‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 170 sur 190 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Interrogatoire et condamnation de Jésus dans le conseil des grands prêtres en présence de Caïphe.

Le palais de Caïphe était aussi situé en haut dans la ville de David, où, après le retour des Juifs sous Néhémie, le

grand prélre Eliosib avait fait bâtir la maison des souverains pontifes. Ainsi Noire -Seigneur fut amené de la partie basse de la ville à la partie supérieure , et conduit ainsi au lieu ou se réunissaient les princes des prêtres. Nous ne trouvons, il est vrai, pendant toute l’histoire de la passion, rien qui nous indique que Notre -Seigneur ait descendu ou remonté le mont Sion ; et cependant le prétoire ou le palais de Pilate était situé sur la pente du mont Moria, et celui d’Hérode, au contraire, du côté opposé, sur le mont Sion, Mais déjà, du temps de David, un pont, traversant la vallée de Tyropéon , unissait les deux montagnes. C’est sur ce pont que le Sauveur passa, et il ne descendit du tribunal dans la ville basse que pour aller au Calvaire. Au reste , la position respective des juges devant lesquels comparut Notre -Seigneur nous dit assez que la puissance spirituelle , perdant son caractère, était devenue mondaine, et que le pouvoir temporel était mis à sa place.

On ne pouvait juger pendant la nuit aucun crime capital. Toutes les fois aussi qu’un procès criminel devait se terminer par la condamnation de l’accusé , il no pouvait être achevé en un jour, bien moins encore la sentence pouvait -elle être prononcée un jour de fête. C’était encore une maxime chez les Juifs, qu’il fallait viser plutôt à l’absolution de l’accusé qu’à sa condamnation. Aussi, lors meme que tous les témoins s’accordaient pour le charger, il pouvait être encore défendu, s'il trouvait un avocat. Chacun pouvait se présenter comme défenseur, non comme accusateur. Mais dans ce procès, où il s’agissait de juger l’innocence et la sainteté même, toutes les règles de la justice et de la légalité devaient être foulées aux pieds.

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Lorsque Jésus fut introduit dans la salle du ti'ibunal , les prêtres étaient déjà assis sur leurs sièges, revêtus de leurs vêtements sacerdotaux, qu’ils allaient bientôt souiller par la plus inique de toutes les sentences. Au milieu d’eux siégeait sur son trône le souverain pontife, ayant à sa droite Anne, son beau-père, a II interrogea Jésus sur a ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : J’ai (( enseigné publiquement devant tout le monde; j’ai en- « soigné en tout temps dans les synagogues et dans le tt temple où se rassemblent tous les Juifs; je n’ai rien dit « en secret. Que me demandez-vous donc? Interrogez a ceux qui ont entendu ce que j’ai dit; ils savent ce que a j’ai dit. Là -dessus un des serviteurs qui était à côté de a lui lui donna un coup de poing sur le visage et lui dit :

« Est -ce ainsi que tu réponds au grand prêtre. » Cette brutalité inouïe d’un valet juif, en présence du collège des prêtres, n’est pas la seule dont il soit question à cette époque de barbarie et de bouleversement. Saint Paul aussi éprouva le même traitement, sous le vain prétexte qu’il avait manqué d’égards envers un prêtre indigne. Un coup de poing sur le corps était puni chez les Juifs d’une amende d’un sicle. Celui qui donnait un soufflet payait deux cents deniers, et quatre cents si c’était avec le revers delà main. Tirer les oreilles, arracher les cheveux, déchirer les habits, etc., toutes ces offenses étaient punies d’une amende aussi forte, ou même plus considérable encore , selon la dignité de la personne offensée. Mais à l’égard de Jésus tout était permis, et chacun pouvait avec lui donner un libre cours à ses caprices. Si, comme la tradition le rapporte. Malchus était le serviteur qui le frappa, il rendit au maître ce que Pierre, son disciple, lui avait fait.

(( Mais Jésus répondit : Si j*ai mal parlée prouvez -le; tt et si j’ai bien paidé, pourquoi me frappez-vous? Les a princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un a témoignage contre lui pour le condamner à mort; mais . a ils n’en trouvaient aucun , quoique plusieurs faux té- « moins eussent déposé contre lui ; car les témoignages tt ne s’accordaient pas entre eux. 11 se présenta enfin deux tt faux témoins » que les princes des prêtres suscitèrent en secret^ comme le Talmud le raconte sans détour, a Ils tt déposèrent contre lui en disant : Nous l’avons entendu tt dire: Je détruirai ce temple de Dieu, fabriqué par la tt main des hommes, et j’en bâtirai un autre qui ne sera tt point fait de mains d’hommes. Mais ici même leurs tt témoignages ne s’accordaient pas. » Nous voyons par là combien les ennemis du Sauveur s’efforçaient d’altérer ses paroles pour le rendre suspect. Jésus, en effet, n’avait pas dit : Je définirai ce temple ; mais ; Détruisez ce temple. Ces paroles doivent avoir fait une profonde impression sur les Juifs; car nous les voyons plus tard fournir un sujet d’accusation contre saint Étienne.

D’après le second livre des Rois, ch. vu, le roi David avait eu le premier la pensée d’élever un temple au Seigneur. Mais Dieu le lui défendit, parce que ses mains avaient été souillées par le sang dans les nombreuses guerres qu’il avait entreprises. Il lui promit néanmoins qu’un de ses descendants bâtirait un temple en. son honneur. tt J’affermirai pour toujours le fi*ône de son règne, tt lui dit- il, je serai son père, et il sera mon fils. » Les Juifs entendaient ce passage du Messie , qui devait selon eux élever à Jéhovah un temple bien supérieur en magnificence à celui de Salomon. Et rtous retrouvons, long-

ÜSTERROGATOiRE ET CONDAMNATION DE JÉSUS.

temps encore après la ruine de Jérusalem , celte attente chez les Juifs. <c Les deux temples avaient été construits a à cause du Fils de Dieu : tous les deux, le premier « aussi bien que le second, ont été entretenus par lui. a Mais lorsqu’il fut enlevé, l’écoulement des grâces tarit « en même temps.’ Il frappa le lieu où s’élevait le « temple; il détruisit celui-ci; et le trône sacré tomba. » Nous lisons ces paroles remarquables dans le Sohar (i, p. 2i). •

Les deux faux témoins qui déposèrent contre Jésus s’appelaient Ananias et Achazias ; et la tradition des rabbins fait mention d’eux déjà avant l’entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. Le grand conseil les avait envoyés comme espions, en les chargeant d’observer toutes ses démarches. Cet axiome, que deux témoins confirment la vérité d’un fait , était appliqué chez les Juifs d’une manière rigoureuse et souvent excessive.

cc Le grand prêtre se leva, et, s’avançant au milieu de a rassemblée, il dit à Jésus : Ne répondez- vous rien à ce c< que ceux - ci témoignent contre vous ? Mais Jésus garda « le silence. Le grand prêtre continua et dit : Je vous tt adjure au nom du Dieu vivant de me dire si vous êtes « le Christ, le Fils du Dieu béni. Jésus répondit : Vous tt l’avez dit. Mais je vous le dis , vous verrez le Fils de « l’homme, assis à la droite de la vertu de Dieu, venir (( sur les nuages du ciel. Le grand prêtre alors déchira ses a vêtements. Vous avez entendu' le blasphème, dit-il; « qu’avons-nous encore besoin de témoins? Donnez vos « voix. Or ils le condamnèrent tous en disant : 11 mérite

« la moi*t. » Ceux qui entendaient un blasphème, juges ou témoins, étaient obligés de déchirer leurs habits, qui

ne pouvaient plus être recousus ensuite, pour indiquer que ce péché, étant contre le Saint-Esprit, ne méritait aucun pardon. Le grand prêtre déchirait son vêtement de bas en haut, tandis que les autres prêtres le déchiraient de haut en bas. Cependant les ornements sacerdotaux que le pontife suprême portait à la fête des Expiations ne devaient jamais être déchirés. Lorsque plus tard saint Étienne, premier martyr, rempli du Saint-Esprit, annonça qu’il voyait le Christ à la droite de Dieu , tous se mirent à crier, en se bouchant les. oreilles , pour ne point entendre ce prétendu blasphème, et ne point être obligés de déchirer leurs vêtements.

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