CHAPITRE XXXIX
Reniement de Pierre,
Cependant un autre interrogatoire avait eu lieu dans la cour du palais. « Simon^Pierre et un autre disciple en- (( core avaient suivi Jésus. Ce disciple (c’était saint Jean ), (c étant connu chez le grand prêtre , était entré avec Jésus « dans le portique du grand prêtre : mais Pierre était (( resté dehors devant la porte. Cet autre disciple, étant « sorti dehors , parla avec la portière et introduisit Pierre. » C’étaient presque toujours des femmes qui gardaient la porte chez les anciens, comme nous le voyons dans les Troades d’Euripide, v. 193 et 491 , dans Plaute (Cticurlio, act. I, 1, v, 75), dans Pline (15, 30, etc.). « Alors la « servante qui était portière dit à Pierre ; N’êtes-vous pas « l’un des disciples de cet homme? Non , répondit-il. Or
RENIEMENT DE PtERRE.
« on alluma un feu de charbon au milieu de la cour ; « et les serviteurs et les valets s’assirent autour pour se « chauffer, parce qu’il faisait froid. » Les maisons des gi’ands formaient ordinairement un carré. La cour intérieure et le portique étaient entourés d’arcades couvertes. Or en Orient les nuits à cette époque de l’année^ c’està-dire au milieu d’avril, sont froides et humides, à cause de la rosée, qui est très-abondante, ce qui dispose au typhus et à des fièvres pernicieusès. « Pierre se joignit à a eut pour se chauffer. » La servante le suivit; et « le « voyant assis au milieu d'eut devant le feu , elle le re- « garda attentivement et dit : Vous étiez aussi avec Jésus « le Galiléen, Mais Pierre le nia en présence de tous, et tt dit : Je ne sais ce que vous voulez dire ; je ne connais
point cet homme i >) Il appelle Jésus cet homme; et cette expression, qui annonce le mépris, est encore aujourd’hui celle dont les Juifs se servent pour nommer Jésus. Après ce second reniement > Pierre se relira dans le portique extérieur. Mais, comme il sortait, il fut aperçu par une autre servante. Car la portière avait fait part aussitôt à sa voisine de sa découverte, u Celle-ci dit à ceux qui étaient R autour du feu : Cet homme est aussi des leui's. Et le coq « se mit à chanter. »
D’où venait ce chant du coq? 11 n’y avait pas un seul Coq, une seule poule dans toute la ville de Jérusalem. Du moins une ancienne loi bannissait de celle ville tous les coqs, parce que, cherchant leur nourriture sur les fumiers, ils en font sortir, en les grattant, toutes sortes de bôles impures, et qu’ils pouvaient ainsi souiller les offrandes et les autres choses consacrées. Celte loi s’appliquait aux paons, et bien plus encore aux porcs et aux sangliers. Pour
résoudre cette objection, on pourrait répondre d’abord que, le palais de Caïphe étant situé sur une éminence, on pouvait y entendre de très-loin pendant la nuit le chant du coq. Ne l’entend- on pas à Constantinople de la côte asiastique, et, à Messine, de la Calabre? Il n’est pas nécessaire d’ailleurs d’admettre qu’il n’y ait eu qu’un seul coq à chanter. Arundel, ainsi que plusieurs autres voyageurs, rapportent qu’en Orient les coqs marquent par leurs cris certaines heures de la nuit avec la ponctualité d’une horloge. A Smyrne, tous les coqs chantent pour la première fois entre onze heures et minuit ^ et pour la seconde fois entre une heure et deux heures ; et cela avec une telle précision qu’ils ne sont jamais eh retard ni en avance les uns sur les autres de plus d’une minute. D’ailleurs les troupes romaines , qui occupaient le fort Antonia^ faisaient peu d’attention aux prescriptions de la loi des Juifs. Et ce qui prouve que ceux-ci même n’observaient pas très-strictement la loi qui bannissait tous les coqs de Jérusalem, c’est que nous lisons dans les écrits des rabbins qu’un coq fut une fois lapidé dans cette ville par sentence du sanhédrin, parce qu’il avait arraché les yeux à un enfant, qui était mort à la suite de ses blessures. C’était aussi une coutume alors d’amener devant les jeunes mariés, le jour de leurs noces, un coq et une poule, comme symbole de la bénédiction que Dieu avait donnée à ses créatures, en leur disant : Croissez et multipliez-vous. Enfin ce qui tranche la question et fait disparaître tous les doutes, c’est que, d’après les mêmes livres, la nuit était mesurée à Jérusalem par le chant du coq. Car la troisième veille de la nuit s’appelait le cri du coq. Bien plus, le Talmud parle d’un coq sacré à Jérusalem, dont