crépuscule du soir où il fut déposé de la croix. Or c’était précisément les heures pendant lesquelles on égorgeait les agneaux qui s’appelaient dans le sens strict du mot préparation, parascève. Il en était de même des trois heures qui précédaient chaque sabbat, et pendant lesquelles on préparait et l’on faisait cuire les mets que l’on devait manger au sabbat. 11 est vrai que chaque père de famille, pourvu qu’il n’eût aucune impureté légale, égorgeait lui-même en présence des prêtres l’agneau qu’il devait manger; que les lévites, de leur côté , présentaient le sang de la victime aux prêtres dans des tasses d’or et d’argent, et que les prêtres le répandaient sur l’autel, après quoi on suspendait l’agneau à un morceau de bois, on le dépouillait, on en ôtait la graisse, et on la brûlait pendant que les lévites chantaient l’Alleluia; de sorte qu’une fois les prêtres purent mettre de côté les reins de deux cent cinquante-six mille agneaux , et se rendre ainsi compte du nombre des pèlerins. Au reste , quoiqu’il soit très - difficile de concevoir comment on pouvait en aussi peu de temps égorger un aussi grand
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nombre de victimes, il est impossible de prouver d’une manière authentique qu’on commençait déjà à les égorger le soir du 13 nisan.
^ Hugues Grotius prétend que Notre-Seigneur ne célébra point la Pâque mosaïque, mais seulement un repas commémoratif de la délivrance d’Israël, de même que les Juifs qui habitaient hors de la Judée, ne pouvant satisfaire aux prescriptions de la loi, qui commandait d’aller chaque année à Jérusalem et d’égorger Pagneau dans le temple , se faisaient représenter par des députés qui portaient leurs offrandes pendant qu’ eux-mêmes mangeaient la Pâque dans leur propre maison, s’unissant d’intentionà leurs frères qui étaient dans la ville sainte. Autant il est certain que Jésus- Christ est mort le 14 nisan, à l’heure où l’on commençait à égorger l’agneau pascal , autant il est difficile d’expliquer comment il a pu célébrer la Pâque le jour précédent, pourquoi déjà le 13 au soir il a mangé le pain azyme et Pagneau pascal, afin de faire du sacrifice de l’ancienne alliance la base de la cène eucharistique. On pourrait croire que Jésus, sachant qu’il devait mourir le lendemain , fit égorger dans le temple , le matin du jour qui précédait celui de sa mort, un agneau comme victime pacifique , et qu’il le fit ensuite préparer par ses apôtres à la manière de l’agneau pascal. Mais il y a encore ici une autre difficulté grave ; c’est qu’on ôlait toujours la poitrine et les épaules des victimes égorgées, tandis que pour l’agneau pascal aucun os ne pouvait être brisé.
Quoique je me croie plus en mesure de résoudre cette grave question que tous ceux qui m’ont précédé, je ne vois pas d’autre moyen de résoudre les difficultés qu’elle soulève qu’en admettant que les deux disciples envoyés
par le Sauveur, faisant les fonctions de père de famille, au lieu d’égorger ou de faire égorger l’agneau dans le vestibule, le préparèrent eux- mêmes dans le cénacle, en vertu des pleins pouvoirs qu’ils avaient reçus de Jésus- ^ ^ Christ. Cette hypothèse est d’autant plus probable qu’au Jour de la Pâque , comme Philon, en particulier, le fait remarquer, chacun était considéré comme prêtre, et égorgeait à part l’agneau qu’il devait manger. Pourquoi Notre- Seigneur n’aurait-il pu manger l’agneau pascal un jour plus tôt? Ne dit-il pas lui-même qu’il est maître du sabbat? Comme législateur divin , n’était-il pas au-dessus de la loi ? Si l’année précédente il s’était dispensé de venir à Jérusalem pour y célébrer la Pâque, est-il étonnant que cette année -ci il la célébrât un jour plus tôt à cause de sa mort? La Pâque de l’ancienne loi n’était-elle pas abrogée par l’effet môme de l’institution du sacrifice de la nouvelle alliance ? Et puisque l’Église catholique , dans la célébration de la Pâque, s’est écartée de l’ordre observe par les Juifs, comment Jésus-Christ, son fondateur, n’aurait-il pu le faire lui-même ?
L’abrogation du sabbat, et la substitution du dimanche à sa place, est dans un rapport intime avec celte anticipation du festin pascal par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
En effet, le 6 du mois de sivan, ou le premier jour de la Pentecôte, n’a pu tomber le dimanche que paixe que le jour dé la préparation est tombé le vendredi, et que le sabbat de la fête de Pâques a coïncidé avec le sabbat dé la semaine. Si les trois premiers évangélistes désignent déjà le 1 3 nisan comme le premier jour des pains azymes, ce ne peut être que par anticipation; et pour indiquer comment Notre-Seigneur célébra la fête un jour plus tôt.
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Cette difficullé , d’ailleurs , disparaît loi-sque l’on considère que les disciples ne reçurent du Seigneur l’ordre de préparer le festin pascal qu’à la fin du 13 nisan, et, par conséquent, au moment à peu près où commençait la sainte soirée, c’est-à-dire le quatorzième jour, qui était proprement le premier jour des azymes.
Au reste, pourquoi tant parler d’anticipation du jour de la fête loi'sque nous savons que les Juifs, craignant de laisser passer le terme fixé par la loi pour les grandes fêtes de l’année, avaient coutume de célébrer solennellement pendant deux jours le commencement de la nouvelle année et des fêtes de la Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles, à cause de l’incertitude où ils étaient sur le moment précis où commençait vraiment la nouvelle lune? Or les Galiléens étaient sous ce rapport plus scrupuleux encore que les autres Israélites. Celle seule considération doit suffire pour trancher définitivement aux yeux de tout esprit impailial une question qui a été si longtemps débattue , et qui a été môme l’occasion d’un schisme dans l’Église. Les Ébionites sont les premiers qui aient prétendu que Jésus avait célébré la Pâque en même temps que les Juifs , tandis que déjà, dès la plus haute antiquité, Apollinaire d’HiérapOlis, ou l’auteur, quel qu’il soit j du traité sur la Pâque , qui, dans l’opinion de Tillemont, est antérieur à la Chronique d’Alexandrie, et après lui TertuUien, Clément d’Alexandrie, Hippolÿle, Euthymius, pour prouver que Notre-Seigneur a mangé lapâque un jour plus tôt que les Juifs, invoquent le témoignage de saint Jean. Mais les Grecs, s’appuyant sur ce fait que le Christ mangea dès le 13 l’agneau pascal, consacrent encore aujourd’hui l’eucharistie avec du pain fermenté.
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