CHAPITRE XXIX
Nütre-Seigneup mange la Pâque avec ses disciples.
C’était donc le jeudi 13 nisan ou 14 avril, jour de la réunion du grand conseil, que «Jésus envoya Pierre et « Jean, ses disciples, et leur dit: Allez, et lorsque vous « serez arrivés dans la ville, vous rencontrerez un homme « portant une cruche d’eau. Suivez -le; et lorsqu’il sera « entré dites au maître de la maison : Le raaîire vous fait « dire : Mon temps approche : où est la salle à manger « pour que je puisse fêter la Pâque avec mes disciples? « Là-dessus, il vous montrera une grande salle à manger, « bien dressée; préparez-la pour nous. Les disciples par- « tirent, trouvèrent la chose comme il la leur avait dite, « et préparèrent l’agneau pascal. » Toutes les maisons de Jérusalem étaient communes pendant les temps de fête ; et chacun pouvait se loger partout où il y avait de la place, sans être obligé de payer l’hospitalité qu’on lui donnait. Son hôte ne recevait en dédommagement que la peau de l’agneau pascal. Le cénacle était situé, d’après la tradition, dans la partie supérieure de la ville, ou sur le mont Sion, à la place où , du temps de David et de Salomon , l’arche d’alliance était restée pendant quarante ans. Les disciples égorgèrent donc l’agneau pascal que l’on avait choisi, le 1 0 du mois, le jour précisément où Jésus-Christ, sur la route de Béthanie, avait maudit le figuier, symbole du culte mosaïque. Et, après qu’ils l’eurent rais à rôtir, et qu’ils eurent fait tous les autres préparatifs nécessaires pour le repas pascal, ils attendirent leur maître.
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« Lorsque le soir fut venu, Jésus vint avec les siens, et (I lorsqu’il fut temps (c’est-à-dire lorsque les étoiles part lurent) il se mit à table et les douze apôtres avec lui. » 11 devait y avoir au moins dix personnes pour manger un agneau pascal. Il y en avait treize ici : Jean, le disciple bien -aimé, était assis à la droite du Sauveur, et Pierre à sa gauche. Ou plutôt, d’après l’expression orientale, Jean était couché près de la poitrine de Jésus, comme il le rapporte lui- meme dans son Évangile, et Pierre à sa tête. Les anciens, en effet, dans leurs repas, n’étaient point assis sur des chaises, mais étendus sur des lits très-bas, avec le bras gauche appuyé sur un coussin, tandis que les pieds posaient par derrière sur le sol. Pierre et Jean étaient donc également près du Sauveur. Le premier toutefois avait la place d’honneur, comme toujours. Car en ce cas la première place chez les Hébreux était à gauche, c’est-à-dire à la tête de l’hote qui occupait le milieu de la table. Jean toutefois était mieux placé pour parler avec Notre -Seigneur. Mais les peintres ont abusé de cette expression de l’apôtre saint Jean quand il dit qu’il reposait sur la poitrine de Jésus; car ils placent le disciple de l’amour sur le sein de Noire-Seigneur; de sorte que celui-ci n’auraU pu ni respirer ni se remuer, tandis qu’il est certain que le Christ et ses apôtres étaient tous couchés de la même manière, et que la main droite restait toujours libre.
Jésus était donc couché près de la poitrine de Pierre. A la tête de Pierre était André; puis, en descendant à gauche, Philippe, Barthélemy, Thomas, et Matthieu Lévi. A droite, était près de la poitrine de Jean son frère Jacques, puis Jacques le Mineur, Simon, Jude, Thadée, et au bout,
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vis-à-vis de Matthieu, Judas Iscariote. Chacun occupait le rang que lui donnaient et son ancienneté dans l’apostolat et ses rapports plus ou moins intimes avec Notre-Seigneur. C’est pour cela que nous trouvons au milieu , et tout près de Jésus, le groupe sacerdotal des quatre pécheurs. Ils furent en effet choisis les première comme apôtres, et sont comme les premiers-nés dans la maison du nouvel Israël. Parmi eux, Pierre, semblable à Juda, est l’homme sur qui repose la promesse. Israël, s’adressant à Juda, et dans sa personne à tous ses descendants, le bénit d’une bénédiction toute spéciale en lui disant : « Tes frères te « loueront; ta main sera sur le cou de tes ennemis ; et les « enfants de ton père s’inclineront devant toi. » Ainsi Jésus s’adressant à Pierre lui dit : « J’ai prié pour toi afin « que ta foi ne chancelle point; mais toi, lorsque lu seras « converti, confirme tes frères. De même qu’Israôl promet à Juda que le sceptre ne lui sera point enlevé, et qu’il donnera des chefs à son peuple jusqu’à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, ainsi le Christ promet à Pierre
que le bâton pastoral avec lequel il doit paitre les brebis
et les agneaux dans l’Église ne lui sera point enlevé, et que les portes de l’enfer n’ébranleront point le siège sur lequel il est assis, jusqu’à ce que vienne Celui qui est l’attente des nations, afin de juger les vivants et les morts. C’est pour cela aussi que le lion, symbole de la domination et delà dignité royale, a passé de Juda à Pierre, et à son disciple saint Marc. Ces quatre premiers apôtres représentent aussi d’une manière sensible les quatre tempéraments ou caractères de l’homme, comme l’a si bien compris un célèbre peinti’e allemand. Ainsi nous trouvons dans l’apôtre saint Jean le tempérament sanguin; dans
NOTRE-SEIGNEUR MANGE LA PAQUE AYEC SES DISCIPLES. 3o l
Jacques, son frère, le tempérament mélancolique; dans Pierre, le bilieux, et le flegmatique dans André.
Les douze apôtres étaient ainsi rangés en demi - cercle autour du Christ. L’autre côté'de la table, ou rhémicycle, restait libre pour ceux qui servaient. Il y avait ordinairement à l’un des bouts un anneau pour tirer la table quand le répas était fini. C’était du moins le cas dans les tables oblongues , où la place d’honneur était en haut , et dont les deux cotés étaient occupés. La partie inférieure était seule vide, pour qu’on pût desservir et y placer les plats qu’on ôtait. Chacun avait son sofa ou son coussin particulier; quelquefois cependant les divans pouvaient tenir deux, trois ou quatre personnes. Cette coutume de se coucher pour manger n’était pas particlière aux Juifs; mais, d’après Casaubon, on la retrouve dès la plus haute antiquité chez les Assyriens et les Chaldéens, les Mèdes et les Perses, les Indiens et les Celles, les Grecs, les Étrusques et les Romains, Les ' femmes seules, au témoignage de Varron, s’asseyaient par modestie, de même que les esclaves. Lors donc que saint Luc nous dit de Marie de Béthanie qu’elle s’assit aux pieds de Jésus, on doit l’entendre en ce sens; et nous trouvons souvent représentée sur les tombeaux romains une femme assise aux pieds de son mari couché devant la table. Il arrivait cependant quelquefois chez les Juifs qu’on s’asseyait pour manger; et dans ce cas chacun faisait à part la prière du repas , tandis que Iprsqu’on était couché , le père de famille seul, ou le maître de la maison récitait la prière. Mais on devait être couché pour manger la pâque, parce que ce repas rappelait la délivrance du peuple d’Israël, et que se coucher pour manger .était la coutume des rois et des grands.